Culture, Violon traditionnel : Sidi Koumaré a de qui tenir

Le violon traditionnel ou «Sokou» en bamanakan est un instrument de musique qui se fait rare dans notre pays. Le nombre de ses joueurs se réduit comme une peau de chagrin.

Publié vendredi 20 octobre 2023 à 06:04
Culture, Violon traditionnel : Sidi Koumaré a de qui tenir

L’artiste (c) joue cet instrument depuis l’âge de 17 ans

 

 Parmi les rares instrumentistes qui le pratiquent, il y a Sidi Koumaré, âgé de 47 ans, originaire de la Commune de Pélengana, à l’est de la ville de Ségou. Nous l’avons rencontré au siège de l’Association Nga bolo hen  de la conteuse Amaïchata Salamanta à Bacojicoroni ACI. Nous l’y avons retrouvé en pleine séance de formation d’une dizaine de jeunes filles que la conteuse du fleuve est en train d’initier dans son art. En effet, il s’agit de faire d’elles des conteuses avec comme instrument de prédilection le Sokou. Elles subissent donc deux formations en même temps.

Le choix de Sidi Koumaré comme formateur s’explique par sa longue expérience dans la pratique de cet instrument, indique la conteuse du fleuve. En fait, Sidi est l’un des fils du célèbre violoniste Bina Koumaré de Ségou. Ce forgeron bon teint était une virtuose de l’instrument. Décédé, il y a quelques années, il avait perpétué le rôle social bien particulier de ses aïeux fortement ancré dans la tradition animiste bambara. Ce dernier a tenu pendant plus de trente années le violon dans l’ensemble instrumental traditionnel et même quelques fois au sein de l’orchestre régional de Ségou, le Super Biton, lors des différentes éditions de la Biennale artistique et culturelle. Il est également connu comme étant l’auteur de nombreux contes de la même région.

Sidi Koumaré a donc appris à jouer cet instrument mythique dès l’âge de 17 ans auprès de son père. Ce dernier aussi a été initié à cet instrument par le sien, notamment le grand père de Sidi. «Chez nous, tous les enfants s’amusent à fabriquer un petit sokou et à le jouer», explique-t-il à qui veut l’entendre. Au fil des ans, son papa qui garde toujours une oreille attentive aux sons de cet instrument s’est évertué à corriger ses insuffisances et à lui donner des conseils.  Sidi Koumaré, qui n’a pas été scolarisé, est resté longtemps auprès de son géniteur qui lui a appris les ficelles du métier, notamment les secrets de cet instrument.

La transmission du jeu et de la confection de cet instrument est donc une affaire de famille chez les Koumaré. Il a ensuite appris à confectionner lui-même l’instrument. Une calebasse dont la taille est bien choisie, un morceau de peau de chèvre bien tanné, un bout de bois ensuite 5 à 10 crins de queue de cheval. D’où le nom vernaculaire «Sokou» qui signifie littéralement la queue de cheval en bamanankan.

Après avoir réuni tous ces matériaux, il y a un rituel à effectuer à l’abri des regards et des oreilles, avant de commencer la fabrication proprement dite. Des rites, qui bien sûr ne seront pas révélés par Sidi, malgré notre insistance. Car, explique notre interlocuteur, le Sokou  est un instrument bien apprécié des djinns. Il n’est pas donné à un non initié, ni de le fabriquer, ni de le jouer. Il faudrait effectuer des offrandes afin d’être épargné des conséquences éventuelles des courroux des djinns. Au début, il adorait tellement l’instrument qu’il continuait à le jouer tard dans la nuit. Sidi affirme qu’il lui est arrivé de sentir des présences sans pouvoir comprendre ce qu’il en est. C’est ainsi que son père lui déconseillait fortement de jouer à une certaine heure de la nuit.

Ainsi, à la suite de son père, il fut enrôlé dans la troupe régionale de Ségou pour les Biennales artistiques et culturelles à Ségou en 2005, Kayes en 2008, Sikasso en 2010, Bamako en 2019 et tout récemment à Mopti en 2023. à Ségou, notamment à Pélengana, Sidi Koumaré est régulièrement sollicité pour les cérémonies sociales comme les baptêmes, les mariages et autres manifestations de joie. Il commence à se faire un nom dans le milieu artistique et avoir une reconnaissance sur le plan international, car il a été repéré lors du Festival sur le Niger. Il a un peu bourlingué en Tunisie, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Burkina. Pour lui, l’urgence d’initier très tôt les jeunes, notamment depuis 8 ans, se fait sentir pour pérenniser cet instrument mythique.

Youssouf DOUMBIA

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