L’Essor : On entend beaucoup parler des sceaux et des
armoiries de la République. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Mohamed Maouloud Najim : Les sceaux et les armoiries,
symboles de l’état par excellence, sont régis respectivement par les lois n°07-017
et 07-018 du 26 février 2007 et le décret n°07-213/P-RM du 30 juin 2007 fixant
les modalités de reproduction des armoiries et d’impression du sceau de l’état,
des autres sceaux officiels, timbres secs sous forme de presse et cachets. Le
ministre de la Justice, traditionnellement garde des Sceaux, à travers la
direction nationale des affaires judiciaires et du sceau, en assure également
la gestion et le contrôle de conformité.
Pour rappel, au lendemain de l’accession de notre pays à
l’indépendance, une commission a été mise en place chargée de concevoir et de réaliser
un projet de sceau et des armoiries. Ainsi, le sceau de l’état qui se définit comme
une marque ou une empreinte destinée à donner un caractère d’authenticité à un
acte émanant d’une autorité habilitée, acte qui incarne la souveraineté de
l’état, a été conçu sous forme circulaire et porte : au centre, un lion debout,
entouré d’un épi de mil, d’un épi de riz et d’une tête de bœuf ; sur le
pourtour, au-dessus de la légende est écrit : «République du Mali» ;
au-dessous, la devise : «Un Peuple- Un But- Une Foi».
Les éléments caractéristiques du sceau de l’état ainsi
rappelés sont porteurs de sens et de valeur : Le lion debout, animal considéré
comme le roi des animaux symbolise la force et la noblesse qui ont toujours
fasciné les hommes ; l’épi de mil et l’épi de riz sont représentatifs des
céréales qui constituent la base de l’alimentation de nos populations ; la
tête de bœuf symbolise l’élevage qui occupe également une bonne partie des
activités de nos populations.
Les armoiries de la République peuvent être définies
comme étant essentiellement les marques distinctives et caractéristiques de la
souveraineté de l’état. Les armoiries de l’état du Mali sont de forme
circulaire. Sur fond bleu, elles portent : au centre la mosquée de Djenné, en
gris argile ; au-dessus de la mosquée, le vautour légendaire en vol plané, en
gris foncé ; au-dessous, le soleil levant, en jaune or ; devant le soleil, deux
arcs opposés tendus par leurs flèches, en noir ; sur le pourtour, en haut «République
du Mali», en bas «Un Peuple - Un But - Une Foi», le tout en lettres
d’imprimerie noires.
Chacun de ces symboles véhicule une valeur : le vautour ou «Douga»
incarne, au sens de notre mythologie, le dieu de la guerre qui symbolise la
vigilance, la sagesse et la pérennité ; la mosquée de Djenné évoque le souvenir
historique de notre passé riche de sa culture et de ses connaissances ; les
deux arcs tendus et opposés représentent les armes de guerre et
de chasse de nos ancêtres qui traduisent leur bravoure et leur
courage ; le soleil levant rappelle le passé glorieux de l’Empire du Mali. Ce
soleil qui pointe, illumine le renouveau patriotique providentiel de ses
rayons dorés, vivifiants, comme l’or de Bouré et de Bambouck, symbole de
l’énergie du Mali éternel.
L’Essor : Le président de la Transition, le colonel
Assimi Goïta, a institué chaque premier lundi du mois la montée des couleurs dans
tous les services publics et parapublics du pays. Quelle signification
donnez-vous à cette décision ?
Mohamed Maouloud Najim : En instituant la montée
des couleurs nationales (drapeau) tous les premiers lundis du mois dans les
services publics et parapublics du pays, le président de la Transition entend
marquer cette période charnière que traverse le pays en agissant sur la fibre
patriotique qui sous-tend la nécessité d’un sursaut national. C’est en même
temps l’occasion de retenir l’attention des Maliens sur la nécessité de connaître
et de respecter les couleurs nationales qui sont chargées de sens et de
symboles et qui méritent respect et considération en toutes circonstances.
Cette mesure mérite d’être étendue partout où se trouve une
autorité qui incarne l’état. à force de pédagogie par la répétition de ce cérémonial,
les Maliens sauront de plus en plus ce qu’incarnent les couleurs nationales.
Pour cette raison, l’on doit s’interroger sur l’usage abusif qui est fait des
couleurs nationales (drapeau) que certains arborent insolemment sur des véhicules
non immatriculés alors même qu’ils sont en porte à faux avec la loi. C’est le
lieu de rappeler que le drapeau national, symbole parmi les symboles de la République,
a été adopté suivant la loi n°61-26 du 20 janvier 1961. Il est composé de trois
(3) bandes verticales égales, de couleur vert, or et rouge.
L’Essor : Que faut-il entreprendre pour une meilleure
compréhension de ces symboles de la République par les populations, dans le but
de développer le sens du patriotisme indispensable pour la construction du Mali
Kura ?
Mohamed Maouloud Najim : Un vaste chantier de
vulgarisation et d’appropriation des symboles de la République et leur contenu
doit être ouvert, principalement, à l’adresse de la jeunesse, des légitimités
traditionnelles et des agents publics et parapublics de l’état. L’incivisme et
la banalisation de la chose publique ont atteint aujourd’hui des limites extrêmes
et tous les secteurs de la vie, depuis le cercle familial jusqu’au milieu
public, en sont affectés.
Aussi, paraît-il indispensable d’instituer l’éducation
civique dans tous les milieux scolaires et universitaires ; de réhabiliter
le service militaire ; de moraliser la confection et l’usage des sceaux et
armoiries conformément au décret n°07-213/P-RM du 30 juin 2007 fixant les
modalités de reproduction des armoiries et d’impression du sceau de l’état, des
autres sceaux officiels, timbres secs sous forme de presse et cachets ; de
mener une vaste campagne de formation, d’information et de sensibilisation, à
l’échelle nationale, sur les symboles de la République.
Mais aussi de sévir,
conformément à la loi, contre tous ceux qui travestissent ou profanent les
symboles de la République ; de réorganiser et d’équiper les structures en
charge du contrôle de conformité des sceaux et armoiries de l’état, en
l’occurrence la direction nationale des affaires judiciaires et du sceau ;
de rendre effective la décision n°2021-000001/MRE-SG du 1er avril 2021 portant
création du comité de pilotage des activités relatives à la consécration et au
respect des symboles de l’état.
L’Essor : Après les événements du 18 août 2020, la
refondation est sans doute l’aspiration fondamentale des Maliens. Pour y
parvenir, la contribution de votre service est certainement capitale.
Mohamed Maouloud Najim : La direction nationale des affaires judiciaires et du sceau, en charge du contrôle de conformité des sceaux et armoiries de l’état, sous l’autorité de Monsieur le ministre garde des Sceaux, doit pouvoir jouer son rôle afin de réhabiliter les sceaux et les armoiries et s’inscrire dans les objectifs de la refondation.
Propos recueillis par
Mariétou KOITÉ
Mariétou KOITE
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