Familles recomposées : Entre tensions et liens du cœur

À Bamako, les familles recomposées redessinent les contours de la parentalité et de l’amour. Entre traditions, défis émotionnels et quête d’équilibre, ces foyers révèlent des réalités complexes où le cœur doit parfois primer le sang

Publié mercredi 09 juillet 2025 à 09:24
Familles recomposées : Entre tensions et liens du cœur

Certaines de ces familles vivent des situations complexes (photo d’illustration)


Dans un village malien, un conte ancien relate comment la lune,
émue par les pleurs d’un enfant maltraité par sa marâtre, le recueillit pour le protéger. Cette légende, transmise de génération en génération, résonne encore aujourd’hui dans les familles recomposées, où tensions et liens affectifs se mêlent. À Sénou en Commune VI du District de Bamako, Cheick Diabaté, chauffeur de taxi, vit avec sa nouvelle épouse et ses deux enfants issus d’une précédente union. «Ce n’est pas toujours facile, mais je les considère comme les miens», confie-t-il. Surnommé «le bon mari» dans son quartier, il s’efforce de maintenir l’harmonie entre son rôle d’époux et celui de père adoptif.


D’autres vivent des situations plus complexes. Un homme, préférant l’anonymat, partage son désarroi : «J’aimais ma femme avant son premier mariage, mais ses parents m’avaient rejeté à cause de la caste. Aujourd’hui, je l’ai épousée, mais je n’arrive pas à accepter son fils. Il me rappelle son ex-mari, et notre couple en souffre.» L’adage bambara, Tiè tè tiè den fè («l’homme n’aime pas l’enfant d’un autre »), semble refléter son dilemme.

Kadiatou Coulibaly, jeune femme d’une vingtaine d’années, fait face à un rejet similaire. Mariée à un veuf père de deux enfants, elle est confrontée à l’hostilité de l’aîné, âgé de 15 ans. «Il m’appelle ‘’la femme de mon papa», jamais ‘’tata’’. J’essaie d’être patiente, mais c’est dur», avoue-t-elle.

Sabou Sidibé, enseignante, raconte une expérience différente. Son mari, résidant à l’étranger, ne passe qu’un mois par an à Bamako. Lorsqu’il a demandé que son fils de 11 ans n’entre pas dans le salon pendant qu’il s’y reposait, elle l’a fermement recadré : «Le salon est pour tous. Je suis à la fois le père et la mère de mon enfant.» Depuis, les tensions ont cessé.

 

AU CŒUR DE CES DYNAMIQUES- Les aînés ne sont pas épargnés. Une femme de 60 ans a quitté le domicile conjugal, incapable de cohabiter avec les épouses des fils de son mari. De même, Abdoulaye Keita, lycéen de 17 ans ayant perdu sa mère, confie : «Ma belle-mère favorise ses enfants. Je fais semblant de ne rien voir, mais ça fait mal.» À l’inverse, Aïssata Ly, 17 ans, voue une admiration sans borne à son beau-père. «Il m’a envoyée à l’école alors que mon père m’avait oubliée. C’est mon héros, et je prie pour lui rendre un jour ce qu’il m’a donné», dit-elle avec émotion.

Dr Morifing Doumbia, sociologue, explique que les familles recomposées, façonnées par les divorces, remariages ou veuvages, sont devenues courantes au Mali. «Le lien biologique ne suffit plus. Ce qui compte, c’est la qualité des liens affectifs», souligne-t-il. Les femmes, souvent au cœur de ces dynamiques, jouent des rôles multiples : mères, belles-mères, médiatrices. Les enfants, eux, doivent s’adapter à de nouveaux parents, demi-frères ou règles. «Cela demande du temps, de l’écoute et un amour sincère, qui transcende le sang», conclut-il.

Bâ Awa Dembélé, traditionnaliste de Ségou, rappelle une règle bamanan : «Une nouvelle épouse doit faire preuve de retenue et n’a pas de droits directs sur les enfants d’une autre, sauf mandat clair.» Le non-respect de cette règle, selon elle, alimente les tensions.

Face à ces défis, la société malienne doit repenser la famille recomposée. En cultivant la patience, le respect et l’amour, ces foyers peuvent devenir des espaces où chacun trouve sa place, prouvant que la famille se construit avant tout par le cœur.

Anta CISSÉ

Lire aussi : Œuvres sociales du Président de la Transition : Des kits alimentaires remis à des familles vulnérables

Ce geste du Général d’armée Assimi Goïta s’inscrit dans le cadre du Ramadan 2026 qui va bientôt débuter.

Lire aussi : Mutilations génitales féminines : Halte à la pratique !

A l’instar de la communauté internationale, notre pays a célébré la Journée internationale du 6 février «Tolérance zéro» aux mutilations génitales féminines (MGF)/excision sous le thème : «Rôles et responsabilités des autorités et légitimités traditionnelles du Mali face aux enj.

Lire aussi : Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali : Moussa Coulibaly rempile

Le secrétaire général (sortant) de la Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali (FENAME), Moussa Coulibaly , a été reconduit à son poste pour un mandat de cinq ans. Il dirige un bureau de 36 membres, en plus des 7 membres de la Commission de vérification..

Lire aussi : Affaires Paramount-Embraer : Le dossier renvoyé pour l’audition d’autres témoins

Le verdict tant attendu dans le procès dit «Paramount-Embraer» n’a finalement pas été rendu, le vendredi dernier, comme annoncé. Lors de cette séance, la Chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière du Pôle national économique et financier a décidé de rabattre.

Lire aussi : Recrutement de 200 surveillants pénitentiaires : le ministre Mamoudou Kassogué lance la première phase

Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, a procédé, samedi dernier sur la colline de Badalabougou, au lancement de la première phase du concours de recrutement de 200 agents du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éduc.

Lire aussi : 50è anniversaire de l’Armée de l’air : Sous le signe de la cohésion entre les forces armées

Cette journée d’anniversaire a été marquée par deux panels dont l’un portant sur «la coopération interarmées et le rôle de l’Armée de l’air dans la réussite des missions des FAMa» et l’autre sur «la coopération et la mutualisation des capacités aériennes au sein de de la Con.

Les articles de l'auteur

Grandes vacances : C’est aussi une période d’occupation

Ce temps de repos est accordé aux élèves pour qu’ils fassent le plein d’énergie. Mais certains parents préfèrent inscrire leurs enfants à des cours coraniques ou de rattrapage. D’autres occupent leurs progénitures avec des activités lucratives.

Par Anta CISSÉ


Publié mardi 19 août 2025 à 07:57

Journée mondiale de la tortue : vers une meilleure préservation de l’espèce

Le Palais de la culture a abrité, vendredi dernier, la 1ère édition de la Journée mondiale de la Tortue. Célébrée dans notre pays à l’initiative de Mme Keïta Ouleymatou Sidibé, cette journée a pour objectif de préserver les tortues, ainsi que d’autres espèces en voie de disparition..

Par Anta CISSÉ


Publié lundi 26 mai 2025 à 09:13

Élevage des tortues terrestres : Une activité rentable

Il faut débourser entre 30.000 et 175.000 Fcfa pour une paire de tortues. Tandis qu’un seul œuf coûte 5.000 Fcfa. Ce reptile herbivore fait partie des espèces protégées au Mali.

Par Anta CISSÉ


Publié jeudi 22 mai 2025 à 07:23

Conservation et transport de la viande : L’AFS améliore ses pratiques

L’Abattoir frigorifique de Sabalibougou (AFS), spécialisé dans l’abattage et le transport de la viande, est doté d’une technologie de pointe. Elle dispose de trois camions frigorifiques et d’une chambre froide conforme aux normes de santé publique.

Par Anta CISSÉ


Publié mardi 29 avril 2025 à 07:58

Systèmes financiers décentralisés : La digitalisation pour booster le refinancement

La digitalisation des processus du Mécanisme de refinancement des systèmes financiers décentralisés (Meref-SFD) connaît des avancées importantes..

Par Anta CISSÉ


Publié vendredi 18 avril 2025 à 07:54

Recensement général agricole : Dans de bonnes dispositions

La 2è session du comité de pilotage du Recensement général agricole (RGA) s’est tenue, vendredi dernier au ministère de l’Élevage et de la Pêche..

Par Anta CISSÉ


Publié lundi 17 mars 2025 à 07:49

Le look à la mort

À Bamako, un phénomène intrigant semble se confirmer : un «dress code chic» spécialement réservé aux enterrements. Discret, élégant, mais toujours parfaitement calculé, ce style vestimentaire s’est imposé chez certaines grandes dames de la capitale, et il suit des règles bien précises..

Par Anta CISSÉ


Publié mercredi 05 mars 2025 à 07:31

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner