La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et le gouvernement de la Transition ne sont toujours pas parvenus à s’entendre sur le chronogramme.
La dernière mission effectuée par le médiateur Goodluck Jonathan a néanmoins le mérite d’avoir rétréci le fossé entre les parties, puisque la partie malienne a considérablement revue ses propositions concernant la durée de la Transition : de 36 mois, elle a été ramenée à 29, puis à 24 mois.
En effet, détaille un communiqué publié dimanche, le gouvernement a soumis un chronogramme comprenant des actions relatives aux réformes (politiques et institutionnelles) et aux élections avec un délai de 36 mois.
Cette proposition ayant été rejetée par le médiateur, le gouvernement a alors proposé un nouveau délai de 29 mois que le président de la Transition a ramené à 24 mois. Les autorités de la Transition ont estimé que ce délai de deux ans est incompressible. Mais, le médiateur y opposera encore un niet catégorique et restera inflexible sur sa proposition de 12 mois.
En somme, par ces concessions, le gouvernement aura administré une fois de plus la preuve de sa détermination à trouver une solution consensuelle avec l’organisation sous-régionale. D’autres éléments illustrent sa bonne foi, comme le fait d’avoir invité le médiateur à venir discuter du chronogramme. C’est nouveau ! Aussi, c’est le gouvernement qui a eu l’idée de mettre en place le mécanisme de concertation avec la Cedeao et la communauté internationale. Permettant ainsi à tous les acteurs de procéder à une évaluation technique conjointe du chronogramme de la Transition.
Au sein de l’opinion nationale et internationale, ils sont nombreux à apprécier ces efforts des autorités de la Transition. L’ancien Premier ministre, Moussa Mara, les a encouragées à «continuer dans cette direction». Et de demander qu’elles ouvrent les « chantiers des réformes pour rendre la période actuelle productive pour le pays».
Par contre, l’ambassadeur Cheick Sidi Diarra de l’association Aw Bè Faso Do propose, face à l’échec de ce nouveau round, que l’on «revienne à la recherche de la solution endogène». Cela, a-t-il expliqué, «consistera pour le président de la Transition à faciliter des discussions avec les différents acteurs nationaux pour parvenir à un consensus sur la nouvelle Transition». Et ce consensus sera soumis à la Cedeao.
COMPLEXITÉ DES ENJEUX- Il est certainement déplorable que le médiateur soit de nouveau reparti de notre pays sans trouver un terrain d’entente. Le gouvernement, qui a regretté cette absence de compromis, estime que l’organisation sous-régionale n’a toujours pas «suffisamment pris en compte la complexité des enjeux auxquels le Mali est confronté et les aspirations profondes de son peuple».
Les dirigeants ouest-africains sont en effet plutôt préoccupés par la tenue des élections. Or, comme rappelé par le gouvernement dans son communiqué, une mission ministérielle de la Cedeao avait reconnu en octobre 2018, l’impératif de réformer les cadres légaux et le système électoral avant la tenue des élections.
Peut-on encore espérer une solution consensuelle ? Certains observateurs sont dubitatifs, même si les parties affichent toujours leur volonté de poursuivre le dialogue.
Le gouvernement a «réitéré sa disponibilité à trouver une solution avec la Cedeao et la communauté internationale dans l’intérêt supérieur des peuples d’Afrique de l’Ouest qui souffrent collectivement des conséquences des sanctions illégales, illégitimes et inhumaines prises à l’encontre du Mali». Et de son côté, le médiateur a réaffirmé, dans un communiqué publié le 20 mars, «sa volonté de continuer à discuter afin de convenir d’un calendrier de Transition acceptable». Selon lui, un accord pour la restauration de l’ordre constitutionnel permettra de «lever progressivement les mesures prises par la Cedeao».
Issa DEMBELE
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