#Mali : Charbon écologique et énergies renouvelables : alternative viable à la coupe abusive du bois de chauffe

Entre, d’une part l’usage effréné du bois et de son dérivé qu’est le charbon, unique combustible disponible pour l’indispensable cuisson des repas et, d’autre part la cessation ou la modération de cet usage afin de sauvegarder le couvert forestier, il faut choisir. C’est en substance, le choix cornélien auquel sont confrontés les Maliens que nous sommes dans le contexte de transition écologique.

Publié mercredi 29 mai 2024 à 16:15
#Mali : Charbon écologique et énergies renouvelables : alternative viable à la coupe abusive du bois de chauffe

Les matières premières existent à foison pour la production du combustible vert

 


La récente descente du ministre de l’Assainissement, de l’Environnement et du Développement durable dans la forêt classée de la Faya, dans la localité de Kasséla, a mis à nu l’ampleur d’un drame : l’abattage sauvage des arbres, cause évidente de la désertification du pays. Cette action coup de poing du ministre requiert questionnement et interpellation. Volontariste et salutaire, elle semble cependant utopique face au degré d’ancrage du fléau. Le caractère vital du bois énergie justifié par sa forte demande en perpétuelle croissance est tel que l’ardeur des populations dont la vie et la survie en dépendent, est loin de s’émousser.  

De probables complicités à des niveaux insoupçonnés rendront ardue la mission du ministre et de tous ses collaborateurs. Les exploitants trouveront toujours une parade pour continuer leur activité qui leur semble normale puisque légitimée au bout de la chaîne de distribution par les citoyens consommateurs que nous sommes. Les trois principaux repas quotidiens, la savoureuse viande grillée (dibi sogo) et le rituel thé infusé nous rendent tous insouciants de la provenance du bois ayant servi à leur cuisson. Les mini-collines de bois entassés devant les boulangeries pour la production de l’importantissime pain n’émeuvent personnes. 

Si l’argent n’a pas d’odeur, il en est de même pour le bois coupé illégalement.   La monotonie des activités génératrices de revenus notamment dans les zones rurales, l’extrême pauvreté des acteurs, la vacuité des forêts non classées, le manque au Mali d’alternative au combustible fossile, la perte de la subvention dont bénéficiait le gaz qui servait tant bien que mal d’appoint à la consommation excessive du bois de chauffe sont, entre autres, des facteurs qui offrent et continueront à offrir un lendemain meilleur à la surexploitation de nos forêts classées et non classées.  

 

ÉNERGIES SUBSTITUTIVES- Aucune campagne de sensibilisation et d’information, aucune mesure dissuasive, ne seront suffisamment fortes ou pertinentes pour faire cesser la pratique. La seule réponse à cette épineuse et récurrente question relative au drame du déboisement de notre pays se trouve sans nul doute dans l’impérieuse et l’urgente mise à disposition de la population d’autres sources d’énergies substitutives au bois dont l’usage est d’ailleurs suranné. La survivance de ce matériau est en déphasage avec les exigences de la vie moderne et va à contre-courant du progrès scientifique et technologique.

L’une des singularités de ce progrès réside justement dans le fait qu’un bien de consommation ou un procédé utilisé dans la vie de tous les jours à une époque donnée est systématiquement remplacé par un autre bien ou un autre procédé jugé plus commode et plus efficace. En effet, l’usager, dans le souci légitime et constant de gagner du temps, de faire mieux et de se donner une satisfaction morale, s’approprie machinalement les avantages que lui offre une nouvelle invention. Deux exemples en guise d’illustration.

Premièrement, le domaine du transport individuel. Aujourd’hui, la marque de moto KTM communément appelée «Jakarta», de par sa puissance et son aspect esthétique, a littéralement supplanté toutes les autres marques de moto. Avant elle, d’autres motos notamment les petites cylindrées (CT, BBRS, Cameco, Piaggio, etc.) ont, jadis, fait le bonheur de la population.

 Aujourd’hui, leur place se trouve dans les musées. Et deuxièmement, le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC). C’est dans ce secteur que l’on constate le plus grand bouleversement dans nos habitudes. De nos jours, toutes les catégories socioprofessionnelles disposent d’un téléphone mobile. On constate une réelle démocratisation des différents outils des TIC pour le plus grand plaisir du consommateur : internet, transfert de sons, d’images et d’argent, paiement mobile, etc.

Paradoxalement, à cette règle non écrite qui veut qu’une innovation chasse une autre, on constate une inertie par rapport à la satisfaction du besoin très fondamental lié à la cuisson de nos aliments. Alors, question : qu’avons-nous encore à faire avec le bois et de son dérivé qu’est le charbon en 2024 ? Son usage est démodé au même titre que les marques de moto citées plus haut, au même titre que l’envoi d’une lettre via la poste, au même titre que l’archaïque et l’improductive daba qui fait fuir les jeunes paysans des campagnes.  

Oui, il est temps qu’on arrête purement et simplement la consommation du bois. L’alternative que nous offrent les énergies dites renouvelables (solaire, éolienne), les bio charbons et le bioéthanol nous exhorte à changer de procédé.

C’est un truisme de dire que notre pays est fortement ensoleillé. Nous n’avons rien à inventer. Il nous suffit de combler un besoin existant par un système qui existe depuis… 1839 (source Google : énergie solaire.) Rien ne nous empêche de créer des unités de fabrique de panneaux solaires.

Quid de cet équipement solaire conçu pour la cuisson par des femmes ingénieurs du Mali, il y a de cela plusieurs années ? Le soleil béninois qui brille moins que le nôtre est depuis 2011 judicieusement exploité par les ménages à travers un foyer de cuisson écologique à énergie renouvelable appelé Atingan Solution. Inventé par trois jeunes ingénieurs, l’appareil fonctionne avec les coques de noix de palme carbonisées ventilées par la force de l’énergie solaire.                                                                       

 

COUP DOUBLE- Les matières premières existent à foison pour la production du combustible vert. Le Rwanda en produit à partir d’ordures ménagères dont la gestion représente aujourd’hui un vrai casse-tête pour notre Mali. Un coup double à jouer. De nos jours, les cabosses vides de cacao dont la Côte d’Ivoire est la première productrice mondiale ne sont plus des résidus rejetés. Carbonisées, elles servent de combustible bon marché pour les ménages ivoiriens. La politique du clean cooking (cuisine propre) a permis au Kenya d’offrir à sa population un combustible liquide, le bioéthanol dont l’usage est facilité par une cuisinière adaptée : Koko cooker.       
                                                                           
        

L’Amader (l’Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et de l’électrification rurale) après plus de deux décennies d’existence, tarde à emboîter le pas kenyan alors qu’elle a développé la même politique et nourrit la même ambition. Son élan contraste malheureusement avec son homologue Koko networks (www.kokonetworks.com) qui, en 5 ans d’activités, contribue significativement à l’industrialisation du Kenya.  

Au Mali, outre les ordures ménagères, nous avons une quantité abondante de déchets agricoles dans les campagnes comme les coques d’arachide, de noix de cajou, de cocos, les épis de maïs, les tiges de coton, le son de riz, les tourteaux d’amande de karité dont nous sommes un gros producteur (2è après le Nigeria). Les graines de notre zabban qui ont une certaine consistance peuvent faire l’objet d’une étude en vue d’en faire du combustible vert.

Notre volonté ferme à construire le Mali nouveau (Mali Kura) nous commande de mettre impérativement sur le marché le nouveau charbon écologique (Mali Kura charbon) pour la régénérescence de nos forêts.    

 
Il s’agira non pas, de créer de petites unités artisanales de production du bio charbon mais de très grosses unités comme il en existe sous d’autres cieux avec des équipements ultra modernes capables de produire plusieurs milliers de tonnes en un temps record pour l’approvisionnement constant du marché national. Implantée dans chaque capitale régionale, l’initiative aura le mérite d’orienter de milliers de jeunes désœuvrés vers une activité saine et rentable : les contrebandiers actuels, les diplômés ou non diplômés, les potentiels jeunes terroristes ou les candidats à l’immigration clandestine, etc.

En amont, l’ouverture d’une filière d’étude relative au secteur dans nos écoles professionnelles vaudra son pesant d’or. Elle contribuera à absorber une portion  importante de la pléthore d’élèves et étudiants et formera la ressource humaine qualifiée. Vivement le Mali Kura souverain revêtu dans sa belle et resplendissante robe verte.

Tidiani Hassimi

Soumbounou

Militant écologique

Rédaction Lessor

Lire aussi : Mali: Plus de 5.200 candidats inscrits au Brevet de technicien agro-pastoral

Les examens du Brevet de technicien agro-pastoral première et deuxième partie (BT1) et (BT2) débutent, ce lundi 07 septembre 2026 à Bamako et à l'intérieur du pays. Ils sont 5.210 candidats dont 2.982 filles repartis entre 35 centres. Bamako compte un seul centre à savoir le Lycée technique..

Lire aussi : Presse malienne : Autorégulation et professionnalisation dans le viseur

La Maison de la presse engage une nouvelle dynamique pour doter le secteur des médias d’outils capables de renforcer l’éthique, la responsabilité et la protection sociale des professionnels. Deux structures viennent d’être mises en place pour poser les bases d’un nouveau cadre.

Lire aussi : Hernie discale : Assez fréquente

Des médecins s’accordent à dire que cette pathologie peut être source de discrimination au sein du couple ou dans le milieu professionnel. La paralysie en est une phase de complication.

Lire aussi : Transport urbain : Une transformation devenue inévitable

À Bamako, les minibus verts restent indispensables au quotidien de milliers de citoyens, mais leur vétusté rappelle chaque jour l’urgence de repenser un système de transport urbain plus moderne, plus sûr et plus adapté aux besoins d’une capitale en pleine croissance.

Lire aussi : Terrorisme au Sahel : L’Université Kurukanfuga et l’AMADP poussent la réflexion

Le thème retenu est d’une importance capitale en cette période où notre pays mène une lutte sans merci contre le terrorisme. Les participants à cette journée scientifique ont analysé le phénomène dans une approche transdisciplinaire.

Lire aussi : CIP-UEMOA: : La 40e session extraordinaire s’ouvre ce lundi à Bamako

La 40e session extraordinaire du Comité Interparlementaire de l'UEMOA se tiendra du 07 au 11 septembre 2026 à l'Hôtel Azalaï de Bamako..

Les articles de l'auteur

IIe Jeux de l’AES : Ouagadougou fin prête pour accueillir les trois nations du Sahel

Ouagadougou abritera, du 7 au 16 septembre 2026, la deuxième édition des Jeux de la Confédération des États du Sahel (JAES). À quelques jours du coup d’envoi, le ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi assure que les dispositions sont prises pour garantir le bon déroulement de cette grande rencontre sportive entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 07 septembre 2026 à 09:09

FARCUB 2026 : Le Premier ministre échange avec les autorités administratives et coutumières de N’Gourti sur la paix et la cohésion sociale

Le Premier ministre, M. Ali Mahamane Lamine Zeine, a mis à profit son séjour à Blanakour, dans le département de N’Gourti, pour rencontrer, ce dimanche 6 septembre 2026 en présence du Ministre de l’agriculture et de l’élevage, ainsi que le Gouverneur de la région, les principales autorités administratives et coutumières de la zone.

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 07 septembre 2026 à 09:07

Tentative de destabilisation du Niger : Une documentation conséquente constituée et le pays se réserve le droit d’intenter des actions devant la justice internationale

Le Conseil des ministres réuni, vendredi 04 septembre 2026, sous la présidence du Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’état, a examiné la situation née de la tentative de déstabilisation de notre pays orchestrée par les éléments du Bataillon Spécial de Renseignement du Commandement des Opérations Spéciales, notamment à la Base 101 de Niamey, dans la nuit du 28 au 29 août 2026.

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 07 septembre 2026 à 09:03

Terrorisme au Sahel : L’Université Kurukanfuga et l’AMADP poussent la réflexion

Le thème retenu est d’une importance capitale en cette période où notre pays mène une lutte sans merci contre le terrorisme. Les participants à cette journée scientifique ont analysé le phénomène dans une approche transdisciplinaire.

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 07 septembre 2026 à 08:40

Hivernage : 13 morts et 2 790 personnes affectées au Mali

Treize personnes ont perdu la vie et 17 autres ont été blessées depuis le début de la saison des pluies au Mali, en raison de différents aléas liés à l’hivernage..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 03 septembre 2026 à 18:27

Hivernage : Les risques d’inondations restent élevés par endroits en septembre

Les risques d’inondations restent élevés par endroits au Mali durant le mois de septembre, en raison de la poursuite des activités pluvio-orageuses, selon le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 03 septembre 2026 à 18:25

Vacances à Niamey : Quand la pause scolaire rime avec l’hyperactivité pour les jeunes

Les grandes vacances au Niger, de juin à septembre, cette période de trêve scolaire est marquée par une intense activité chez les jeunes, mêlant instructions islamiques dans les Makaranta, apprentissage de métiers, des cours de soutien sans compter des occupations lucratives et sportives. Les uns mettent à profit la pause scolaire pour s’exercer comme apprentis ou aides dans des ateliers et sur des chantiers, notamment en couture, en menuiserie, dans le bâtiment ou les garages..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 03 septembre 2026 à 09:47

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner