Culture de la pomme de terre à Sikasso : La cherté de la semence et de l’engrais douche les espoirs des producteurs

Au moment où le tubercule ravive les papilles gustatives des consommateurs, les producteurs font grise mine en évoquant la cherté du prix de l’engrais et des semences

Publié jeudi 02 mars 2023 à 07:15
Culture de la pomme de terre à Sikasso : La cherté de la semence et de l’engrais douche les espoirs des producteurs

 Les producteurs cèdent le sac de 25 kg à 6.250 Fcfa, celui de 50 kg à 12.500 Fcfa et le kilo à 250 Fcfa

 

 

 

La Cité verte du Kénédougou a bâti sa réputation autour de la culture de la pomme de terre, devenant ainsi un des plus importants bassins de production de ce tubercule très prisé par les consommateurs. Il n’est plus étonnant que la Région de Sikasso regorge de plus en plus de producteurs qui s’intéressent à cette culture qui leur permet de joindre les deux bouts. Cet engouement est douché par les difficultés que connaissent plusieurs producteurs qui se plaignent de la cherté du prix du sac de la semence et de l’engrais.  

«Cette année, tout est cher. Le prix du sac de l’engrais minéral et de celui de la semence a considérablement augmenté. De 23.000 Fcfa les années précédentes, le sac de la semence est vendu à 25.000 Fcfa et celui de l’engrais minéral NPK est passé de 15.000 Fcfa à 35.000 Fcfa», déplore le producteur de pomme de terre Hamidou Ballo. Ce dernier possède un champ de pomme de terre de 3 hectares à Bamadougou et 2 hectares à Zoumayéré (des villages situés dans les faubourgs de la ville de Sikasso). En plus de produire, Hamidou Ballo vend aussi ses tubercules au marché de Médine les samedis. «En plus de Sikasso et de Bamako, mes clients viennent du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. Je cède le sac de 25 kg à 6.250 Fcfa, celui de 50 kg à 12.500 Fcfa et le kilo à 250 Fcfa», précise-t-il.

Abondant dans le même sens, le producteur de Zangaradougou, Madou Berthé, estime que le métier de producteur de pomme de terre devient moins lucratif. «Faire face aux nombreuses dépenses engendrées par l’achat de l’engrais et de la semence et tirer le maximum de profit de sa production, n’est pas du tout facile. On se contente du peu qu’on gagne», confie désespéré le propriétaire de 3 hectares de pomme de terre à Ziansso. Il écoule ses tubercules au grand marché de Sikasso aux mêmes prix que Hamidou pendant les jours de foire (dimanche).

 

CHAOTIQUE POUR MOI- «La campagne de cette année a été chaotique pour moi. À cause du coût trop élevé de l’engrais minéral, je me suis approvisionné en engrais «mélangé localement». J’ignorais que ce n’était pas de la bonne qualité. Ma production a chuté», explique le producteur de N’Gorodougou Oumar Diamouténé. Il entend changer de stratégie l’année prochaine afin d’éviter l’erreur commise cette année. «Malgré la conjoncture actuelle, je sollicite l’État à prendre des mesures pour réduire les prix de l’engrais et de la semence pomme de terre afin de nous permettre d’exercer notre métier», souhaite Oumar Diamouténé.

Un autre cas d’échec et de perte de récoltes peu enviable a été signalé par un producteur de la localité de Kafouziéla. Ce dernier aurait utilisé de l’engrais destiné à la culture de céréales en lieu et place du NPK conseillé pour la pomme de terre. Devant l’ampleur de la catastrophe, il dit avoir saisi la direction régionale de l’agriculture (DRA) qui a prélevé des échantillons qui ont été envoyés au laboratoire à Bamako pour analyses. Le résultat a révélé que l’engrais est de bonne qualité mais qu’il est inapproprié pour le tubercule. La pomme de terre a besoin, pour son cycle végétatif de l’engrais NPK, alors que l’engrais destiné aux céréales contenait seulement de l’Azote (N), substance minérale qui ne convient pas au tubercule.

Pour éviter de pareilles déconvenues, le chef du bureau statistique, suivi-évaluation et communication à la DRA invite les producteurs à s’informer auprès des agents en charge du contrôle phytosanitaire ou d’encadrement avant de prendre des décisions aux conséquences fâcheuses. Moussa Dembélé saisit l’occasion pour exhorter les producteurs à privilégier l’utilisation de la fumure organique car l’engrais minéral détériore la terre. Ce dernier permet d’obtenir de très gros tubercules, mais qui se conservent mal. 

 

ENTRE 30.000 ET 40.000 FCFA- De leur côté les commerçants d’engrais minéraux (notamment le NPK) et de semences de pomme de terre soutiennent que la hausse des prix est due à la conjoncture actuelle et surtout à la crise ukrainienne. Ils affirment que cette flambée est survenue en 2021. «Auparavant, je cédais le sac de 50 kg du NPK à 25.000 Fcfa. Cette année, j’ai été obligé de le vendre entre 30.000 et 40.000 Fcfa pour pouvoir tirer mon épingle du jeu», se justifie Dramane Berthé, commerçant d’engrais au grand marché de Sikasso. Pour sa part, le commerçant de semences de pomme de terre, Youssouf Sanogo, précise que de 24.000 Fcfa en 2021, le sac de 25 kg est actuellement cédé aux producteurs entre 27.500 Fcfa et 40.000 Fcfa, voire 50.000 Fcfa.

Pour cette année, les responsables de la direction régionale de l’agriculture estime la production annuelle de la région à plus de 135.000 tonnes. «Cette année, il est trop tôt de fournir des statistiques précises, car les récoltes sont en cours. Toutefois, les superficies réalisées sont de 6.823 hectares pour un objectif de 6.905 hectares, ce qui représente 98% de réalisations», révèle Moussa Dembélé.

Le président de la filière pomme de terre soutient que le tubercule est d’une importance capitale car il contribue à l’autosuffisance alimentaire et nutritionnelle du pays. Toutefois, Abdoul Karim Sanogo déplore la faible capacité de stockage de la chambre froide qui est de 3.000 tonnes contre une production annuelle de 300.000 tonnes. La pomme de terre de Sikasso est vendue dans la sous-région notamment en Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, Ghana, Guinée, Niger, Mauritanie et au Sénégal. Après les récoltes, les coopératives, les unions, les fédérations qui composent l’interprofession gardent de la pomme de terre dans la chambre froide afin de pouvoir l’écouler après la campagne. Les quantités produites dépassent de loin les capacités de stockage de la chambre froide.

Pour le développement de la filière, Abdoul Karim Sanogo sollicite l’accompagnement de l’État et des partenaires techniques et financiers pour la construction d’autres chambres froides et la subvention de l’engrais et des semences destinés à la pomme de terre.

 

Amap-Sikasso

Mariam DIABATE / AMAP - Sikasso

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