Malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, force est de constater que les attaques et conflits meurtriers n’ont cessé d’endeuiller le peuple malien, mettant en mal le vivre ensemble millénaire d’un pays universellement reconnu pour son humanisme et sa riche diversité culturelle. Les manuscrits anciens constituent un trésor non seulement en islam, mais aussi dans les domaines des sciences, de la diplomatie, de la réconciliation et de la paix. Le projet que son ONG Sauvegarde des manuscrits anciens et défense de la culture islamique (SAVAMA-DCI) vient d’exécuter est intitulé «Inspiration des manuscrits anciens pour la réconciliation et la paix» ou IMARP.
L’Essor : En quoi ce projet participe-t-il, au
renouveau d’un Mali réconcilié et en paix ?
Dr Abdelkader Haïdara : Aujourd’hui le Mali,
ses partenaires et les groupes armés sont engagés dans un processus de réconciliation
et de paix, ils cherchent des voies et moyens techniques, financiers, cultuels
et culturels pour y parvenir.
L’un des éléments sur lequel ils comptent est sûrement
les contributions locales et endogènes qui pourront constituer un socle
important pour la cohésion sociale, le renforcement de l’identité patriotique
et la communion nationale autour d’un idéal partagé et assimilé par tous. L’un
des répondants à cette contribution locale sollicitée est les sources écrites
antiques dont notre pays dispose, à savoir les manuscrits anciens.
Il s’agit à travers ce projet de faire parler
les manuscrits anciens, de divulguer leurs enseignements en faveur de la réconciliation
et de la paix auprès des populations locales, des institutions républicaines et
des autorités du Mali afin que ces enseignements servent de référence et de
guide vers une paix durable dans un Mali sprospère, pétri de valeurs démocratiques
et de bonne gouvernance.
Il vise à contribuer au processus de réconciliation et de paix en inspirant de nouvelles démarches et de nouvelles valeurs en matière de résolution des conflits, de gouvernance et de gestion des affaires du peuple. Ce projet a été entièrement financé par le Royaume de la Grande Bretagne et a une durée de trois ans.
L’Essor : Pouvez-vous nous dire concrètement
le nombre de conférences - débats, le nombre de participants, d’universités et
de villes qui ont accueillis les activités du projet ?
Dr Abdelkader Haïdara : Le projet a touché plus de 3. 000 personnes à travers sept conférences-débats tenues dans trois localités : Bamako, Ségou et Tombouctou. Trois de ces conférences ont été animées au sein des trois structures universitaires dont une est privée.
L’Essor : Pendant les différentes conférences, les participants ont beaucoup parlé des éditions critiques des manuscrits anciens. Qu’est-ce que les éditions critiques ? à quoi sont-elles utiles dans le projet IMARP ? Pouvez-vous nous parler de celles qui ont été déjà réalisées ?
Dr Abdelkader Haïdara : L’édition critique des
manuscrits consiste à transformer le manuscrit en livre à travers une étude
critique de plusieurs copies pour le rendre accessible à tous. Son principal
est de valoriser, par la recherche scientifique, le contenu des manuscrits
anciens, de vulgariser ces contenus afin de les mettre à la disposition d’un
public aussi large que possible et d’inviter ce public à entreprendre des
actions vers l’exploitation de ce patrimoine pour des fins de développement
socio-économique et culturel du Mali.
Elle constitue également un travail
scientifique qui requiert l’utilisation des sources documentaires physiques
et/ou électroniques : ouvrages biographiques et bibliographiques, et ouvrages
linguistiques, et répond à une méthodologie spécifique, à savoir : la lecture méthodique du manuscrit pour
ordonner les pages, localiser le début et la fin du manuscrit, identifier sa
structure et les sujets principaux et secondaires, comprendre la méthodologie
de l’auteur, spécifier les textes composés et les textes rapportés ; l’étude
des différentes copies du manuscrit pour les classer et décider la copie
primaire et secondaire selon des critères bien déterminés ; la saisie du texte
du manuscrit ; la confrontation des copies pour relever les variantes et les
commenter si nécessaire ; la réalisation des études sur le manuscrit, ses
copies, sa teneur et son auteur.
Du moment que le projet IMARP a pour but de
permettre aux Maliens s’approprier les enseignements des manuscrits, notamment
sur les questions de réconciliation, de paix, de droit et de bonne gouvernance,
il était indispensable de procéder à l’édition critique de certains manuscrits
qui abordent ces thématiques, à leur traduction en français et, en fin, à leur
publication.
Au-delà des manuscrits présentés dans le cadre du projet IMARP, l’ONG a réalisé l’édition et la publication de plusieurs manuscrits anciens de Tombouctou à travers une initiative appelée ‘’du manuscrit au livre’’. Au total, l’ONG comptabilise douze éditions critiques faites sur une vingtaine de manuscrits anciens, parmi lesquelles il faut noter : Reflet du miroir sur les mérites du savoir d’Ahmed Baba de Tombouctou (d.1627), Guide aux frères sur les sujets brûlant de l’heure d’Ousmane Dan Fodio (d. 1817), Épistémologie de l’art de la rédaction d’Oumar b. Aboubacar b. Ousmane (d. 1934), etc.
L’Essor : Nos lettrés, nos érudits et nos
jurisconsultes ont semble-t-ils légué à la postérité des mécanismes
traditionnels de gestion des conflits et du vivre ensemble. Pouvez-vous en
donner quelques exemples ?
Dr Abdelkader Haïdara : Nous pouvons en citer le cas d’Elhadj Oumar Tall (d. 1864), qui à travers un manuscrit intitulé Conseil éclairant sur la vilenie du conflit entre les croyants, laisse à la postérité un recueil de démarches diplomatiques et de conseils éclairés sur la résolution des conflits, partant du rôle qu’il a eu à jouer pour réconcilier le royaume de Borno et de Sokoto (tous au Nigeria actuel) par rapport à un conflit qui les opposait. Nous pouvons évoquer également le cas du grand Cheick Sidi Elmoctar Elkounti dont les interventions ont permis de mettre fin au conflit Arma-Touareg, qui fut un des douloureux conflit qui a marqué la Boucle du Niger, notamment au XVIIème et XVIIIème siècles.
Youssouf DOUMBIA
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