Supplément culture, Dr Abdel Kader Haïdara : La solution par les manuscrits anciens

En exclusivité pour L’Essor de la culture, le président exécutif de l’ONG SAVAMA parle des solutions endogènes à la crise multidimentionnelle qui secoue notre pays depuis 2012.

Publié vendredi 15 avril 2022 à 05:44
Supplément culture, Dr Abdel Kader Haïdara : La solution par les manuscrits anciens

Malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, force est de constater que les attaques et conflits meurtriers n’ont cessé d’endeuiller le peuple malien, mettant en mal le vivre ensemble millénaire d’un pays universellement reconnu pour son humanisme et sa riche diversité culturelle. Les manuscrits anciens constituent un trésor non seulement en islam, mais aussi dans les domaines des sciences, de la diplomatie, de la réconciliation et de la paix. Le projet que son ONG Sauvegarde des manuscrits anciens et défense de la culture islamique (SAVAMA-DCI) vient d’exécuter est intitulé «Inspiration des manuscrits anciens pour la réconciliation et la paix» ou IMARP.

 

 

L’Essor : En quoi ce projet participe-t-il, au renouveau d’un Mali réconcilié et en paix ?

Dr Abdelkader Haïdara : Aujourd’hui le Mali, ses partenaires et les groupes armés sont engagés dans un processus de réconciliation et de paix, ils cherchent des voies et moyens techniques, financiers, cultuels et culturels pour y parvenir.

L’un des éléments sur lequel ils comptent est sûrement les contributions locales et endogènes qui pourront constituer un socle important pour la cohésion sociale, le renforcement de l’identité patriotique et la communion nationale autour d’un idéal partagé et assimilé par tous. L’un des répondants à cette contribution locale sollicitée est les sources écrites antiques dont notre pays dispose, à savoir les manuscrits anciens.

Il s’agit à travers ce projet de faire parler les manuscrits anciens, de divulguer leurs enseignements en faveur de la réconciliation et de la paix auprès des populations locales, des institutions républicaines et des autorités du Mali afin que ces enseignements servent de référence et de guide vers une paix durable dans un Mali sprospère, pétri de valeurs démocratiques et de bonne gouvernance.

Il vise à contribuer au processus de réconciliation et de paix en inspirant de nouvelles démarches et de nouvelles valeurs en matière de résolution des conflits, de gouvernance et de gestion des affaires du peuple. Ce projet a été entièrement financé par le Royaume de la Grande Bretagne et a une durée de trois ans.

 

L’Essor : Pouvez-vous nous dire concrètement le nombre de conférences - débats, le nombre de participants, d’universités et de villes qui ont accueillis les activités du projet ?

Dr Abdelkader Haïdara : Le projet a touché plus de 3. 000 personnes à travers sept conférences-débats tenues dans trois localités : Bamako, Ségou et Tombouctou. Trois de ces conférences ont été animées au sein des trois structures universitaires dont une est privée. 

 

L’Essor : Pendant les différentes conférences, les participants ont beaucoup parlé des éditions critiques des manuscrits anciens. Qu’est-ce que les éditions critiques ? à quoi sont-elles utiles dans le projet IMARP ? Pouvez-vous nous parler de celles qui ont été déjà réalisées ?

 

Dr Abdelkader Haïdara : L’édition critique des manuscrits consiste à transformer le manuscrit en livre à travers une étude critique de plusieurs copies pour le rendre accessible à tous. Son principal est de valoriser, par la recherche scientifique, le contenu des manuscrits anciens, de vulgariser ces contenus afin de les mettre à la disposition d’un public aussi large que possible et d’inviter ce public à entreprendre des actions vers l’exploitation de ce patrimoine pour des fins de développement socio-économique et culturel du Mali.

Elle constitue également un travail scientifique qui requiert l’utilisation des sources documentaires physiques et/ou électroniques : ouvrages biographiques et bibliographiques, et ouvrages linguistiques, et répond à une méthodologie spécifique, à savoir :  la lecture méthodique du manuscrit pour ordonner les pages, localiser le début et la fin du manuscrit, identifier sa structure et les sujets principaux et secondaires, comprendre la méthodologie de l’auteur, spécifier les textes composés et les textes rapportés ; l’étude des différentes copies du manuscrit pour les classer et décider la copie primaire et secondaire selon des critères bien déterminés ; la saisie du texte du manuscrit ; la confrontation des copies pour relever les variantes et les commenter si nécessaire ; la réalisation des études sur le manuscrit, ses copies, sa teneur et son auteur.

Du moment que le projet IMARP a pour but de permettre aux Maliens s’approprier les enseignements des manuscrits, notamment sur les questions de réconciliation, de paix, de droit et de bonne gouvernance, il était indispensable de procéder à l’édition critique de certains manuscrits qui abordent ces thématiques, à leur traduction en français et, en fin, à leur publication.

Au-delà des manuscrits présentés dans le cadre du projet IMARP, l’ONG a réalisé l’édition et la publication de plusieurs manuscrits anciens de Tombouctou à travers une initiative appelée ‘’du manuscrit au livre’’. Au total, l’ONG comptabilise douze éditions critiques faites sur une vingtaine de manuscrits anciens, parmi lesquelles il faut noter : Reflet du miroir sur les mérites du savoir d’Ahmed Baba de Tombouctou (d.1627), Guide aux frères sur les sujets brûlant de l’heure d’Ousmane Dan Fodio (d. 1817), Épistémologie de l’art de la rédaction d’Oumar b. Aboubacar b. Ousmane (d. 1934), etc.

 

L’Essor : Nos lettrés, nos érudits et nos jurisconsultes ont semble-t-ils légué à la postérité des mécanismes traditionnels de gestion des conflits et du vivre ensemble. Pouvez-vous en donner quelques exemples ?

Dr Abdelkader Haïdara : Nous pouvons en citer le cas d’Elhadj Oumar Tall (d. 1864), qui à travers un manuscrit intitulé Conseil éclairant sur la vilenie du conflit entre les croyants, laisse à la postérité un recueil de démarches diplomatiques et de conseils éclairés sur la résolution des conflits, partant du rôle qu’il a eu à jouer pour réconcilier le royaume de Borno et de Sokoto (tous au Nigeria actuel) par rapport à un conflit qui les opposait. Nous pouvons évoquer également le cas du grand Cheick Sidi Elmoctar Elkounti dont les interventions ont permis de mettre fin au conflit Arma-Touareg, qui fut un des douloureux conflit qui a marqué la Boucle du Niger, notamment au XVIIème et XVIIIème siècles.

 

Youssouf DOUMBIA

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