Médias d’État : Un mélange de journalisme et de communication ?

Avec l’arrivée de nouveaux acteurs sur la scène médiatique, se livrant sans retenue à la propagande, à la désinformation et à la manipulation pour séduire le grand public, une question s’impose : l’ORTM et l’AMAP doivent-ils encore se cantonner à leur rôle traditionnel ? Surtout en cette période de crise multidimensionnelle que traverse notre pays

Publié vendredi 12 décembre 2025 à 08:54
Médias d’État : Un mélange de journalisme et de communication ?

Il y a quelques années, lors d’une rencontre sur la communication gouvernementale au Centre international de conférences de Bamako, un confrère de la télévision nationale avait plaidé pour plus de liberté et de professionnalisme dans le traitement de l’information au sein des rédactions des médias d’État. La réponse du ministre de la Communication d’alors, d’une rare violence verbale, avait résonné comme un coup de poignard : «L’ORTM et l’AMAP, contentez-vous de traiter les communiqués du gouvernement. Si on vous dit que c’est blanc, c’est blanc. On vous paie pour ça. Vous ne pouvez pas dire que c’est rouge ou noir. Celui qui veut faire du professionnalisme n’a qu’à aller dans la presse privée.»

Le message, au moins, était limpide.

Ce vieux débat a refait surface récemment lorsqu’une présentatrice de la télévision nationale a interrogé un invité sur le rôle premier des médias d’État : diffuser en priorité les informations officielles et institutionnelles. La journaliste a aussitôt essuyé la foudre des nouveaux acteurs médiatiques, ces créateurs de contenus prompts à «mitrailler» les médias publics, comme jadis les «sicaires» à la gâchette facile. Pourtant, cet incident aurait pu rester un simple débat d’idées.

Depuis la Transition politique de 2020, le soleil des créateurs de contenus brille au firmament. La majorité sont des jeunes activistes reconvertis, mais on y retrouve aussi d’anciens journalistes déchus pour manquements graves à l’éthique, ainsi que des opportunistes usant de méthodes douteuses pour parvenir à leurs fins.

 

SENSATIONNEL CONTRE VIEUX JEU. Du regard des professionnels, le «videoman» diffuse des informations brutes, sans filtre, souvent pour créer le buzz. Il joue sur l’émotion, donnant raison à la formule provocatrice de Senghor : «L’émotion est nègre et la raison est hellène». Ces nouveaux «journalistes» s’expriment en bamanakan pour toucher un large public, mais foulent aux pieds les règles de vérification et de déontologie. Leur justification? Le patriotisme, même au prix du mensonge grotesque.

Au fil des années, ces acteurs ont conquis le public malien. Même sans vérité, ils sont écoutés et suivis. Ce que le journaliste classique considère comme tabou ou secret d’État, le vidéoman en fait son fonds de commerce. Il dit tout, déballe tout, diffuse tout. Et le public en redemande.

Pendant ce temps, les professionnels des médias semblent relégués au second plan. L’ORTM et l’AMAP ne font plus d’audience, la presse privée rase les murs. Tous vieux jeu ! «Les journaux finissent chez les vendeuses de beignets», raille un activiste.

Face à cette concurrence déloyale, les médias d’État doivent-ils se contenter des communiqués officiels? Doivent-ils faire du vrai journalisme? Ou glisser vers la propagande pour reconquérir le public?

Le journalisme consiste à récolter, traiter et diffuser l’information. La communication de masse, elle, vise à diffuser des messages soignés auprès du public. Quant à la propagande, elle cherche à influencer l’opinion par la manipulation. Malheureusement, le public malien ne distingue plus ces genres. Un confrère résume : en cette période de crise et de Transition, l’opinion publique est exposée à un cocktail explosif mêlant journalisme, communication, activisme et propagande.

 

LES VOIX DES PROFESSIONNELS. Pour Diakité Laye, journaliste et expert en e-réputation, le débat mérite d’être approfondi : «Partout où la démocratie veut respirer, les médias publics jouent un rôle essentiel : informer, expliquer, questionner. Pas rassurer le pouvoir, mais éclairer le public. Pourtant, on voit de plus en plus de journaux télévisés qui ressemblent à des vitrines institutionnelles. Les sujets sensibles disparaissent, les contradictions s’effacent, et la communication se glisse dans les habits du journalisme.»

Selon lui, ce n’est pas toujours la faute des journalistes : hiérarchies nommées par le pouvoir, budgets dépendants des ministères, lignes éditoriales prudentes… Résultat: la confiance du public s’érode. Ancien journaliste de L’Essor, Lassine Diarra estime que les médias publics jouent leur rôle : «Essayer de dissocier journalisme et communication dans le contexte actuel du Mali est une méconnaissance du métier. Informer, c’est aussi sensibiliser. Sur ce chapitre, l’ORTM et L’Essor se sont posés en avant-gardistes.»

Youssouf Doumbia, journaliste à l’AMAP, assume : «Nous faisons à la fois du journalisme et de la communication. Nous informons les populations, mais nous communiquons aussi pour le pouvoir. L’équilibre est difficile, mais nécessaire.» Enfin, AD, ancien directeur général d’une structure publique, rappelle : «Le journaliste informe de manière objective, le communicant sert les intérêts d’une organisation. Le premier vérifie les faits, le second façonne les informations pour atteindre un public ciblé.»


S’il est vrai que l’ORTM et l’AMAP pratiquent à la fois journalisme et communication, cela ne suffit plus à rivaliser avec les vidéoman. Alors, doivent-ils céder à la propagande pour séduire le public? Ou retrouver la liberté nécessaire pour choisir leur voie? La question reste ouverte.

Les journalistes des médias classiques sont certes dans une certaine introspection de leur métier face à l’évolution rapide dans le champ médiatique, ils restent collés aux normes : donner l’information vraie, qui ne l’est que quand elle est vérifiée.

Une plus forte régulation, de même qu’une autorégulation permanente à tous les niveaux, pourra rééquilibrer les interventions, replacer chacun dans son rôle, au regard de l’évolution des temps.

Madiba KEÏTA

Lire aussi : Année de l'éducation et de la culture : Pr Jean Bosco Konaré préside le Comité préparatoire

Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a créé le Comité préparatoire de l'Année de l'éducation et de la culture 2026-2027. Le décret annonçant la création de cet organe d'une vingtaine de membres a été rendu public le mercredi 4 mars..

Lire aussi : Communiqué du conseil des ministres du 4 mars 2026

Le Conseil des Ministres s’est réuni en session ordinaire, le mercredi 4 mars 2026, dans sa salle de délibérations au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat..

Lire aussi : Mobile World Congress 2026 : le ministre Alhamdou Ag Ilyène porte l’ambition numérique du Mali

Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, prend part au Mobile World Congress (MWC) 2026, qui se tient du 2 au 5 mars à Barcelone, en Espagne..

Lire aussi : Développement socio-économique : Le Mali peut compter sur l’IA

L’IA représente une opportunité historique pour le Mali. Elle peut réduire les barrières, accroître la productivité et élargir l’accès au savoir. À condition d’investir dans la formation, de développer des contenus locaux, de renforcer les infrastructures et de cultiver l’esprit cr.

Lire aussi : Gao : Le ministre Fomba réaffirme son engagement en faveur de la jeunesse

Dans le cadre de la rencontre d’échanges dénommée «Minisiri Ka Kéné», le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la construction citoyenne, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba, à la tête d’une forte délégation, est arrivé, vendredi dernier, dans la Ci.

Lire aussi : Primature : L'ambassadrice des États-Unis au Mali venue notifier au Chef du gouvernement la levée des sanctions contre des militaires maliens

Le Premier ministre, Chef du gouvernement, le Général de division Abdoulaye Maïga, a reçu le lundi 2 mars 2026 en audience l'ambassadrice des États-Unis au Mali, Rachna Korkonen, était venue notifier au Chef du gouvernement la levée des sanctions contre des militaires maliens..

Les articles de l'auteur

An II de la Confédération AES : les hauts fonctionnaires chargés des trois piliers examinent le projet de feuille de route

Les hauts fonctionnaires chargés des trois piliers de la Confédération des Etats du Sahel sont réunis depuis le mardi 24 février 2026 dans la capitale burkinabè..

Par Madiba KEÏTA


Publié mardi 24 février 2026 à 16:16

Dette intérieure : Le gouvernement va payer 312 milliards de Fcfa sur trois mois

C’est un communiqué du ministère de l’économie et des Finances qui l’annonce. Selon le département, à la date d’aujourd’hui, le niveau du stock de la dette intérieure est d’environ 439 milliards Fcfa.

Par Madiba KEÏTA


Publié mardi 09 décembre 2025 à 08:40

Transport du carburant : Le Premier ministre rassure les pétroliers

Les échanges, hier à la Primature, ont porté sur le renforcement de la sécurité des véhicules et des chauffeurs, la prise en charge des dommages causés et la continuité des activités d’approvisionnement de notre pays en hydrocarbures.

Par Madiba KEÏTA


Publié mercredi 22 octobre 2025 à 16:14

Tombouctou et Niono : Bilan des récentes opérations militaires

Le lundi 13 octobre, les Forces armées maliennes (FAMa) ont mené des opérations d’envergure contre les groupes armés terroristes dans la Région de Tombouctou..

Par Madiba KEÏTA


Publié mercredi 15 octobre 2025 à 08:00

Approvisionnement en carburant : Le gouvernement à pied d’œuvre

L’accompagnement des opérateurs économiques, la rétention de stocks de carburant, l’existence de circuits parallèles de distribution, les échanges avec les ports maritimes sont, entre autres sujets, qui ont été abordés lors de la rencontre du Comité interministériel de gestion de crises et catastrophes hier à la Primature.

Par Madiba KEÏTA


Publié mercredi 15 octobre 2025 à 07:33

Uemoa : Le gouvernement du Mali félicite le ministre burkinabè Aboubakar Nacanabo pour son élection à la tête du conseil des ministres statutaire

Le Conseil des ministres statutaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) a un nouveau président..

Par Madiba KEÏTA


Publié mercredi 08 octobre 2025 à 12:59

Expo universelle Osaka 2025 : Une journée dédiée au Mali

L’événement, présidé par le Premier ministre Abdoulaye Maïga, a été marqué par des discours, des prestations d’artistes et des visites des pavillons installés sur un magnifique site aménagé au bord de la mer..

Par Madiba KEÏTA


Publié lundi 04 août 2025 à 08:27

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner