#Mali : Modibo Mao Makalou : «En l’absence de convention fiscale, c’est le droit interne de chaque pays qui détermine si le contribuable est imposable ou non sur son territoire»

Dans cette interview, l’économiste Modibo Mao Makalou rappelle les conditions dans lesquelles notre pays a signé avec la France une convention fiscale relative à la non double imposition. Il donne également des pistes permettant aux États de l’Alliance pour le Sahel (AES) de réussir leur projet de création d’une Union économique et monétaire

Publié mercredi 13 décembre 2023 à 08:05
#Mali : Modibo Mao Makalou : «En l’absence de convention fiscale, c’est le droit interne de chaque pays qui détermine si le contribuable est imposable ou non sur son territoire»

L’Essor : Le Mali et le Niger ont dénoncé deux accords visant à la non double imposition avec la France. Ils prendront donc fin dans trois mois. Pouvez-vous nous expliquer le contenu de ces accords ?

Modibo Mao Makalou : Une convention fiscale relative à la non double imposition est un traité qui définit la méthode pour déterminer la résidence fiscale, c’est-à-dire le lieu d’imposition pour éviter la double imposition qui équivaut à imposer deux fois un revenu au niveau fiscal. La convention fiscale a pour but de mettre en place la coopération entre la France et ses États partenaires, environ 121 pays, y compris les États-Unis d’Amérique, le Luxembourg, l’Afrique du Sud, Hong Kong, le Nigéria...

Pour le cas du Mali, il s’agissait d’inciter les entreprises françaises à revenir chez nous. En effet, celles-ci avaient été contraintes de quitter notre pays suite à la proclamation d’une République à option socialiste le 22 septembre 1960. Après le renversement de la 1ère République, le 19 novembre 1968, le nouveau régime militaire a entamé des négociations avec le gouvernement français à partir de juin 1970 qui ont abouti à la signature le 22 septembre 1972 (entrée en vigueur le 1er janvier 1975) d’une convention fiscale tendant à éviter la double imposition et à établir des règles d’assistance réciproque en matière d’impôt sur le revenu, d’impôt sur les successions, de droits d’enregistrement et de droits de timbre.

Ainsi, la convention fiscale permet de définir le pays d’imposition dans lequel seront taxés les revenus du contribuable : c’est le principe de la résidence fiscale exclusive ou unique. Les conventions internationales viennent dresser une liste de revenus et déterminent quel État est compétent pour imposer ceux-ci. La terminologie suivante est ainsi utilisée pour qualifier ces revenus : les revenus immobiliers, les bénéfices des entreprises, les dividendes, les intérêts, les redevances, les gains en capital, les revenus des professions indépendantes, les revenus des professions dépendantes, les revenus des artistes et des sportifs, les pensions, les successions et donations et les rémunérations publiques.

 

L’Essor : Selon les autorités maliennes et nigériennes, ces accords causent un manque à gagner énorme pour nos pays. À votre avis, quel impact positif peut-on espérer avec la fin de ces conventions ?

Modibo Mao Makalou: Les personnes et les entreprises réalisant des opérations internationales (c’est-à-dire concernant au moins deux pays) peuvent être confrontées à des problématiques liées à la territorialité de l’impôt. En effet, deux pays peuvent être compétents pour recouvrer l’impôt relatif à une même opération, ce qui peut générer une situation de double imposition. Celle-ci peut être résolue par le recours à une convention internationale. L’accord de non double imposition liant le Burkina Faso et la France a été dénoncé le 7 août 2023. Ceux liant la France et le Mali d’un côté,  et la France et le Niger de l’autre côté ont été dénoncés le 5 décembre 2023 par ces deux pays. Ceci dénote une détérioration des relations politiques et économiques des États de l’AES avec la France.

La dénonciation de la convention fiscale avec la France par le gouvernement du Mali à compter du 5 mars 2024 ne déterminera plus le pays d’imposition des revenus en fonction de leur nature pour éviter la double imposition, c’est-à-dire soit c’est le pays source des revenus qui perçoit la taxation, soit c’est l’Etat de résidence. Ainsi, en l’absence de convention fiscale, c’est le droit interne de chaque pays qui détermine si le contribuable est imposable ou non sur son territoire. Il existe donc un risque de double imposition et de diminution des investissements entre les deux pays. Notons que les entreprises françaises de droit malien sont le deuxième investisseur privé au Mali.

Face à des enjeux économiques et budgétaires croissants des États de l’AES dans le cadre de l’élargissement de l’assiette fiscale et de la mobilisation des ressources budgétaires pour faire face à des dépenses budgétaires exorbitantes, il urge d’évaluer l’impact économique et financier et de renforcer le suivi des conventions fiscales en vigueur, de moderniser les services d’assiette et de recouvrements pour prévenir et réduire le nombre de litiges, afin de veiller à préserver et défendre les intérêts des contribuables.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), les pertes de recettes au titre de l’impôt sur les sociétés imputables à des pratiques frauduleuses ou d’optimisation fiscale représenteraient entre 4 % et 10 % des recettes de cet impôt au niveau mondial.

L’Essor : Le Mali, le Niger et le Burkina Faso veulent aller vers une Union économique et monétaire. Ce projet est-il viable ?

Modibo Mao Makalou : L’intégration économique et monétaire permet de stimuler les échanges commerciaux, les investissements et la concurrence dans l’espace communautaire, ce qui devrait aboutir à une baisse des prix des biens et services à des économies d’échelle pour la production des biens et services, et l’utilisation d’une monnaie commune ou unique, de même qu’une harmonisation des politiques budgétaires et monétaires des pays membres de l’AES.

L’intégration économique et monétaire offre de nombreux avantages tels que l’accroissement des échanges commerciaux, des avantages comparatifs, de l’efficacité économique, des possibilités d’emplois et de l’expansion des marchés de biens et services. Cependant, elle présente également des inconvénients, notamment le détournement des échanges, la perte d’autonomie en matière de politique économique, l’inégalité et les disparités régionales, la perte d’industries et d’emplois et la dépendance vis-à-vis des pays membres de l’AES. Pour intégrer leurs économies, les pays de l’AES devraient réduire les obstacles aux échanges commerciaux et à l’investissement et relier leurs réseaux d’infrastructure (routes, hydrauliques, ferroviaires, énergétiques, agricoles).

Ils devraient axer leurs efforts sur la libéralisation des échanges de biens et de services et celle des marchés financiers et des marchés du travail. La levée progressive des obstacles aux échanges intra régionaux, la construction d’infrastructures régionales, l’amélioration du climat des affaires, et l’utilisation d’une monnaie commune ou unique qui réduirait les coûts de transaction  stimuleraient les échanges commerciaux au sein de l’AES mais aussi entre l’AES et les autres organisations d’intégration économique sous régionales. Ce qui permettrait d’intégrer davantage les chaînes de valeur mondiale et renforcer l’activité économique. L’intégration commerciale au sein de l’AES pourrait constituer une étape vers la mise en œuvre intégrale de la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF) qui regroupe environ 1,475 milliard de consommateurs africains.

De plus, une intégration plus poussée au sein de l’AES pourrait amortir l’impact éventuel de la montée des tensions commerciales au niveau mondial. Si le protectionnisme devait s’intensifier sur les marchés traditionnels, les pays de l’AES pourraient partiellement en compenser les effets négatifs sur leurs exportations et leur croissance en augmentant leurs échanges intra régionaux, ce qui leur permettrait de préserver les bienfaits, pour leurs économies.

 

Propos recueillis par

Issa DEMBELE

Lire aussi : 47è promotion de l'Emia : 343 officiers prêts à servir la nation

Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a présidé, vendredi dernier au centre d’instruction Boubacar Sada Sy de Koulikoro, la cérémonie de sortie et de prestation de serment de la 47è promotion de l’École militaire interarmes de Koulikoro (Emia)..

Lire aussi : Forêt de Ouessebougou : Une base terroriste détruite par les FAMa

Dans le cadre des opérations de surveillance du territoire menées le 27 novembre 2025, les Forces armées maliennes (FAMa) ont découvert une importante base terroriste dissimulée sous un couvert végétal dans la forêt de Ouessebougou, à proximité de Sébabougou..

Lire aussi : Programme africain de mini-réseaux : Plus de 8.000 bénéficiaires

Le Projet national du Programme africain de mini-réseaux permettra la mise en service directe d’au moins 309 kilowatts de puissance solaire photovoltaïque installée et 754 kilowattheures de capacité de stockage sur batteries. Il bénéficiera directement à plus de 8.000 personnes, dont 50% de.

Lire aussi : Journée mondiale du souvenir des victimes de la circulation routière : Les ministres Madina Sissoko et Assa Badiallo Touré au chevet des victimes d’accidents

La ministre des Transports et des Infrastructures, Mme Dembélé Madina Sissoko, accompagnée de sa collègue de la Santé et du développement social, le Colonel-major Assa Badiallo Touré, était hier à l’hôpital Gabriel Touré pour remettre un important lot de kits de premier secours et de m.

Lire aussi : Croissance économique : Le FMI salue la solidité de la trajectoire du Mali

Pour 2026, il est attendu une croissance de 5,5% en rapport avec une reprise de la production aurifère et une amélioration progressive des conditions de sécurité. L’inflation, elle, devrait fléchir à 2,5%, largement conforme à la norme communautaire de 3%.

Lire aussi : Fafe : Une administration mobilisée pour atteindre les objectifs

La 13è session du comité de pilotage du Fonds d’appui à l’automatisation de la femme et à l’épanouissement de l’enfant (Fafe) s’est tenu, hier à son siège..

Les articles de l'auteur

Croissance économique : Le FMI salue la solidité de la trajectoire du Mali

Pour 2026, il est attendu une croissance de 5,5% en rapport avec une reprise de la production aurifère et une amélioration progressive des conditions de sécurité. L’inflation, elle, devrait fléchir à 2,5%, largement conforme à la norme communautaire de 3%.

Par Issa DEMBELE


Publié vendredi 28 novembre 2025 à 08:43

«Un salon pour toutes les populations de l’AES», dixit la ministre Oumou Sall Seck

Notre souhait est que ce Salon soit un salon pour tous, Maliens et populations de l’AES. Nous voulons donner, dans cet espace de notre Confédération, l’opportunité à l’écosystème entrepreneurial, aux acteurs qui l’animent, d’avoir une rencontre à eux, ne se reste qu’annuelle..

Par Issa DEMBELE


Publié vendredi 07 novembre 2025 à 14:05

Approvisionnement en carburant : Le Mali ne connaît pas de pénurie

«Le Mali ne connaît pas de pénurie de carburant. La capitale et toutes les grandes villes sont correctement approvisionnées». Ces propos sont du chef par intérim du département statistiques et administration de l’Office malien des produits pétroliers (OMAP), que nous avons approché hier.

Par Issa DEMBELE


Publié jeudi 25 septembre 2025 à 06:01

Développement économique : Gros plan sur le modèle Indien

Du 10 au 18 juin dernier, une vingtaine de journalistes d’Afrique du Nord, de l’Ouest et de l’Est était en Inde pour une visite de familiarisation. À New Delhi et Bangalore, ils ont eu droit à un panorama du «dynamisme indien», porté par des structures et des instituts de formation.

Par Issa DEMBELE


Publié mardi 01 juillet 2025 à 08:08

Visite du Premier ministre à Dioïla : Le Banico accueille le «messager du libérateur Assimi Goïta» dans la ferveur

Après avoir passé deux jours dans la Région de Ségou, le Premier ministre est allé hier au contact de la population de Dioïla. Un honneur pour le Banico, où la dernière visite d’un Chef de gouvernement remonte à 2005..

Par Issa DEMBELE


Publié lundi 17 février 2025 à 07:29

Ségou : Le stade Amary Daou affiche un nouveau visage

Avec une capacité de 15.000 places, ce stade peut accueillir à nouveau les compétitions nationales et internationales.

Par Issa DEMBELE


Publié lundi 17 février 2025 à 07:26

Cité des Balanzans : Bientôt un cadre approprié pour les légitimités traditionnelles et coutumières

«Nous sommes contents parce que nous rêvions de ce vestibule, depuis des années. Nous avons même jeûné pour l’avoir». Ces mots de Oumar Togora, prononcés au nom des légitimités de la Région de Ségou, en dit long sur le besoin d’un cadre dédié aux activités des garants des valeurs traditionnelles dans la cité des Balanzans..

Par Issa DEMBELE


Publié lundi 17 février 2025 à 07:24

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner