Dr Fousseynou Ouattara : «Pour regarder l’avenir avec beaucoup de sérénité, il faut avoir une armée très forte»

Dans cette interview, le vice-président de la Commission Défense nationale, Sécurité et Protection civile du Conseil national de Transition (CNT) s’exprime sur le 64è anniversaire de la création de l’Armée malienne et les succès obtenus par celle-ci dans la lutte contre le terrorisme

Publié mardi 21 janvier 2025 à 08:16
Dr Fousseynou Ouattara : «Pour regarder l’avenir avec beaucoup de sérénité, il faut avoir une armée très forte»

L’Essor : Quel regard jetez-vous sur l’Armée malienne, 64 ans après sa création ?

Dr Fousseynou Ouattara : Un regard lointain, un regard proche, un regard sur le futur, si je peux le dire. Trois regards très différents. L’Armée malienne a été créée le 20 janvier 1961. Je salue encore les pères de l’indépendance, même si d’autres souvent vont dans les polémiques affirmant que notre Armée a été créée bien avant cette date. Pour mettre fin à de telle polémique, je rappelle aux uns et aux autres que le moment de conception de l’enfant et sa naissance, il y a toujours une période. Donc, 20 janvier 1961, c’est la naissance de l’Armée malienne.

Cette Armée correspondait aux réalités du moment.  Il y avait très peu d’hommes et d’équipements. Mais avec le temps, on a vu que l’Armée a eu à être confrontée à des réalités très dures, telles que les premières rebellions de 1962-1963. Quand le coup d’État a eu lieu avec des jeunes officiers, à la tête le lieutenant Moussa Traoré, l’Armée a commencé à prendre sa place dans la sous-région.  Malheureusement, on n’a pas pu éviter une guerre fratricide avec notre voisin la Haute-Volta. Mais tout cela a permis à notre Armée de se renforcer et d’avoir de l’expérience. Surtout, elle a pu comprendre les enjeux de la géopolitique.

Le coup d’état du lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré en 1991 a engendré l’avènement de la démocratie. Malheureusement, les démocrates n’ont pas compris qu’une Nation forte se repose sur son armée. Il faut regarder les états-Unis, la France, la Russie. Ces pays  ont des armées fortes qui peuvent les défendre contre vents et marées. Mais si nous avons cru qu’une démocratie n’a pas besoin d’armée, nous avons récolté les conséquences avec la rébellion qu’on a connue qui s’est transformée après en terrorisme en 2012. Celle-ci nous a fait comprendre que pour être fier de sa nation, il faut avoir une armée très forte. C’est pourquoi, nos braves officiers, avec en tête le Général d’armée Assimi Goïta, se sont donnés corps et âme pour que notre armée soit à la hauteur aujourd’hui. 

 

L’Essor : Le 20 janvier 2025 intervient dans un contexte marqué par  la consolidation du recouvrement territorial. Selon vous, qu’est ce qui a sous-tendu cet exploit ?

Dr Fousseynou Ouattara : C’est parce qu’on a pu reconstituer notre armée, les fondamentaux, les doctrines ont été revues. On a pu mettre en place un état-major général des armées qui s’est mis à élaborer une doctrine militaire comme tous les pays qui se respectent. Donc, c’est cette doctrine militaire des différentes étapes de la défense de notre État qui a été élaborée et mise en place. Vous avez vu la création des zones de défense, des zones aériennes, de beaucoup de camps, des groupes tactiques et interarmes qui sont sur le terrain et qui sont en train de superviser toutes les opérations. Et cela n’a pas été sans des accompagnements à la pointe même de la technologie.

Nous avons pu équiper l’armée avec toutes les armes modernes, les nouvelles créations technologiques qui contribuent aujourd’hui aux victoires des différentes armées. Donc, ce n’est plus l’armée d’avant. On a une armée avec des engins très modernes, des avions qu’il faut, des drones, des hélicoptères, et d’autres différents avions de combat. Aujourd’hui, on a  tout ce dont on a  besoin. Ce sont des choses qui ont été bien muries, rien n’a été acquis au hasard. C’est  le fruit du travail des officiers supérieurs, très instruits, nantis de tous les diplômes.   Ce sont des gens qui ont fini de grandes écoles qui sont là aujourd’hui en train d’élaborer des plans, pour non seulement libérer notre pays qui l’est déjà, mais aussi pour éradiquer totalement le terrorisme. Je suis sûr que la population accompagnera l’armée sur ce chemin.

 

L’Essor : Les résultats notables enregistrés dans la lutte contre le terrorisme résultent aussi de la collaboration avec les États de la Confédération AES. Qu’en pensez-vous ? 

Dr Fousseynou Ouattara : Bien-sûr. Depuis qu’on a demandé le départ de Barkhane, de Takuba, de la Minusma, et quitté le G5-Sahel, nous avons tout de suite su qu’il y avait des choses qui nous manquaient pour que nos hommes puissent aller au combat sans être inquiétés. De ce fait, depuis le 16 septembre 2023, avec l’adoption  de la Charte qui a vu la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), on a pu mettre fin à certains faits qui nous causaient du tort.  A savoir que les terroristes pouvaient se refugier dans ces trois États en commettant des forfaits dans un pays et allaient se réfugier dans un autre en toute impunité.

De nos jours, le fait que nos trois États font des opérations en commun, nous a permis d’avoir beaucoup de victoires avec moins de pertes. Et surtout élaborer des plans d’attaques pour aller chercher des terroristes dans leurs derniers retranchements. Il faut savoir qu’avant, qu’on les attendait, mais maintenant c’est nous-mêmes qui allons les chercher.  Donc, la création de l’AES avec son volet défense, militaire, a été salutaire pour nos trois pays. Cela a permis que le Mali puisse récupérer la presque totalité de son territoire. Le Burkina Faso parlait récemment de plus de 60 à 80 % du territoire récupéré. Je suis sûr que dans quelques mois ça serait à 100%. Et le Niger aussi c’est pareil. Je suis sûr que la création de la Confédération AES, le 6 juillet 2024, va permettre aux trois pays d’affirmer leur souveraineté sur l’ensemble de leurs territoires.  

 

L’Essor : Comment entrevoyez-vous les perspectives pour notre outil de défense ?

Dr Fousseynou Ouattara : Je vois les perspectives avec beaucoup de sérénité, je ne dirai pas avec trop d’optimisme. Parce qu’il faut reconnaitre qu’une armée est dure à entretenir. Une chose est d’acquérir des équipements, une autre est la formation des hommes. Toutes choses qui demandent des fonds considérables pour un pays qui est en guerre et qui est encore confronté à un blocus qui ne dit pas son nom de la part des voisins. Sur ce, je salue la résilience des Maliens, pour leur soutien à l’Armée et que chacun comprenne que notre devenir dépend de notre outil de défense. 

Propos recueillis par

Massa SIDIBE

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