Lutte traditionnelle : Le sport roi du Niger

La lutte traditionnelle, kokowa en langue haoussa, est un combat en forme de duel, populaire et pratiqué au Niger et dans beaucoup de pays africains et européens.

Publié mercredi 08 janvier 2025 à 07:32
Lutte traditionnelle : Le sport roi du Niger

Le championnat de lutte traditionnelle est suivi partout dans le pays

 

 Contrairement à de nombreux pays, où le football et le basket-ball sont les sports les plus populaires et les plus pratiqués, au Niger, la lutte traditionnelle est le sport national et demeure un événement à la fois sportif et culturel. On s’en est encore aperçu cette année, avec la 45è édition du Sabre national kokowa Dosso, qui s’est déroulée du 20 au 29 décembre 2024.

Le championnat de lutte traditionnelle au Niger est toujours suivi par tout le pays et ne passe jamais inaperçu. «Nous n’avons pas de grands footballeurs comme Yves Bissouma au Mali ou Bertrand Traoré au Burkina Faso. Ici, c’est la lutte notre sport roi», souligne Ismaël Ibro Sawani, un militaire nigérien rencontré à Dosso lors de la 45è édition du Sabre national kokowa.

«La lutte fait partie de notre culture, c’est l’image du Niger», insiste-t-il, ajoutant que c’est la seule discipline qui ne laisse aucun Nigérien indifférent. Plusieurs invités de marque ont assisté à la finale de l’édition 2024 du Sabre national kokowa, dont le Premier ministre nigérien, ministre de l’Économie et des Finances, Ali Mahaman Lamine Zeine qui avait à ses côtés le Premier ministre, ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation du Mali, le Général de division Abdoulaye Maïga et le Premier ministre du Burkina Faso, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo. La finale a été remportée par Abba Ibrahim de Niamey devant le sextuple champion, Kadri Abdou dit Issaka Issaka de Dosso.

La récompense est énorme : 12 millions de Fcfa, un sabre et un cheval contre 7 millions de Fcfa pour le vice-champion, sans compter les cadeaux des admirateurs et des entreprises publiques et privées. Dans la foulée, les deux finalistes ont été reçus au Palais de la présidence par le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), chef de l'État du Niger, le Général de brigade Abdourahamane Tiani.

La lutte traditionnelle a de tout temps occupé une place de premier rang dans la vie sociale au Niger. Elle fait partie des patrimoines immatériels enracinés dans la culture nigérienne. C’est par cette appartenance au patrimoine culturel du pays qu’elle se différencie des autres disciplines sportives, venues d’ailleurs.

Le président de la Fédération nigérienne de lutte traditionnelle (Fenilutte), Moussa Oufana explique que depuis les temps immémoriaux, le Nigérien pratique la lutte. «Les autorités du Conseil militaire suprême (CMS) en 1975, à leur tête le colonel Seyni Kountché ont organisé le premier championnat à Tahoua. Cette année, nous sommes au 45è Sabre national. Un évènement hors norme qui rassemble les dignes fils et filles autour de cette activité unique en son genre.

La Lutte reste le seul sport qui unit les esprits et les cœurs des Nigériens», explique le dirigeant sportif. Et de renchérir que la lutte est ancrée dans toute la sphère sociale du Niger, du plus petit hameau aux régions, en passant par le village, les cantons, les communes, les départements, les Nigériens pratiquent quotidiennement la lutte «qui reste le seul sport d’unification, de brassage culturel au Niger». Pour le premier responsable de la Fenilutte, l’avenir de la lutte au Niger sera la professionnalisation du lutteur. «Un métier qui nourrira son pratiquant. En Afrique, la lutte peut permettre aux peuples de s’unir et de consolider les liens séculaires», a conclu Moussa Oufana.

 

VECTEUR DE SOLIDARITE, D’UNION NATIONALE- Le sélectionneur national de lutte Mamane Ibrahim rappelle que les lutteurs nigériens ont remporté plusieurs titres africains, notamment le premier Championnat d’Afrique, organisé en 1995 au Niger, la 12è édition du Tournoi de lutte africaine de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (TOLAC) 2023 à Niamey (4 médailles d’or et 1 médaille d’argent) devant le Sénégal (2 médailles d’or et 1 médaille d’argent) et la Gambie (1 médaille d’or et 1 médaille d’or et une médaille d’argent).

Le technicien développe que la différence entre la lutte nigérienne et les autres formes de lutte se situe à plusieurs niveaux. «Par exemple, au Sénégal, il y a plusieurs formes de lutte, notamment la lutte avec frappe, mais il n’y a pas de frappe dans notre lutte. La différence entre la lutte gréco-romaine et la nôtre se situe au niveau de l’habillement et de certaines chutes», ajoute le technicien, soutenant que la lutte gréco-romaine et la lutte libre (une autre forme de lutte) se font dans un petit cercle et sur le tapis, alors que celle du Niger se pratique uniquement sur le sable. «Une autre particularité de la lutte nigérienne est l’arène, la surface dans laquelle la lutte se pratique.

Au Niger, le terrain de lutte est d’un rayon de 11 à 20 mètres alors que dans les autres formes de lutte, le rayon est plus petit», explique notre interlocuteur, poursuivant que dans la lutte nigérienne, il y a un trio arbitral alors que dans d’autres formes de lutte, il n’y a qu’un seul arbitre. «Au Niger, nous avons la spécificité d’avoir un code de la lutte et la Confédération africaine des luttes associées et plusieurs pays se sont inspirés du code du Niger», confie Mamane Ibrahim. Pour lui, la lutte traditionnelle est ancrée dans les traditions nigériennes et c’est la seule discipline qui dispose de sites de compétition dans les 8 régions et les 36 départements du pays.

«Cela veut dire qu’au Niger, la lutte domine tous les autres sports, en quelque sorte, elle est le sport roi». Et de conclure : «Juste avant la finale du championnat de lutte, j’ai échangé avec les lutteurs en tant qu’entraîneur national et je leur disais que le Nigérien peut se glorifier en faisant la pratique de la lutte traditionnelle». Pour notre confrère Ousmane Keïta, la lutte traditionnelle au Niger est vectrice de solidarité, d’union nationale et de cohésion sociale et c’est le seul sport dans lequel tous les Nigériens se retrouvent.

«Du simple cireur de chaussures au plus haut niveau de l’État, souligne notre confrère de Niger Inter Hebdo et L’Autre Républicain, tout le monde suit le Sabre national. C’est ça qui fait la beauté de la lutte traditionnelle au Niger». Selon lui, la plupart des lutteurs nigériens, dont Abdou Kadri «Issaka Issaka», pratiquent également d’autres disciplines, comme le sambo, le judo, la marche, la pétanque et même le football. 

Pour le secrétaire général de la Fédération malienne des luttes associées Modibo Sangho, la lutte est plus développée au Niger qu’au Mali et il n’y a pas une grande différence entre la lutte nigérienne et celle pratiquée dans notre pays, à savoir la lutte traditionnelle africaine. Les interdits sont notamment l’étranglement, le crachat sur l’adversaire, le jet de sable dans les yeux de l’adversaire, l’attaque des parties intimes. Modibo Sangho explique qu’un lutteur est considéré battu si sa tête, son dos et l’un des deux côtés touchent le sol.

De même, si le combattant se met sur les fesses ou se retrouve avec deux genoux et un bras sur le sol, il perd le combat. «Au Mali, le championnat se joue par équipe et non en individuel dans toutes les catégories : 66kg, 76kg, 86kg, -100kg et 120kg et l’équipe championne reçoit une enveloppe de 500.000 Fcfa pour les cinq lutteurs. Le temps de combat est de deux fois trois minutes», détaille le secrétaire général de la Fédération malienne des luttes associées.

Or, au Niger, le championnat est individuel et ouvert à toutes les catégories. C’est comme un open dans lequel toutes les catégories sont mélangées. Autre différence avec la lutte traditionnelle malienne, le championnat du Niger est organisé directement par l’état avec un budget qui s’élève à des centaines de millions de Fcfa.

Ladji Madihéry DIABY

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