Gouvernance minière : La révolution silencieuse qui redessine l’Economie nationale

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Publié jeudi 18 juin 2026 à 07:35
Gouvernance minière : La révolution silencieuse qui redessine l’Economie nationale

Longtemps considéré comme un géant aurifère dans la sous-région, le Mali est engagé depuis l’avènement de la Transition dans une profonde transformation de son secteur minier. Réformes législatives, récupération de recettes, industrialisation, diversification vers le lithium et redistribution des revenus aux collectivités : le pays cherche désormais à faire de ses ressources naturelles un véritable moteur de croissance. Une mutation qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire économique et consolider l’architecture financière nationale.


Avec un sous-sol exceptionnellement riche, le Mali figure depuis plusieurs décennies parmi les principaux producteurs d’or en Afrique. Il est classé en troisième position après l’Afrique du Sud et le Ghana. Pourtant, malgré ce positionnement, l’impact réel de l’exploitation aurifère sur l’économie nationale a longtemps alimenté les débats. Nos compatriotes veulent sentir les retombées minières sur leur vie quotidienne en termes de réalisation d’infrastructures d’envergure, d’emplois ou de développement durable.


Depuis 2020, avec l’avènement de la Transition, les autorités maliennes ont entrepris d’apporter une réponse à la préoccupation de nos concitoyens à travers une refondation complète de la gouvernance minière. Derrière le slogan « Que l’or brille pour tous les Maliens », c’est toute une vision économique qui se dessine : celle d’une souveraineté accrue sur les ressources naturelles et d’une meilleure redistribution des richesses générées par l’exploitation du sous-sol.


Le tournant majeur intervient en 2023 avec l’adoption d’un nouveau Code minier. Cette réforme constitue sans doute la plus importante modification du cadre juridique du secteur depuis plusieurs décennies. Elle augmente considérablement la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les projets miniers, qui peut désormais atteindre 35 %, contre 20 % auparavant. Au-delà des chiffres, cette mesure traduit la volonté de renforcer le contrôle national sur une activité qui représente l’un des piliers de l’économie malienne.


La même année, la loi relative au contenu local vient compléter cette nouvelle architecture. Les sociétés minières sont désormais tenues de privilégier l’emploi des compétences nationales et de recourir davantage aux entreprises maliennes dans leurs contrats de sous-traitance. L’objectif est de créer un véritable écosystème économique autour des mines, capable de générer des emplois, des compétences et des champions nationaux.


Les effets financiers de cette nouvelle approche commencent déjà à apparaître. Les audits menés dans le secteur ont permis d’identifier d’importants manques à gagner pour l’État. Ces investigations ont débouché sur des renégociations avec plusieurs grandes compagnies minières opérant dans le pays. Résultat : plus de 760 milliards de Fcfa ont été recouvrés sous forme d’arriérés fiscaux, de redevances et d’impôts réajustés.


Dans le même temps, les recettes minières enregistrées par le Trésor public ont atteint un niveau historique. Pour la seule année 2025, elles ont dépassé 700 milliards de Fcfa. Un montant qui confirme la place stratégique du secteur dans le financement des politiques publiques et dans le renforcement des capacités budgétaires de l’État.


ASSAINISSEMENT DU SECTEUR

Cette dynamique s’est accompagnée d’un vaste assainissement du secteur. L’annulation de 121 permis miniers jugés non conformes ou inactifs témoigne d’une volonté de mettre fin aux pratiques spéculatives et d’améliorer la transparence dans l’attribution des titres miniers. Mais la véritable innovation réside dans la manière dont ces ressources sont redistribuées. Grâce au Fonds minier de développement local, 18,4 milliards de Fcfa ont été reversés en 2026 à 819 communes du pays. Ces ressources financent des écoles, des centres de santé, des adductions d’eau potable et diverses infrastructures communautaires. Une démarche qui vise à rapprocher les bénéfices de l’exploitation minière des populations vivant souvent à proximité des sites d’extraction.


Parallèlement, le Mali s’engage progressivement dans une nouvelle étape : celle de la transformation locale de ses ressources. Pendant des décennies, l’or extrait du sous-sol malien quittait le pays sans réelle valeur ajoutée locale. La construction de la première grande raffinerie nationale d’or ambitionne de changer cette réalité. Une fois opérationnelle, elle permettra de raffiner localement le métal précieux et de renforcer la place du Mali dans la chaîne mondiale de valeur.


Cette stratégie industrielle se poursuit avec le projet d’usine de fabrication d’explosifs industriels destinés au secteur minier. Au-delà de la réduction des importations, l’ambition est de développer un tissu industriel capable de répondre aux besoins de l’industrie extractive nationale. Toutefois, l’avenir du secteur minier malien ne repose plus uniquement sur l’or. Le pays fait aujourd’hui une entrée remarquée dans l’univers stratégique du lithium, minerai indispensable à la fabrication des batteries pour véhicules électriques et au stockage de l’énergie.


Les projets de Goulamina et de Bougouni placent désormais le Mali parmi les acteurs émergents de cette nouvelle économie mondiale. Les prévisions combinées de production dépassent 590 000 tonnes de concentré de spodumène, un niveau susceptible de faire du Mali l’un des principaux producteurs africains de lithium. Dans un contexte de transition énergétique mondiale, cette diversification représente une opportunité exceptionnelle de croissance et d’attraction d’investissements.


La modernisation de l’administration minière accompagne cette transformation. Le lancement du cadastre minier numérique constitue une avancée majeure en matière de gouvernance. Relié aux systèmes fiscaux et financiers de l’État, il permet de renforcer la transparence, de réduire les risques de fraude et d’améliorer l’efficacité du suivi des activités minières. Au-delà des performances économiques, les autorités affichent également la volonté de rendre le secteur plus inclusif. À travers le programme « Mentorat Mines », de jeunes étudiantes maliennes sont accompagnées vers les métiers de la géologie, de l’environnement et du génie minier, ouvrant progressivement les portes d’un secteur longtemps dominé par les hommes.


Aujourd’hui, le Mali dispose d’atouts considérables. L’or demeure un pilier économique majeur. Le lithium ouvre des perspectives inédites. Les recettes publiques progressent. Les collectivités bénéficient davantage des revenus miniers. L’industrialisation commence à prendre forme. Si les défis liés à la gouvernance, à la sécurité et à la durabilité environnementale restent importants, une chose apparaît désormais évidente : le secteur minier malien est en train de devenir bien plus qu’un simple fournisseur de matières premières.


Il se positionne progressivement comme l’un des principaux moteurs de la transformation économique du pays, avec l’ambition de convertir la richesse du sous-sol en prospérité durable pour les générations présentes et futures.

Mariam A. TRAORÉ

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