Mariage d’enfants au Mali : 18% des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans

Une étude sur les déterminants socioculturels indique que la tradition, la religion et la pauvreté sont les causes principales favorisant cette pratique qui se traduit notamment par la déperdition scolaire, la baisse du taux de scolarisation et la hausse du taux de déscolarisation. Le Mali occupe le 4è rang africain des pays touchés par la pratique

Publié vendredi 22 juillet 2022 à 06:02
Mariage d’enfants au Mali : 18% des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans

La stratégie nationale est le résultat de la volonté de faire de notre pays une référence


 

La stratégie nationale multisectorielle pour mettre fin aux mariages d’enfants a été lancée, hier au Centre international de conférences de Bamako (CICB). La cérémonie était présidée par le chef de cabinet du ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mamadou Diané, en présence de la représentante des partenaires techniques et financiers (PTF), Francine Kimanuka, et d’autres invités.

 Le mariage d’enfants concerne un enfant âgé de moins de 18 ans (fille ou garçon). Dans notre pays, cette pratique est courante surtout dans les communautés rurales. Selon l’Enquête démocratique et de santé du Mali (EDSM-VI), 18% des filles ont été mariées avant l’âge de 15 ans et 53% des femmes ont été mariées avant 18 ans.

La nouvelle stratégie nationale vise à mettre fin aux mariages d’enfants dans notre pays à l’horizon 2030, échéance des Objectifs de développement durable (ODD). Le coût global du plan d’actions 2022-2026 de cette stratégie est estimé à plus de 1,8 milliard de Fcfa. Cette stratégie, à travers ses objectifs, permettra notamment de renforcer les dispositions législatives et institutionnelles, ainsi que les capacités des acteurs pour la prévention du mariage d’enfants et la prise en charge de ses victimes.


Il s’agira aussi d’informer et sensibiliser les communautés sur la nécessité de son abandon.   Le directeur national de la promotion de l’enfant et de la famille, Youssouf Bagayoko, a assuré que plusieurs documents, notamment la Politique nationale pour la promotion et la protection de l’enfant et la Stratégie nationale pour mettre fin aux violences basées sur le genre (VBG), ont été revisités pour l’élaboration de cette stratégie.



Pour la représentante des PTF, cette cérémonie marque le démarrage de la mise œuvre du 1er plan d’actions 2022-2023 de la Stratégie nationale afin de permettre à toutes les régions de réduire voire éradiquer la pratique des mariages avant 18 ans. Selon l’EDSM 2018, a-t-elle précisé, le Mali est parmi les 25 pays au monde qui enregistre les taux les plus élevés de mariage d’enfants. Elle ajoutera que 2% des jeunes hommes âgés de 20 à 24 ans étaient mariés avant 18 ans révolus. à en croire Francine Kimanuka, une étude sur les déterminants socioculturels du mariage d’enfants indique que la tradition, la religion et la pauvreté sont les causes principales favorisant cette pratique.

Concernant les conséquences de la pratique, elle citera les grossesses précoces, l’accouchement prématuré, la déperdition scolaire, la baisse du taux de scolarisation et la hausse du taux de déscolarisation. Pour sa part, le président du Parlement des enfants, Nouhoum Chérif Haïdara, a relevé que la Stratégie nationale est le résultat de la volonté de faire de notre pays une référence, plus qu’il n’est aujourd’hui, en matière de préservation et de protection des droits de l’enfant. Il a rappelé l’urgence de renouveler le bureau national du Parlement des enfants qui, selon lui, n’a pas pu se faire en décembre dernier faute de moyens.

Le chef de cabinet du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille a indiqué que l’élaboration de cette stratégie multisectorielle entre dans le cadre de la mise en œuvre des politiques nationales et des engagements internationaux et sous-régionaux de notre gouvernement en termes de protection des droits de l’enfant. Et d’ajouter que la vision de cette stratégie est intitulée : «Un Mali fondé sur l’égalité de chance où filles et garçons jouissent de leurs droits et se marient librement après 18 ans d’ici 2030 ».

Mamadou Diané précisera aussi que le mariage avant l’âge requis constitue une violation des droits de l’enfant. Selon le rapport 2016 du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), notre pays occupe le 4è rang africain des pays touchés par la pratique, derrière le Niger (78%), le Tchad (68%) et la République centrafricaine (68%).

Mohamed DIAWARA

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