Le Niôgo rassemble onze musiciens, chacun avec un instrument différent
Il reste profondément enraciné dans la mémoire collective de la communauté minianka. Contrairement à certains instruments mystiques de la localité, il ne nécessite aucun sacrifice avant d’être joué par un individu. «Niôgo» a été créé pour rendre hommage à une femme digne, qui accompagna son mari à sa dernière demeure. Restée fidèle à son époux durant toute sa vie, elle fut honorée reine de la communauté. Selon les dires de la communauté, «Niö» signifie en langue minianka la deuxième fille de sa mère. Ce nom était attribué à une courageuse dame qui a consacré toute son existence au service de son foyer. Aucune famille n’est spécifiquement désignée pour jouer le «Niôgo».
Le célèbre artiste et joueur attitré de «Niôgo», Ngôlo Fasi Sogoba, le confirme: Tout le monde peut l’apprendre et le jouer lors des événements. Celui qui pratique cet instrument depuis plus de 40 ans a appris auprès de son père. À l’époque, souligne la star de Diaramana dans la Région de Koutiala, on le jouait uniquement au village pour créer de l’ambiance. «Ce n’était pas une question d’argent, contrairement à ce qui se passe actuellement », dit-il avec amertume. Néanmoins, Ngôlo est fier de constater que l’instrument continue de jouer un rôle fédérateur au sein de la communauté Mamaala. «Aujourd’hui, on peut bien dire que l’instrument va continuer à résonner, car plusieurs jeunes sont déjà initiés, dont mon fils qui le maîtrise bien», confie-t-il.
Selon notre interlocuteur, le Niôgo rassemble onze musiciens, chacun avec un instrument différent, notamment le N’bôlo, le Baara, le Djimé, le tam-tam,qui accompagnent le Niôgo. Généralement, ce sont les femmes qui chantent pour accompagner le Niôgo. L’instrument leur est dédié, raison pour laquelle l’honneur leur revient de chanter. Aujourd’hui, l’une des voix les plus connues en la matière est celle de Wassa Sogoba qui explique comment elle a intégré le groupe de Niôgo : «Ce sont mes grands-frères qui ont sollicité mon mari pour que je devienne chanteuse de Niôgo. J’avais une voix sublime».
Le président de l’Association pour le développent de Somasso et fervent défenseur de sa culture, le journaliste Markatié Daou, ne cache pas joie de voir cet instrument ancien résisté au temps. «Une vive incompréhension avait éclaté dans mon village dans les années 1997-2001. Presque toutes les voies de médiation avaient été explorées sans succès. Appelée en médiatrice, la troupe de Niôgo de Diaramana a pu éteindre le feu au terme d’une journée de prestation», se rappelle-t-il. Pour le journaliste, «Niôgo» est un instrument unique en ce sens qu’il peut faire oublier les soucis et même les tensions intercommunautaires.
«Je ne souhaite pas que cet instrument perde sa valeur ou qu’il manque de joueurs un jour. Pour cela, je souhaite qu’il y ait un centre de formation où des jeunes passionnés de Niôgo reprendront le flambeau aux anciens qui ont fait connaître cet instrument», plaide Markatié Daou.
Et à Mme Kadidiatou Goïta, diplômée de la Faculté des sciences administratives et politiques (FSAP), de renchérir: «Niôgo est l’un des instruments de musique qui affiche l’identité de toute la communauté. J’aime cet instrument parce qu’il n’exclut aucune couche sociale. Tout le monde peut danser facilement au son de cet instrument.»
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