Mannequinat : Le combat contre les stéréotypes

A cause de la pesanteur sociale, beaucoup de passionnés de ce métier préfèrent l’abandonner plutôt que de subir les récriminations. Il y a aussi ceux qui ont du mal à faire accepter à leurs familles et autres proches le choix d’évoluer dans cette profession

Publié mercredi 02 avril 2025 à 07:56
Mannequinat : Le combat contre les stéréotypes

Les mannequins présentent des vêtements, des accessoires ou des produits à travers  des défilés, des séances photographiques ou des campagnes publicitaires

 

 

Être mannequin dans un pays où l’image de la profession est souvent associée à un fantasme délirant n’est guère facile. Faire accepter le métier aux siens relève souvent des mêmes difficultés. En réalité, une mauvaise perception du métier par la société rend les choses un peu plus compliquées.

La première fois que ses proches ont vu défiler son image dans une vidéo sur les réseaux sociaux dans une campagne de publicité, Coura Touré se rappelle avoir eu l’une des plus mauvaises surprises de sa vie avec une série de récriminations de la famille et des proches. Au lieu de se battre pour son choix, la jeune dame a préféré renoncer à ses ambitions, à sa passion et se reconvertir dans le monde de la communication où elle suit actuellement un stage dans une agence de communication de la place.

Le témoignage de Coura Touré ne relève pas d’une anecdote, mais plutôt d’une perception globale qu’on a souvent de ce métier. «Quand j’ai intégré le mannequinat, personne n’était au courant. Un jour, mon image est apparue dans un spot publicitaire sur les réseaux sociaux. C’était un vrai choc pour mes proches au regard des réactions de désapprobation disproportionnées. J’ai réalisé à partir de là, combien il y avait d’obstacles à franchir pour faire carrière dans ce métier», explique-t-elle. Comme Coura Touré, beaucoup de mannequins sont confrontés aux mêmes stéréotypes.

Le mannequinat relève du domaine de la mode, de la publicité et du divertissement. Il consiste à présenter des vêtements, des accessoires ou des produits à travers des défilés, des séances photographiques ou des campagnes publicitaires.  Depuis quatre ans, Aïssata Coulibaly évolue dans le mannequinat. Sa grâce et son professionnalisme ont séduit plusieurs grandes maisons de couture.  Selon elle, les préjugés à son endroit étaient souvent très durs. «Il y a aussi l’idée que c’est un métier facile, alors qu’il demande beaucoup plus de discipline. D’autres pensent que les jeunes filles qui officient dans le domaine sont de mœurs légères.


 Mais j’arrive à gérer la pression en restant authentique. Mais surtout et démontrant que je suis bien plus qu’une simple image», affirme la mannequin de 22 ans, qui soutient que son métier ne définit en rien la valeur ou la moralité d’une personne. 
 «Les stéréotypes sont malheureusement ancrés dans la tête de nos compatriotes. Mais, j’ai développé une carapace pour ne pas être atteinte. Mon métier est une forme d’art et comme toute profession, il mérite respect et considération», déclare-t-elle, tout en conseillant les jeunes dames qui aspirent évoluer dans le mannequinat à rester fidèles à elles-mêmes et à ne laisser personne leur imposer une définition de la beauté. Le mannequinat n’est pas l’apanage des seules femmes. Des hommes y évoluent aussi.


Alou Sylla, caissier dans un restaurant de la place, y consacre une partie de son temps. Parallèlement à cette activité, le jeune homme de 22 ans suit une formation en mannequinat pour son développement personnel. Il n’a pas encore informé sa famille de sa décision de devenir mannequin du fait de la peur de leur éventuel rejet et écourter son rêve. «Choisir ce métier en tant qu’homme n’est pas du tout facile parce que les gens vont vous attribuer une autre orientation sexuelle. Donc, il faut vraiment du courage et de la détermination pour aller jusqu’au bout», confie-t-il.

La réaction d’Asmaou Kanté en dit long sur la pression autour du mannequin. Cette mère de 5 enfants s’est opposée à la décision de sa fille d’être mannequin. Elle soutient que le métier est un déshonneur pour les valeurs qu’elle a inculquées à ses enfants.

Pour elle, une bonne femme se doit de rester discrète et de se couvrir le corps. «C’est ce qui la rend spéciale. Et puis chez nous, il est préférable qu’une femme ait des rondeurs. Ce qui n’est pas le cas avec les mannequins qui restent sveltes», renchérit-elle.  Seynabou Kanté, âgé de 19 ans vit pleinement sa passion après avoir traversé des périodes de turbulence. Elle s’est bâtie une notoriété de mannequin professionnel. En plus d’être étudiante et hôtesse.

Selon elle, ses débuts dans ce métier ont été ardus. «Je n’arrivais pas à très bien suivre les autres surtout avec des chaussures à talons. Et surtout défiler devant des gens, c’était un peu compliqué, mais j’ai fini par m’adapter», raconte-t-elle. Après ces épreuves, elle qui était prête à vivre calmement sa passion, découvrira une autre épreuve à affronter : le regard de la société. 
Sa mère s’est totalement opposée à son choix. Quant à son entourage, il l’avait intimidé qu’aucun homme n’épousera une femme qui expose son corps. Seynabou Kanté a surmonté les obstacles. Aujourd’hui, elle vit de son travail en toute tranquillité d’esprit.

 

MANNEQUIN VOILÉE- Pour son confrère Moustapha Sissoko, les choses sont un peu plus compliquées. Il a décidé de mener une vie cachée de mannequin pour échapper à la colère de ses parents. Cela fait 2 ans qu’il évolue dans le secteur, suite à l’insistance d’une amie.

Quant à Chiaka Diabaté, il est le promoteur d’une agence de mannequinat depuis 4 ans. «Quand j’ai commencé la mode, mon père m’a dit de faire un choix entre la famille et mon travail. Parce que pour lui la mode n’est pas de nos coutumes. J’ai essayé de le convaincre en vain», se souvient encore le trentenaire comme si c’était hier.

Il finira par quitter le domicile parental à l’âge de 25 ans pour emménager avec un ami. «On traite souvent les mannequins comme des homosexuels. Même des grands frères m’ont dit que les hommes et les femmes de ce milieu étaient des travestis sexuels et des prostitués», regrette Chiaka Diabaté. Il pense que les mannequins sont très sollicités comme des acteurs du cinéma parce qu’ils savent s’habiller et s’exprimer en français.

Depuis trois ans, Abdramane Barry est promoteur d’une agence de mannequinat. Il aide beaucoup de jeunes à devenir des mannequins et explique qu’il recrute ses agents, suite à des castings en ligne. «Souvent, je peux repérer des talents dans les rues. Je leur propose de venir pour qu’on puisse développer le côté mannequin qu’ils ont. Certains refusent pour des raisons familiales», indique le dénicheur de talents. Et de poursuivre que notre population qui est majoritairement musulmane et analphabète perçoit mal leur domaine.

 Selon lui, la mode représente une culture. Quand les Blancs font leurs expositions, il montrent leur culture. «C’est donc à nous de valoriser la nôtre», dit-il, avant de témoigner qu’il y a des mannequins qui se voilent. Quand ses agents ont des désaccords liés à leur métier avec leurs parents, Abdramane Barry dit intervenir pour s’entretenir avec eux pour comprendre leur vision des choses. Il leur explique le risque et les avantages du métier. «La plupart du temps, il n’y a pas des problèmes», assure le promoteur d’agence. Il conseille nos compatriotes à choisir le travail qui leur plaît sans se fier à ce que les gens vont penser d’eux.

 Dr Hama Yalcouyé, enseignant-chercheur au département sociologie-anthropologie à la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation (FSHSE), explique que le mannequinat est une tendance née dans notre pays, grâce à la mondialisation et au développement du monde. Selon lui, ce métier est apparu suite aux questions vestimentaires, de mode ou encore à l’apogée du capitalisme. «Le mannequinat existe dans notre société, mais était peu visible comme en Occident. Ça reste toujours un cercle fermé réservé à ceux qui sont dans le domaine de l’art», affirme l’universitaire. Il invite les acteurs à sensibiliser la communauté malienne sur son utilité et son rôle. Pour le sociologue, cette action réduira les préjugés à l’endroit des professionnels du secteur. Hama Yalcouyé leur recommande de contextualiser avec notre culture, nos valeurs, en bamanakan «Dambé».


Assitan KIMBIRY

Hawa Ly TOURÉ

Rédaction Lessor

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