L’une des avancées majeures dans la promotion de nos langues nationales a été l’officialisation de 13 d’entre elles par les autorités du pays. Ce résultat est un acquis salutaire et un grand pas en avant dans la quête de souveraineté et d’une autonomie linguistique. Cependant, des défis restent à relever dans leur apprentissage, malgré l’existence des institutions en charge de la promotion des langues et des associations qui font des efforts remarquables pour former nos citoyens.
Placée sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, la direction nationale de l’éducation non formelle et des langues nationales (DNENFLN) a pour missions d’élaborer les éléments de la Politique linguistique et un plan d’actions national en matière de promotion des langues. De promouvoir l’enseignement et la formation en langues nationales dans les structures d’enseignement et de formation, mais aussi de participer à la recherche pour le développement des langues nationales dans le domaine de la recherche terminologique.
En outre, promouvoir le bilinguisme fonctionnel convivial et élaborer, en relation avec d’autres structures compétentes, l’atlas linguistique, fait savoir la directrice de la DNENFLN. Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé rappelle que l’enseignement des langues nationales (LN) dans les écoles expérimentales (première génération) en 1979-1980 a commencé par 4 écoles en bamanankan dans les Régions de Ségou et Koulikoro. À partir de 1982, cette expérience fut étendue aux langues fulfulde, songhaï et tamasheq dans les régions du Centre et du Nord.
Par principe, l’enfant apprend vite et mieux dans sa langue maternelle. Il vise à améliorer les apprentissages scolaires à travers l’utilisation de la langue maternelle de l’apprenant, mais aussi à valoriser les langues nationales en leur donnant un statut pédagogique dans la classe et rapprocher l’école du milieu de l’apprenant, détaille-t-elle.
La patronne de la DNENFLN explique que le document cadre de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) stipule que la langue maternelle n’est pas seulement un outil de communication et de connaissance, c’est aussi un attribut fondamental de l’identité culturelle et de l’autonomisation tant pour l’individu que pour le groupe. Elle révèle qu’avant, la formation des maîtres et des conseillers pédagogiques était modulée sur trois niveaux dont chacun dure vingt jours, à savoir la sensibilisation, la consolidation et le perfectionnement. Avec l’envergure des cohortes de maîtres à former, le département en charge de l’Éducation a procédé à la décentralisation de la formation des maîtres au niveau des Centres d’animation pédagogique (Cap). À cet effet, de 9 centres en 2000, la formation s’est déroulée en 2002 dans 34 centres des différentes Académies d’enseignement du pays.
L’objectif étant de préparer graduellement les Cap afin qu’ils puissent prendre en charge de manière efficace leurs formations en pédagogie convergente (PC). Nonobstant des résultats dans l’enseignement des langues nationales, Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé reconnaît les difficultés rencontrées. Il s’agit, entre autres, de l’insuffisance de supports et matériels didactiques, le manque de manuels de grammaires pédagogiques, l’insuffisance numérique d’enseignants du formel formés.
Ensuite, la difficulté du système de suivi pédagogique des Cap, les coûts élevés de l’édition au Mali et l’insuffisance d’environnement lettré en langues nationales ou un environnement lettré mal formulé. Parlant des perspectives, la cheffe de la DNENFLN estime qu’accorder le financement adéquat à la recherche et la promotion des langues nationales est un atout. En outre, le renforcement des capacités des structures de recherche, la création d’un département de tradition orale et des langues africaines à l’Université, l’appui aux associations de promotion des langues nationales, à la société civile et rendre obligatoire l’obtention par chaque citoyen d’une attestation signifiant qu’il sait lire et écrire dans une langue nationale, etc.
La responsable de la direction nationale de l’éducation non formelle et des langues nationales fait remarquer que dans le cadre spécifique de l’éducation non formelle, des travaux liés à l’ouverture d’une nouvelle filière à l’École normale supérieure (ENsup) dès la rentrée prochaine renforceront la valorisation des langues nationales au niveau supérieur.
Pour d’autres stratégies pouvant renforcer l'expansion de l’enseignement des langues nationales sur toute l'étendue du territoire nationale, la première d’entre elles reste la manifestation de la volonté politique des autorités. Ceci se matérialise par l’adoption d’une Loi organique portant les conditions et modalités de mise en œuvre des langues nationales après que celles-ci eurent été consacrées langues officielles par la Loi fondamentale du Mali de février 2022. Dans ladite Loi plusieurs dispositions sont prises pour la valorisation des langues officielles qui passe nécessairement par l’enseignement, apprentissage et l’éducation, explique-t-elle.
Sociolinguiste de formation et secrétaire général adjoint de l’Association «Mali fasokanw layiriwalitɔn (Mafala)», Bata Kamissoko estime que pour que la plus grande partie de la population arrive à apprendre nos langues nationales, il faut se concentrer sur l’éducation non formelle en mettant la volonté politique, qui n’y est pas pour le moment. Certes, il y a eu des expérimentations à l’époque du Président Alpha Oumar Konaré et cela a porté fruit avec le taux de succès élevé, rappelle-t-il. Élève-professeur en lettres à l’Ensup, il souhaite voir promouvoir le système d’alphabétisation «baliku kalan» qui était développé à un certain moment.
À travers ce système, même les adultes apprenaient à lire et à écrire, mais aussi s’exerçaient aux calculs et aux métiers. «Ce sont des centres d’apprentissages fonctionnels que nous devons redynamiser pour connaître nos langues et aussi diminuer le chômage», affirme le militant de Mafala. Et d’ajouter que d’autres associations, comme le Club des amis des langues nationale du Mali «Calan Mali» et autres, luttent pour la même cause.
Elles initient des formations et concours en présentiel et en virtuel sur les réseaux sociaux à l’endroit des populations. Celui qui enseigne le français et bamanankan dans les lycées privés pense que si l’État peut soutenir ces associations dans leur démarche, ce serait un avantage pour le développement du pays. Et de dire que pour que la jeunesse relève les défis, elle doit beaucoup s’intéresser aux langues, autrement dit savoir lire et écrire dans sa langue maternelle.
Ensuite, que l’État s’investit beaucoup dans leurs apprentissages sans se baser sur l’aide extérieure. Faire en sorte que les gens apprennent les métiers dans les langues nationales et pourquoi pas les intégrer aux épreuves du concours de recrutement direct à la Fonction publique d’État, conclut-il.
Quant au président de Mafala, Salif Sora, la formation en audiovisuelle en ligne est un meilleur moyen d’apprendre les citoyens, toutes tranches d’âge confondues, en grand nombre. Selon lui, son association pratique ça actuellement en publiant des vidéos sur les différentes plateformes pour permettre l’accès aux internautes. Elle fait également la traduction des films et des séries maliennes en bamanankan sur les réseaux. Ce sont des méthodes auxquelles adhèrent de nombreuses personnes. Salif Sora estime que l’État doit impérativement imposer l’apprentissage des langues nationales dans le cursus scolaire.
N'Famoro KEITA
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