Un des sites d'orpaillage de Kokoyo où les conflits sont fréquents
Dans la Commune de Nouga (Cercle de Kangaba), l’orpaillage artisanal a profondément transformé le paysage social. Si certains y voient une opportunité économique, d’autres dénoncent la multiplication des conflits entre villages et communautés rivales pour le contrôle des sites. L’arrivée massive d’orpailleurs venus des pays voisins, notamment du Burkina Faso et de la Guinée, a bouleversé les rapports sociaux locaux.
À Kokoyo, plus précisément dans le village de Danga, près de la frontière guinéenne, des familles locales et des migrants se disputent le contrôle des zones riches en or. Cette zone est régulièrement le théâtre de tensions, parfois avec des conséquences tragiques, comme le conflit entre Danga et Tombola survenu le 10 janvier 2024, qui a fait plusieurs victimes.
«Nous travaillons ces terres depuis des années, mais aujourd’hui des étrangers s’installent et creusent des mines, nous demandant de nous éloigner sous prétexte qu’ils possèdent une entreprise d’extraction avec agrément», raconte Moussa Keïta, paysan de 42 ans vivant à Kokoyo. Les disputes se traduisent souvent par des altercations verbales, des menaces et même des bagarres autour des puits les plus productifs.
Dans ce climat tendu, les «Tomboloma» jouent un rôle central. Ces groupes d’hommes issus de la communauté sont chargés de sécuriser les sites et de réguler les tensions entre orpailleurs. Leur mission va au-delà de la sécurité. Ils préviennent les violences, arbitrent les différends, portent assistance aux orpailleurs en détresse et accomplissent des rituels destinés à apaiser les tensions sur les sites. «Nous gérons la plupart de ces conflits à l’amiable, selon les règles locales établies entre nous. La majorité des tensions oppose les communautés sédentaires, les étrangers rencontrent moins de problèmes », explique Bill Magassouba, chef des Tomboloma de Kokoyo.
Pourtant, les orpailleurs locaux se sentent parfois marginalisés face aux migrants ou aux entreprises étrangères mieux organisées, souvent soutenues par des chefs de campement influents. Les villages qui bénéficient de peu des retombées économiques expriment leur frustration et les relations entre communautés se tendent.
Bakary Keïta, ressortissant de la Commune de Nouga, dénonce la présence d’entreprises étrangères d’exploitation illicite de l’or. «Ces sociétés arrivent dans les villages avec de nombreuses promesses. Mais une fois installées, elles exploitent de façon anarchique, détruisent l’environnement et sèment la division entre les habitants. Les rivières sont polluées, les arbres abattus et les mines abandonnées à ciel ouvert. Contrairement aux vraies sociétés minières, elles ne réparent jamais les dégâts. Si cela continue, il n’y aura plus de cohésion sociale ni de pâturages pour nos animaux», déplore-t-il.
TROUVER L’ÉQUILIBRE- La cohabitation entre orpailleurs traditionnels et entreprises étrangères, notamment chinoises, est parfois difficile. Ces dernières exploitent plusieurs sites industriels dans une zone reculée appelée «Bagama», qui attire les communautés locales. « Ces sociétés occupent la rivière qui servait autrefois à la riziculture. Elles utilisent des machines lourdes et des produits chimiques comme le mercure. Aujourd’hui, l’eau de la rivière est polluée et inutilisable pour l’agriculture», déplore Soufiana Keïta, cultivateur à Danga et responsable Tomboloma.
L’accès aux sites exploités par des entreprises chinoises est strictement contrôlé.
La sécurité y est assurée par un groupe de Tomboloma, chargé de protéger les zones dangereuses et de contrôler l’entrée. Sur ces sites industriels situés à l’ouest des exploitations artisanales, la dégradation de l’environnement est déjà très avancée : bois abattus, sols ravinés et rivières polluées. « Qu’est-ce que vous venez faire ici ? Qui vous a autorisé ? Reculez ! Ce site ne doit pas être visité sans autorisation», lance un agent sur le site des Chinois, interceptant tout visiteur non autorisé.
Les Tomboloma de Kokoyo, principalement des ressortissants de Danga, travaillent en coordination avec les autorités locales. Répartis en neuf groupes, dont trois assurent la garde quotidienne des sites artisanaux et industriels jusqu’à la frontière guinéenne, ils effectuent régulièrement des patrouilles pour prévenir tout travail sur des sites à risque.
Sans eux, il est presque impossible de circuler librement ou de prendre des photos sur les sites. «L’orpaillage existait ici avant l’indépendance du Mali. À l’époque, seules les familles locales pratiquaient l’orpaillage quelques mois par an, et toutes les ressources revenaient au chef de famille. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé avec l’arrivée des entreprises chinoises et des migrants. Ces exploitations contribuent fortement à la dégradation de l’environnement», regrette Soufiana Keïta.
Face à ces tensions, les autorités locales interviennent régulièrement. La gendarmerie et les autorités coutumières sont parfois sollicitées pour arbitrer des conflits fonciers et prévenir les affrontements. «Nous essayons de faire respecter les limites des sites et de prévenir les violences», explique un autre responsable Tomboloma, ajoutant que l’absence de cadre formel pour le partage des zones aurifères complique considérablement la tâche.
L’orpaillage reste une source importante de revenus pour beaucoup, mais cette manne convoitée divise également les communautés. Le défi pour Kokoyo est de trouver un équilibre entre exploitation minière et cohésion sociale. Certains villageois appellent à une meilleure régulation, tandis que d’autres réclament des mécanismes de partage équitable et de médiation pour éviter que l’or ne continue de semer la discorde.
Envoyé spécial
Makan SISSOKO
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