Le feu, déclenché dans la nuit, a continué à se propager jusqu’à la mi-journée, malgré l’intervention des sapeurs-pompiers. À l’aube, une épaisse fumée recouvrait les lieux, rendant la visibilité quasi nulle. L’air était devenu irrespirable. On ne voyait presque rien à part l’odeur du brûlé. Sur place, le spectacle est désolant. Des poulets vivants ont péri dans les flammes. Des congélateurs, avec leur contenu de poissons, ont été entièrement calcinés. Habits, marchandises, argent liquide : tout a été emporté par l’incendie. Impuissants, des commerçants assistaient à la destruction de leurs biens sans pouvoir intervenir.
Les sapeurs-pompiers, mobilisés en grand nombre, ont tenté de maîtriser le sinistre en déversant d’importantes quantités d’eau. Les policiers, eux, s’efforçaient de réguler la circulation et de sécuriser le périmètre. Des autorités locales, dont des maires et des responsables de commerçants, étaient également présentes pour sensibiliser la population et constater l’ampleur des dégâts. Pour l’heure, les causes exactes de l’incendie restent inconnues. Toutefois, selon des témoignages recueillis sur place, le sinistre aurait débuté dans une boutique après le retour de l’électricité avant de se propager rapidement aux installations voisines.
Le marché, habituellement animé, a laissé place au chaos et à la désolation. L’agent chargé d’expédier les affaires courantes du District de Bamako, Marc Dabou, a indiqué que, pour le moment, les informations reçues des services, notamment la protection civile n’ont pas permis de déterminer la cause de l’incendie.
Selon lui, les enquêtes et évaluations en cours permettront, dans les jours à venir, de situer les responsabilités et de mieux informer sur l’origine du sinistre. Il a rappelé que ces incendies constituent un phénomène réel et récurrent. «Aujourd’hui, le problème des incendies est réel. Il faudra réfléchir rapidement à des solutions durables pour sortir de cette situation parce que ce sont des biens matériels de citoyens qui sont affectés», a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’une démarche cohérente impliquant les services techniques de l’État et les usagers des marchés.
L’autorité administrative a également lancé un appel à l’endroit des usagers du marché et les acteurs communaux afin qu’ils se mobilisent et réfléchissent ensemble à des solutions pour éviter de tels sinistres. Enfin, il a indiqué que, dans une démarche durable, les autorités entendent travailler avec les usagers eux-mêmes à la définition de solutions, afin d’éviter d’éventuelles crises ou incendies pouvant affecter l’économie nationale.
Commerçant depuis 15 ans, Amadou Samaké peine à contenir son émotion. Debout devant son étal, la voix nouée, il explique que ses fruits n’ont pas été brûlés, mais que plusieurs de ses confrères ont tout perdu. « Très souvent, il y a des incendies, mais cette année, l’ampleur est énorme par rapport aux autres. Je demande à ceux dont les marchandises sont parties en fumée de garder la foi», confie-t-il, le regard fixé sur les décombres.
Non loin de là, Mme Sidibé Fatoumata Sidibé entourée des membres de sa famille, les yeux remplis de larmes, tente de réaliser ce qui vient de se produire. Commerçante depuis plus de dix ans, elle estime ses pertes à plus d’un million de Fcfa. «C’est vraiment dur. Voir ton investissement partir en fumée sans rien pouvoir faire… », murmure-t-elle. Venue soutenir sa sœur, vendeuse de friperie, Mme Diarra Rokia Traoré raconte une nuit de panique. «On nous a appelés le soir pour dire que la boutique brûlait. Depuis, nous sommes là. Le feu a tout pris, du marché de légumes jusqu’au devant», explique-t-elle, en montrant du doigt l’étendue noircie.
Assis sur une caisse à moitié brûlée, Aboubacar Yattara vendeur d’habits pour femmes et hommes, est sous le choc. Tous ses habits sont detruits. Depuis hier soir, il est là, « je n’ai pas dormi. C’est la panique dans ma tête », dit-il, avant d’exprimer sa reconnaissance envers les forces de sécurité pour le travail a abattu.
Dans la zone réservée aux produits alimentaires, l’odeur de poisson brûlé est suffocante. Nayouma Traoré vendeuse depuis cinq ans, décrit une scène insoutenable. «Chez nous, c’est pire. Les poissons dans les frigos sont brûlés, les viandes aussi. Même des poules vivantes ont été brûlées», explique-t-elle avec amertume. Ce qui l’a le plus marquée reste le drame vécu par une autre commerçante. «Une dame avait acheté ses marchandises pour le Ramadan. Tout est parti en fumée», indique-t-elle. Adossé à un mur noirci, Moussa Konaté vendeur de chaussures, décrit une nuit chaotique. «Quand je suis arrivé, le feu était déjà fort. On entendait des cris partout. Chacun essayait de sauver ce qu’il pouvait, mais c’était impossible», raconte-t-il, les mains couvertes de suie.
À quelques mètres, Aïssata Coulibaly vendeuse de légumes, fouille les restes de son étal. «J’ai tout perdu. Il ne reste rien. Même mes balances sont brûlées. Je ne sais pas comment je vais recommencer », dit-elle, les yeux fixés sur les cendres. Les ministres chargés de la Sécurité et du Commerce, Daoud Aly Mohammedine et Moussa Alassane Diallo se sont rendus sur les lieux du sinistre pour constater les dégâts et apporter leur soutien aux victimes.
Assitan Kimbiry
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