Dr Aly Tounkara : « Le dossier Mali a pris une tournure géopolitique et géostratégique… »

Dans les lignes qui suivent, le directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S) livre son analyse sur l’arrestation des 49 militaires ivoiriens dans notre capitale. Dr Aly Tounkara se prononce également sur la situation politique marquée par la levée de l’embargo contre le Mali, l’adoption d’une nouvelle loi électorale et la fixation du délai supplémentaire de la Transition à 24 mois

Publié mardi 19 juillet 2022 à 06:16
Dr Aly Tounkara : « Le dossier Mali  a pris une tournure géopolitique et géostratégique… »

Pour le chercheur, l’arrestation des 49 militaires ivoiriens par les autorités maliennes s’explique à partir de deux temps. Dans le premier temps, Dr Aly Tounkara soutient que pendant longtemps, l’état du Mali n’a pas autant  été exigeant vis-à-vis de la  mobilité des troupes étrangères sur son territoire. Selon lui,  de la Transition avec le président Dioncounda Traoré jusqu’à la fin du règne de feu Ibrahim Boubacar Keïta, ces contrôles que le ministère des Affaires étrangères et en partie l’état-major des Armées étaient censés exercer sur les troupes étrangères n’ont pas connu toute leur effectivité et efficience.

Il déplore que ce soit cette légèreté qui a caractérisé à un moment donné, la diplomatie malienne. Le deuxième temps que le spécialiste évoque est qu’il faut comprendre dans cette arrestation que, de plus en plus, l’élite militaire au pouvoir manifeste un regain d’intérêt vis-à-vis non seulement des troupes étrangères sur le territoire mais aussi sur leurs agissements.

« Cette volonté que tout soit sous le contrôle et le diktat de Bamako est de plus en plus affiché par l’élite militaire au pouvoir », souligne Dr Tounkara. D’où, selon lui, l’insistance de Bamako quant à la conformité  des différents contingents  à l’esprit de la Mission onusienne qui est celle de soutien à la paix et non d’imposition de la paix. D’après le directeur du CE3S, on chercherait ainsi à combler un vide provoqué par une forme de négligence du ministère des Affaires étrangères. Dr Tounkara estime qu’il s’agit d’un changement de cap vis-à-vis des forces étrangères.

Toutefois, il soutient l’hypothèse d’une incidence possible des rapports tendus entre le Mali et la Côte-d’Ivoire sur cette affaire car beaucoup de Maliens soupçonnent le président Ouattara, à défaut d’être l’instigateur clé des sanctions infligées à l’état du Mali par la Cedeao et l’Uemoa, de ne pas avoir été du tout clément vis-à-vis de notre pays. Dr Tounkara pense que ces rapports tendus pourraient aussi s’inviter dans la gestion qui est faite de ce dossier. Pour le spécialiste, il y a eu incontestablement des manquements graves dans l’arrivée de ces militaires. Et dans le même temps, les finalités recherchées par ceux-ci restent jusqu’ici floues au regard des éléments d’analyse factuelle fournies par l’état du Mali.
 
CHAMP DE BATAILLE- Le chercheur s’est aussi prononcé sur les rapports entre notre pays et certains de ses partenaires sur le plan sécuritaire. Pour Dr Tounkara, les conditions dans lesquelles, certaines forces partenaires sont parties notamment la Force Barkhane, Takuba et également les incompréhensions entre le Mali et les Nations unies à la suite du renouvellement du mandat de la Minusma, sont des éléments qui laissent entendre que le dossier Mali a pris clairement une tournure géopolitique et géostratégique.

« Lorsqu’un pays devient un champ de bataille pour les puissances militaires en l’occurrence la France et la Russie, on n’a pas besoin d’être dans les secrets des dieux pour savoir que chaque partie chercherait à mettre l’autre en difficulté », analyse le directeur du CE3S, qui soutient que le fait que l’état du Mali soit aux abois serait quelque chose de bienvenue par certaines autorités étrangères comme celles de la France. Toutefois, à ce stade d’investigation, il dira qu’il est un peu tôt du point de vue analytique de parler de coup d’état ou d’une quelconque forme de déstabilisation de l’état du Mali via ces acteurs qu’ils soient de l’armée ivoirienne ou du mercenariat.

Parlant de la levée de l’embargo, l’analyste estime que cela est une bouffée d’oxygène pour l’état du Mali. Car cela va permettre au pays d’être en phase avec ses créanciers. Il explique que les avoirs de l’état étaient gelés par la Cedeao et l’Uemoa.

Ce qui avait amené le Mali à orienter davantage ses efforts sur tout ce qui est défense et paiement des salaires. Et avec cette levée des sanctions, d’autres chantiers pourraient être boostés, de l’économie en passant par la justice, l’agriculture, etc. Pour le chercheur, ces chantiers avaient sérieusement été impactés par ces sanctions économiques imposées à l’état du Mali. En plus d’être une bouffée d’oxygène pour notre pays, Aly Tounkara soutient que la levée de ces sanctions donne une possibilité à l’élite militaire au pouvoir de s’efforcer de combler les attentes qu’ont les Maliens tant sur le plan sécuritaire que de la gouvernance.
 

QUESTIONS PENDANTES- Dr Tounkara s’est, par ailleurs, prononcé sur la situation politique marquée par l’adoption de la nouvelle loi électorale, la fixation d’un délai de 24 mois pour la suite de la Transition. Selon lui, des questions pendantes restent entières. Il s’agit de savoir si les autorités de la Transition seraient en mesure d’honorer tous les engagements pris à la fois vis-à-vis de la communauté internationale et du peuple malien dans le temps imparti, la question des réformes politiques et institutionnelles en passant par l’opérationnalisation de l’Autorité indépendante de gestion des élections (Aige), etc.


Aly Tounkara pense qu’il serait pertinent du point de vue analytique et au nom des contraintes  temporelles de sélectionner un certain nombre de réformes en vue de pouvoir respecter ces délais. «Il faut être réaliste. Le non-respect de ce nouveau calendrier pourrait non seulement faire passer le Mali pour un pays peu enclin à rester conforme à ses engagements. Aussi, cela pourrait aboutir à une forme de discrédit vis-à-vis de l’élite militaire et politique au pouvoir», prévient le chercheur.

À défaut de pouvoir amorcer toutes les réformes annoncées, il juge important d’aller vers celles qui paraissent pertinentes notamment la tenue des élections générales, l’épineuse question de l’Accord pour la paix et la réconciliation avec les ex-rebelles tout en incluant les groupes d’auto-défense tant dans les régions du Nord que du Centre.

Dieudonné DIAMA

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