Grand marché : La chasse aux boosters

À la date du 13 février, l’AMRTP a démonté 512 antennes de boosters. Visiblement soulagés et satisfaits de la qualité du réseau qui s’est nettement améliorée après le démontage des boosters, les usagers demandent aux autres commerçants de démonter les leurs

Publié mercredi 15 février 2023 à 07:12
Grand marché : La chasse aux boosters

Sur les toits des immeubles, les antennes de ces équipements d’amplification des signaux sont installées à perte de vue

 

 

Jeudi 9 février, le Grand marché de Bamako grouille de monde. Oumar Niangadou, téléphone à l’oreille, passe d’une boutique à une autre à la recherche du réseau pour communiquer. Finalement, c’est devant le commerce d’Abou Sylla, qui possède un booster, que son Smartphone capte le réseau téléphonique. «Le problème de réseau, c’est notre quotidien ici au Grand marché. Ceux qui n’ont pas de booster sont obligés d’aller vers ceux qui en ont pour avoir le réseau. Il faut absolument installer un booster pour avoir un réseau stable», se justifie Abou Sylla.

En témoigne la prolifération de ces outils qui brouillent pourtant la communication téléphonique notamment au Grand marché et ses environs. Où, sur les toits des immeubles, les antennes de ces équipements d’amplification des signaux sont installées à perte de vue. Notre équipe de reportage a suivi les équipes de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, Tics et Postes (AMRTP), chargées du démantèlement de ces boosters, dont l’usage constitue une infraction.

L’objectif de cette opération, entamée depuis le 6 février dernier, est d’optimiser la qualité des services télécoms. «Cette opération de démantèlement des boosters a été motivée par le fait que le réseau est mauvais dans le Grand marché de Bamako et ses environs, ainsi que dans l’ensemble des marchés. Le constat a été établi que les équipements d’amplification de signaux y sont pour beaucoup», explique le président de la Commission de démantèlement et directeur du département des postes à l’AMRTP, Idrissa Ly.

Avant d’engager ce grand nettoyage, l’Autorité de régulation avait demandé aux opérateurs de téléphonie mobile de renforcer leurs capacités dans les secteurs concernés, en déployant les moyens adéquats. Mais, selon Idrissa Ly, «il s’est avéré que ce travail n’est pas possible, tant que les boosters continuent de fonctionner». C’est ainsi que le démantèlement définitif de ces appareils a été décidé, en «collaboration avec les représentants des commerçants et après l’analyse de la situation».

Pour y arriver, le Grand marché de Bamako a été divisé en dix secteurs. Cinq équipes, composées d’huissiers, de gabiers et de policiers, sont déployées au niveau du marché «Dabanani». Chacune des équipes est conduite par un agent de l’AMRTP. Et pour le bon déroulement de l’opération, la direction régionale de la police a été sollicitée afin de contenir d’éventuelles situations conflictuelles. Ces équipes traquent, tous les jours, les boosters et autres équipements électroniques nocifs. Chaque fois qu’une zone est libérée, les équipes des opérateurs de téléphonie mobile passent le lendemain pour faire des tests et ajuster leurs équipements.

 

VIOLATION DE LA RÉGLEMENTATION- Chaque appareil saisi est enregistré, ses coordonnées et équipements sont déposés à la police. À la date du 13 février, l’AMRTP a démonté 512 antennes de boosters à travers le Grand marché. Des appareils qui se sont retrouvés sur le marché, installés et exploités en violation de la réglementation. «Les gens ignorent que depuis 2015, dans notre dispositif juridique, il y a un texte règlementaire qui interdit l’importation, l’installation et l’exploitation de certains appareils électroniques qui sont nocifs à la communication», révèle Idrissa Ly. Il rappelle qu’en la matière, il faut des autorisations assorties d’homologation. Seule l’AMRTP est habilitée à délivrer les autorisations.

Au Grand marché, il n y a pas un seul appareil qui a été installé conformément à la réglementation. Autrement dit, les textes ont été violés par tous les commençants ayant fait installer des boosters. En effet, leur utilisation est explicitement évoquée par le décret n°2016-0274/P-RM du 29 avril fixant les conditions et les procédures d’agrément des équipements de télécommunications et des Technologies de l’information et de la communication (Tic). En son article 4, ce décret stipule que «tout équipement terminal destiné à être connecté directement à un réseau de télécommunications/Tic ouvert au public ne peut être mis sur le marché malien ou utilisé au Mali qu’après agrément accordé par décision de l’Autorité».

Cet agrément est également exigé préalablement à la mise sur le marché de toute installation radioélectrique, quelle que soit sa destination. Le texte ajoute que l’agrément des équipements terminaux et des installations radioélectriques doit être demandé. Cela tant pour la fabrication pour le marché intérieur que pour l’importation, la détention en vue de la vente ou la mise en vente et pour la distribution à titre gratuit ou onéreux, et la publicité dont ils peuvent faire l’objet lorsque cette dernière adresse concerne spécifiquement le Mali. À préciser qu’au sens de ce décret, l’on entend par équipement terminal, tout équipement destiné à être connecté directement ou indirectement à un point de terminaison d’un réseau de télécommunications en vue de la transmission, du traitement ou de la réception d’informations.

Ces dispositions légales sont vraisemblablement méconnues des services concernés par le sujet. «Nous avons rencontré la direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence qui ignorait même ce que c’est qu’un booster. Nous leur avons envoyé une copie et les textes. On a aussi rencontré la douane. Chacun doit jouer son rôle dans cette affaire. Ceux qui doivent interdire l’importation doivent faire leur travail et ceux qui doivent aider à nettoyer le marché ont leur rôle à jouer. Malheureusement, depuis deux ans, nous n’avons pas senti cette collaboration», regrette Idrissa Ly. Mais étant dans la ligne de mire en tant qu’Autorité de régulation, l’AMRTP s’est vue dans l’obligation de faire valoir la loi.

 

OUF DE SOULAGEMENT- De l’avis des commerçants, cette opération de démantèlement répond aux soucis en matière de communication. Les plus heureux sont visiblement les occupants des immeubles «Galerie Djigué, Bally, Sept Villages, Nimaga, Mandiou Simpara ou encore Espace Samassa». En ces lieux, chaque commerçant y va de son commentaire. Ils sont nombreux à pousser un ouf de soulagement, comme Moussa Sacko qui affirme que la qualité du réseau s’est nettement améliorée après le démontage des boosters. «Le problème est situé et la solution est trouvée. Donc, nous demandons aux autres commerçants d’enlever les boosters, parce que si chacun démonte ses antennes, le réseau téléphonique se rétablira», sensibilise un négociant.

Pour réussir son opération, l’AMRTP a opté pour la méthode dite «soft». Elle consiste à expliquer les méfaits de ces appareils, de sorte que leurs détenteurs réalisent l’ampleur du préjudice et adhérent au processus de démantèlement. Cependant, tout cas de refus d’obtempérer est immédiatement soumis aux autorités compétentes. À nos jours, les équipes de l’AMRTP n’ont encore pas rencontré de résistance sur le terrain. Le plus difficile sera sans doute le suivi régulier pour empêcher le retour des équipements démantelés sur les toits des immeubles. À condition de pouvoir continuer à mettre à disposition un réseau de qualité.   


Babba COULIBALY

Lire aussi : Disponibilité des hydrocarbures à Bamako : L’embellie se poursuit

Ah oui ! Tout indique, ce matin du mercredi 26 novembre 2025, que la situation s’est améliorée concernant l’approvisionnement en carburant dans la ville de Bamako. La circulation reprend son rythme habituel. Les embouteillages aussi..

Lire aussi : Marchandises maliennes bloquées à Dakar : Trois mois de répit accordés aux opérateurs

Le président du Conseil malien des chargeurs (CMC), Kissima dit Bakissima Sylla, a annoncé ce mercredi 26 novembre que des dérogations exceptionnelles ont été accordées aux marchandises maliennes bloquées au port de Dakar..

Lire aussi : Hamadou Fall Dianka, DG des Impôts : «Le montant des recettes électroniques a atteint 300 milliards de Fcfa en 2024»

Dans cet entretien exclusif, le directeur général des Impôts évoque, entre autres, les étapes franchies en termes de transformation numérique de ses services, les avantages concrets pour les citoyens et les entreprises, les défis rencontrés et les innovations à venir pour consolider cette d.

Lire aussi : Disponibilité du carburant à Bamako : Normalisation au niveau des transports en commun

Avec la pénurie de carburant, plusieurs véhicules de transport en commun avaient disparu de la circulation dans la capitale. Ils refont surface aujourd’hui avec la disponibilité du précieux liquide dans certaines stations-services. Et cela grâce aux efforts des autorités et des importateurs .

Lire aussi : Gestion de la crise des hydrocarbures : L’urgence de venir en aide aux régions affectées

La réunion du Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes, tenue hier à la Primature sous la présidence du Premier ministre Abdoulaye Maïga, a aussi salué les effets immédiats du protocole d’accord ayant permis d’accélérer le dédouanement des camions citernes. Cepend.

Lire aussi : Dédouanement rapide des hydrocarbures : Sur 114 citernes, 110 sont sorties en moins de 24 heures

Un protocole d’accord a été signé vendredi dernier entre le gouvernement et les groupements des pétroliers pour accélérer les procédures de dédouanement des citernes d’hydrocarbures. Le ministre du Commerce et de l’industrie, Moussa Alassane Diallo, a pu constater l’effectivité sur .

Les articles de l'auteur

Crise du carburant : Bamako tourne la page

Il n’y a plus de longues files dans les stations-service de la capitale. Les clients sont servis à la minute près. La circulation est revenue à la normale et les Bamakois vaquent paisiblement à leurs occupations. C’est le constat fait hier par nos équipes de reportage.

Par Babba COULIBALY


Publié jeudi 27 novembre 2025 à 08:29

Approvisionnement du Mali en carburant : La solidarité agissante du Niger

Un convoi de 82 citernes d’hydrocarbures est arrivé samedi dernier à Bamako, en provenance de Niamey. Ce geste de solidarité, empreint de reconnaissance du Niger (pays membre de la Confédération des États du Sahel-AES), est une réponse diligente aux besoins de nos populations..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 24 novembre 2025 à 08:40

Développement industriel : L’opérateur Oumar Niangadou répond à l’appel du gouvernement

Son usine de production de détergent en poudre, située dans la zone aéroportuaire, a une capacité de production de 70.000 tonnes par an. Elle emploie 170 travailleurs permanents.

Par Babba COULIBALY


Publié mardi 11 novembre 2025 à 09:04

Organisation mondiale des Douanes pour l’Afrique occidentale et centrale : Le rendez-vous de Bamako sanctionné par une batterie de recommandations

Les rideaux sont tombés vendredi dernier sur la 16è Réunion conjointe annuelle des correspondants nationaux des bureaux régionaux de liaison de l’Organisation mondiale des douanes chargés du renseignement pour l’Afrique occidentale et centrale..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 10 novembre 2025 à 07:54

Secteur minier : Le secrétaire permanent du contenu local prend langue avec les acteurs

Le secrétaire permanent du contenu local, Alou Koïta a été présenté, vendredi dernier, aux acteurs du secteur minier, notamment les promoteurs, fournisseurs, sous-traitants et prestataires miniers..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 03 novembre 2025 à 10:57

Syndicalisme : Le Synabef outille ses militants

Le Bureau exécutif national du Syndicat national des banques, assurances, établissements financiers, microfinances, entreprises pétrolières et commerces du Mali (Synabef), en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert Stiftung (FES), forme depuis hier ses membres..

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 17 octobre 2025 à 12:37

Hydrocarbure : La DGCC, l’OMAP et la DNGM contrôlent les prix officiels et stocks physiques

«Il y a suffisamment de stock de carburant». Ces propos sont du directeur régional du commerce, de la consommation et de la concurrence du District de Bamako, Fousseyni Bamba, qui a conduit hier une mission de contrôle et de sensibilisation dans plusieurs stations-service de la capitale..

Par Babba COULIBALY


Publié vendredi 10 octobre 2025 à 11:55

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner