Filière mangue : Les acteurs misent sur la qualité et la quantité

La filière connaît un potentiel de croissance considérable. Au-delà des défis multiples, les acteurs (producteurs, transformateurs et commerçants) espèrent une campagne réussie cette année

Publié mercredi 16 avril 2025 à 08:03
Filière mangue : Les acteurs misent sur la qualité et la quantité

La mangue du Mali est exportée sur divers marchés en Afrique, Europe, Asie et au Moyen Orient

 

La saison des mangues a débuté au Mali avec les premiers fruits arrivés à maturité dans plusieurs bassins de production. Officiellement, la campagne 2025 a débuté le 10 mars pour prendre fin en juillet prochain. La production attendue, selon les prévisions, est estimée entre 75.000 et 80.000 tonnes, avec une prévision d’exportation de  30.000 à 50.000 tonnes. À ce stade, les acteurs conviennent que les perspectives sont prometteuses pour l’Or vert au regard du potentiel productif du pays.

La mangue, deuxième produit d’exportation agricole au Mali après le coton, pèse environ 10 milliards de Fcfa par an dans l’économie nationale. Avec une production qui augmente chaque année et des variétés de plus en plus recherchées, ce fruit est devenu un atout stratégique pour le pays. «Cette année, les récoltes seront bonnes contrairement à l’année dernière, car la pluviométrie a été bonne et les mangues ont bien fleuri», commente le président des producteurs de mangues du Mali et producteur de mangues dans la Région de Sikasso, Cheick dit Kélétigui Berthé.


Il possède une trentaine d’hectares de vergers dans le village de Sirakoro, situé à environ 7 kilomètres de la ville de Sikasso. Dans son verger, Cheick dit Kélétigui Berthé cultive plusieurs variétés, notamment la Kent dont le nom vernaculaire est «Kogninèkou», la Keitt «Laban ou Faradjalan», et l’Ameli «Griféba».

Les conditions climatiques ont été favorables dans sa localité. «En plus d’une bonne répartition des pluies, certains producteurs de la région ont pu irriguer leurs vergers grâce aux installations d’irrigation mises en place par les Ong partenaires pour pouvoir augmenter la production de la mangue sur des petites superficies», dit-il. Seul bémol : la présence des mouches de fruits sur les vergers. Ces ravageurs, redoute le producteur, menacent la production dans la Région de Sikasso, considérée comme l’un des plus vastes bassins de production de mangue du pays.

Plus globalement, le président des producteurs de mangues du Mali déplore un certain nombre de situations qui plombent la filière, notamment la dégradation des pistes donnant accès aux zones de production, l’urbanisation galopante qui est en train de grignoter les vergers, le manque de lignes de crédits de financement pour les producteurs... «Pour augmenter la production, il faut qu’on arrive à financer les producteurs pour mettre en place des vergers commerciaux. Avec la pression qui augmente sur la production de la mangue, les vergers vieillissants doivent être renouvelés», plaide celui qui sait de quoi il parle.

Derrière le fruit brut se cache un autre secteur dynamique qu’est la transformation. En la matière, les opportunités sont énormes, car le marché existe et la demande est forte. Aujourd’hui, de grandes usines font la transformation de la mangue sur place en de plusieurs autres produits comme la mangue séchée, les confitures, jus, chips et même des produits cosmétiques. De plus en plus de jeunes entrepreneurs maliens s’intéressent à la fabrication de produits dérivés de la mangue.

 Promotrice de l’Unité de transformation de fruits et légumes (Ustako), Mme Camara Tako Sylla, voit dans la filière mangue une véritable porte d’entrée sur les marchés internationaux. «Le potentiel est énorme. Mais il y a encore beaucoup à faire. Nous rencontrons des difficultés liées aux différentes certifications exigées par le marché international. Le manque d’infrastructures adaptées et la difficulté d’accès au financement constitue des obstacles majeurs pour la transformation», fait-elle savoir.

 

COMMERCIALISATION- La plupart des petites entreprises (production et transformation) n’ont pas les moyens d’installer des équipements modernes ni de suivre des processus de certification indispensables pour accéder aux marchés internationaux. En effet, les normes d’exportation exigent une traçabilité rigoureuse, un respect strict des standards de qualité et des certifications qui sont souvent difficiles à obtenir.


L’incapacité des petits producteurs à satisfaire ces exigences fait qu’une bonne partie de la production nationale reste au pays. Et de cette réalité résulte le défi de la gestion des pertes post-récolte. Selon des statistiques, près de 40% des mangues récoltées sont perdues chaque année à cause de la mauvaise gestion, du manque de techniques de conservation et du faible taux de transformation. Des initiatives telles que la certification de la mangue du Mali, «Mali mangoro» ou l’introduction de nouvelles techniques de conservation et de transformation sont en cours pour faire face à ces défis.

Néanmoins, notre pays demeure l’un des principaux exportateurs de mangues vers l’Europe, l’Asie et les pays du Maghreb. Même si des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, producteurs également de mangues de qualité, n’hésitent pas à bousculer nos parts de marché. Le président de l’interprofession de la filière mangue du Mali, Moctar Fofana, affirme qu’il exporte la mangue du Mali sur divers marchés en Afrique, Europe, Asie et Moyen Orient, etc.

Selon lui, il existe au Mali plusieurs variétés de mangues, notamment des variétés locales (Nounkourouni et Noundjani, consommées par nous-mêmes) et d’autres variétés précoces exportées vers le marché international. «Nous avons déjà commencé l’exportation de la mangue surtout les variétés précoces, notamment Ameli, Valencia, Smith, Irwin. Ces mangues sont aimées sur le marché international», confie-t-il. Avant d’ajouter que tous les acteurs de la filière sont à pied d’œuvre pour la réussite de la campagne.

«Cette année, nous avons constaté une augmentation au niveau de la production. Sauf cas de force majeur comme dans la Région de Sikasso qui a enregistré récemment une forte quantité de pluie faisant tomber beaucoup de mangues. Bien que la mangue ait bien fleuri et bien donné, il y a encore des risques indépendants de notre volonté. Des dispositions ont été prises pour la réussite de la campagne afin de pouvoir effacer toutes les dettes du passé», rassure le président de l’interprofession.

Moctar Fofana explique que la saison de la mangue arrive à une période de soudure où l’argent circule difficilement partout dans le monde. «La mangue essaie de combler pour appuyer financièrement les producteurs et aussi financer d’autres activités sociales et de production agricole. Ce qui fait que la position de la mangue dans l’économie du Mali est inestimable», dit-il, tout en encourageant à investir dans la filière pour que les mangues maliennes deviennent une référence mondiale.

Lui aussi déplore le fait que l’exportation de la mangue soit souvent confrontée à des contraintes logistiques et des barrières non tarifaires sur la certification. «Il n’y a pas de certificateur accrédité au Mali. Donc, nous sommes en train d’y travailler pour développer le label «Mali Mangoro» et de trouver une bonne solution pour la commercialisation de la mangue», informe Moctar Fofana.

Makan SISSOKO

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