#Mali : Rebond: L’heure du déclic

Le limogeage du 29è sélectionneur des Aigles, éric Sékou Chelle peut permettre à notre football d’ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. À condition que les décideurs fassent preuve de courage managérial et acceptent les changements qui s’imposent

Publié mardi 18 juin 2024 à 13:16
#Mali : Rebond: L’heure du déclic

La question que l’on peut se poser après le limogeage, jeudi 13 juin, du technicien Éric Sékou Chelle par la Fédération malienne de football (Femafoot) n’est pas de savoir si la décision de l’instance dirigeante du football national est la bonne, mais plutôt si cette décision sera suffisante pour remettre la sélection sur de bons rails. Mettre ou remettre les Aigles dans la bonne direction de marche, c’est ça la bonne question et la réponse à cette question est d’autant plus importante que depuis trois à quatre ans, nombre d’observateurs considèrent les Aigles comme l’une des meilleures sélections africaines, en terme de production de jeu, alors que le palmarès de l'équipe reste désespérément vide.

Les Maliens dans leur grande majorité pensent la même chose et presque tous les supporters estiment aujourd’hui que la sélection nationale n’est pas à la place qu’elle mérite. Ces supporters ne reprochent quasiment rien à l’équipe nationale, si ce n’est le manque d’efficacité offensive et l’insuffisance de résultats dans les compétitions internationales. Et comme tous sont convaincus du talent de la génération actuelle de la sélection nationale, donc de la qualité de l’effectif, ils estiment que le reste du travail revient à l’encadrement technique. C’est sans doute pour cette raison que les sélectionneurs sont pointés du doigt après chaque échec et qu’on assiste à une valse de techniciens à la tête de la sélection nationale.

En tout cas, les chiffres sont là qui prouvent que le Mali est aujourd’hui l’un des plus gros consommateurs d’entraîneurs du football africain : 29 sélectionneurs de 1960 à 2024, soit un peu plus d’un entraîneur tous les deux ans.

À chaque campagne ou presque, notre pays change d’entraîneurs mais le résultat reste toujours le même. Depuis 1972 (Yaoundé 72) et la défaite des Aigles 3-2 en finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) contre le Congo, aucun technicien n’a réussi à atteindre ce stade de la compétition avec l’équipe nationale, à fortiori, remporter le titre continental.

Disons-le sans ambages, ces échecs à répétition ne sont pas et ne peuvent être la seule faute des techniciens. Le vrai problème de la sélection nationale, c’est notre incapacité à se remettre en cause, à nous débarrasser des pratiques d’un autre temps et à élaborer la politique dont notre football a besoin pour devenir compétitif sur la durée.

Tous les acteurs du football national peuvent contribuer à l’élaboration de cette politique, mais le travail est d’abord du ressort de la Fédération malienne de football et du département de tutelle, à savoir le ministère en charge de la Jeunesse et des Sports. Il ne s’agit pas pour les deux structures de faire une remise à plat ou d'initier une énième rencontre pour faire l'état des lieux. Les maux dont souffre notre football sont déjà connus, il faut juste trouver des solutions idoines et pérennes pour permettre au grand malade de relever la tête.

 

UN MAL POUR UN BIEN -? À notre avis, le limogeage du technicien Éric Sékou Chelle peut permettre au football national, en général et aux Aigles en particulier, d’ouvrir un nouveau chapitre et d'en finir avec ce train-train qui n’a que trop duré. Cela peut paraître difficile parce que «les habitudes ont la vie dure», dit l’adage, mais si chacun y met du sien, ce changement est bien possible. Nous avons d'autant de raisons de nous battre pour ce changement que la sélection nationale est aujourd'hui, l'un des rares, sinon le seul symbole qui réunit toutes les Maliennes et tous les Maliens. Malgré la crise multidimensionnelle que traverse le Mali depuis 2012, nos concitoyens, de Kayes à Gourma, en passant par Koulikoro, Nioro, Kita, Bougouni, San, Ségou, Koutiala, Gao, Kidal pour ne citer que ces villes, se reconnaissent tous dans les Aigles et rêvent de voir l’équipe soulever le trophée de la CAN et participer à la phase finale de la Coupe du monde.

L’équipe nationale représente donc un symbole fort du pays et le football étant le sport le plus populaire du Mali et du monde, personne ne peut être indifférent à l’image véhiculée par nos footballeurs dans les compétitions internationales. Quand les Aigles gagnent, nous sommes tous contents, toutes sensibilités confondues et quand l’équipe perd, nous éprouvons tous un sentiment de tristesse.

Le limogeage d’Éric Sékou Chelle, une décision prise «à l’unanimité et avec l’accord de l’autorité de tutelle» peut donc être un déclic pour l’amorce d’un vrai changement au sein de la sélection nationale, au sens propre comme au figuré. Le salut passe par là et le temps est venu de passer aux actes.


Soulemane Bobo TOUNKARA

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