Mali, Veuvage : Rude épreuve pour les femmes

Après le décès de leurs époux, certaines femmes deviennent des coupables idéales pour la société. D’autres sont appelées à porter le fardeau de la famille et cumulent les petits boulots pour tenter d’y parvenir. D’autres encore doivent se battre pour leur réinsertion sociale et professionnelle

Publié vendredi 17 novembre 2023 à 07:22
Mali, Veuvage : Rude épreuve pour les femmes

Ces braves dames arrivent à joindre les deux bouts grâce aux revenus tirés des formations en savonnerie, cuisine et d'autres activités

 

«Il y a plus d’un an que mon époux est décédé avant notre mariage civil. C’était très difficile. Le traumatisme fut énorme pour moi. On avait déjà fait le mariage religieux. Trois jours avant qu’on célèbre notre union devant le maire, il a rendu l’âme», raconte Yara Koureïchi, les yeux remplis de larmes. La veuve de 29 ans explique avoir traversé la période de veuvage  péniblement. «Je devais relever le défi de connaitre les traditions de la chambre de veuvage et leur application», explique-t-elle.

Enseignante de profession,  Yara Koureïchi affirme qu’un sort de ce genre  ressemble à une catastrophe pour une jeune dame. Le plus blessant, dit-elle, ce sont les jugements visant à te rendre responsable des faits. « Parfois, ce sont des parents sur lesquels je devais compter le plus pour me rassurer moralement  qui m’ont causé du tort avec les préjugés. Ma belle-famille m’a abandonnée», déplore l’habitante de Boulkassoumbougou en Commune I du District de Bamako. 

Avant de confier que la foi en Dieu, le soutien financier et moral de ses proches et de l‘association Initiative d’aide et de soutien aux veuves et orphelins (Iasvo) lui ont permis de surmonter les moments difficiles. Outre son salaire, selon Yara Koureïchi, elle arrive à joindre les deux bouts, grâce aux revenus des formations en savonnerie, cuisine et d’autres activités qu’elle mène.

Le veuvage de la femme requiert un courage inébranlable dans notre société victime de la décadence de son organisation sociale. Après le décès de l’époux, beaucoup de femmes doivent traverser des épreuves rudes souvent sans aucun soutien des parents du défunt époux. Ces veuves doivent lutter au quotidien pour leur survie et celle de leurs enfants. Depuis le décès de son mari, il y a huit ans, Ramata Haïdara est devenue la principale source de revenus de la maison.


Elle doit s’occuper des dépenses familiales (paiement du loyer, des frais de scolarité, etc.). La vendeuse saisonnière (friperie, pharmacie par terre, fruits) dit avoir été privée, par sa belle-famille, des biens matériels de son époux. La veuve affirme ne pas bénéficier de leur assistance. La commerçante sait combien il est important de soutenir une veuve. Elle invite la population à prendre soin des veuves. Quant à celles-ci, elles doivent faire montre de courage, toujours travailler et ne pas baisser les bras.

Fatoumata Sogomo est une jeune veuve de 21 ans. Elle a perdu son mari après un an de mariage. Dès lors, elle est retournée chez ses parents. L’élève d’une école professionnelle est mère d’une fille. La perte de son époux a été très dure à surmonter pour elle. « Parfois, ça donne l’impression que Dieu même est contre toi. Après le décès, la période de veuvage nous empêche de travailler. Surtout, la famille de mon conjoint m’a abandonnée quand le décès est survenu », dit-elle, avant d’indiquer que le soutien de sa famille et le revenu de son métier de coiffeuse l’aident à faire face aux dépenses. Fatoumata a invité les femmes à toujours travailler pour ne pas être dépendantes de quelqu’un.

Cela fait 4 ans que le conjoint de Fatoumata Sanghanta a été conduit dans sa dernière demeure. Le plus âgé de ses orphelins est a 20 ans. «Je n’ai  pas eu trop de difficultés sur le plan financier. Ma famille m’a aidée. Je suis dans la maison de mon mari. Par contre, c’est la douleur de la séparation qui m’a le plus marquée. Avec la foi en Dieu, j’ai pu surmonter ces difficultés», dit-elle. Elle conseille les autres veuves à ne pas se rabaisser en faisant des demandes avec insistance. «Je n’ai jamais vécu une situation aussi dure et amère qu’être veuve», se plaint Biba Traoré, 30 ans. La mère de 5 enfants dont 4 filles affirme que le choc a été énorme après douze ans de vie conjugale.

 

DÉPRESSION- «J’ai failli devenir folle ou sombrer dans la dépression. Les moments de joie, de partage et de complicité se sont effondrés brusquement. Deux de mes enfants  sont aussi partis vivre avec leur grand-mère au village après le deuil », se souvient-elle avant d’assurer que la foi en Dieu, le soutien de la famille et des amis fidèles l’ont aidé à traverser cette période douloureuse. Selon elle, il faut être veuve pour savoir les épreuves qu’elles traversent chaque jour. « C’est un peu comme un agneau qui perd de vue sa maman dans la brousse et court dans tous les sens à sa recherche sans succès», analyse-t-elle. Elle précise que le frère de son défunt époux a demandé sa main. Pour l’instant, la jeune dame dit faire preuve de patience. 

Mme Traoré Massitan Traoré, originaire de Djenné, est la présidente de l’association (Iasvo) créée en décembre 2022. Située à Sotuba, en Commune I du District de Bamako, sa mission est de contribuer à la lutte contre l’exclusion sociale. L’association accueille, informe et accompagne les veuves et orphelins. Elle défend leurs droits. «J’ai été veuve et je sais ce qu’elles endurent. D’autant plus qu’être veuve ou orphelin, ce n’est pas un choix, mais juste une volonté divine. Nul ne peut freiner ce qu’Allah a décrété», indique Mme Traoré Massitan Traoré.

«De bouche à oreille, je parviens à joindre les veuves qui souffrent de multiples formes de discrimination et de maltraitance. Je les initie à travers des encadreurs, à la lecture du Coran, à l’apprentissage des invocations pour mieux gérer leur peine mais aussi je leur apporte un appui financier pour couvrir certains de leurs besoins fondamentaux à savoir la nourriture, l’habillement et les soins sanitaires», explique la présidente de l’Iasvo. Son organisation accompagne les veuves tout au long de la période de veuvage avec des prières protectrices qui apaisent leurs cœurs et tranquillisent leurs âmes. Elle signale que la veuve est suivie au sein de l’Iasvo pour sa reconstruction et sa réinsertion sociale et professionnelle.

En plus, dit-elle, l’association offre aux orphelins des cours sur la religion et dans toutes les matières dont elles ont besoin pour les aider à passer leurs examens. Par ailleurs, elle mène des activités génératrices de revenu pour aider ces couches vulnérables à s’épanouir au quotidien. « J’ai été veuve salariée. Je percevais mon salaire à la fin du mois. La situation des veuves non salariées m’a interpellée. Raison pour laquelle, j’ai  décidé de les aider », se justifie-t-elle. 

La mort d’un conjoint étant un fait imprévisible, tout le monde peut se retrouver dans cette situation. Mieux vaut donc apprendre à compatir au choc des autres en attendant son tour.

 Fatoumata TRAORÉ

Rédaction Lessor

Lire aussi : Résilience des communautés : La jeunesse prêche par l’exemple

Dans plusieurs quartiers du District de Bamako, la jeunesse se mobilise au-delà des discours. Organisation des files d’attente dans les stations-service, entretien des voies publiques, assainissement, médiation sociale… Les jeunes multiplient les initiatives citoyennes pour accompagner les p.

Lire aussi : Fleuve Niger : Ce poumon économique qui suffoque sous la pression humaine

Source de vie, voie de transport, réserve alimentaire et moteur de l’économie nationale, le fleuve Niger est aujourd’hui au bord de l’asphyxie. Pollution, dragues d’orpaillage, extraction anarchique de sable, occupation illégale des berges : les agressions se multiplient et fragilisent un.

Lire aussi : Polyclinique des armées de Kati : Les nouveaux services médico-techniques opérationnels

Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a inauguré ce jeudi 17 septembre 2026, les nouveaux services médico-techniques de la Polyclinique des armées de Kati. Placée sous le signe de la modernisation et de la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa),.

Lire aussi : Salons de coiffure et maquillage : La période de vaches maigres

Les salons de coiffure et de maquillage courent les rues à Bamako. Tous ou presque sont sollicités par les belles de la capitale qui y ont recours lors de certaines cérémonies sociales (mariages et baptêmes) et autres anniversaires pour mettre plus en relief leur beauté et leur charme..

Lire aussi : Hivernage : 13 morts et 2 790 personnes affectées au Mali

Treize personnes ont perdu la vie et 17 autres ont été blessées depuis le début de la saison des pluies au Mali, en raison de différents aléas liés à l’hivernage..

Lire aussi : Hivernage : Les risques d’inondations restent élevés par endroits en septembre

Les risques d’inondations restent élevés par endroits au Mali durant le mois de septembre, en raison de la poursuite des activités pluvio-orageuses, selon le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes..

Les articles de l'auteur

Adresse à la nation de son excellence, le Général d’armée Assimi Goïta, président de la transition, chef de l’Etat, à l’occasion du 66ème anniversaire de l’accession du Mali à l’Indépendance.

-.

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 21 septembre 2026 à 21:43

Décentralisation : Le comité technique de transfert des compétences livre son rapport

Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a abrité jeudi, 17 septembre, la 1ère session de suivi et d’animation du Comité technique chargé du transfert de compétences et de ressources de l’état aux Collectivités territoriales, au titre de l’exercice 2026..

Par Rédaction Lessor


Publié lundi 21 septembre 2026 à 08:31

Communiqué du conseil des ministres du vendredi 18 septembre 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le vendredi 18 septembre 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Par Rédaction Lessor


Publié dimanche 20 septembre 2026 à 09:04

Pôle national économique et financier : Le bouclier judiciaire contre les crimes économiques

Face à la complexité croissante de la corruption et de la délinquance financière, le Mali mise sur une justice spécialisée. Le Pôle national économique et financier (PNEF) concentre désormais les compétences pour traquer les atteintes aux ressources publiques.

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 18:29

Cybercriminalité : Le pôle face à une délinquance en perpétuelle mutation

Avec l’essor des technologies de l’information et de la communication, les infractions connaissent une progression et une diversification constantes. Pour mieux répondre à cette nouvelle forme de délinquance, notre pays a mis en place une juridiction spécialisée. Issa Coulibaly, magistrat, au Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, explique les enjeux de cette lutte, les infractions prises en charge et les défis auxquels la justice est confrontée.

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 18:24

Lutte contre la criminalité financière : l’ARGASC, un maillon essentiel dans l’architecture juridique du Mali

La structure est progressivement en train d’occuper sa place aux côtés des autres acteurs de la chaîne pénale. Sur la base des décisions de justice elle a recouvré de juin 2025 au 31 juillet 2026, la somme de 54.410.150 Fcfa. À cela s’ajoutent la confiscation de 137,90 grammes d’or, et des matériels roulants et de biens immobiliers.

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 18:07

Patrimoine culturel et souveraineté : Ces vestiges temoins du courage, de la bravoure et de la résistance

Au lendemain de l’indépendance, les autorités ont entrepris des actions de restauration et de réhabilitation de notre histoire et des grands Hommes et Femmes qui se sont illustrés par leurs hauts faits contribuant à la grandeur de notre peuple..

Par Rédaction Lessor


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 18:03

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner