Bamako : Soirée «Dior», la nouvelle tendance choquante et provocatrice

Elles disent que c’est pour s’amuser, mais s’endettent pour payer la cotisation, se maquillent dans des salons chers avec des mèches de qualité. Entre «soirée Dior» et location de bouquet d’argent, les femmes affichent une dépravation qui ne dit pas son nom

Publié mardi 02 septembre 2025 à 07:50
Bamako : Soirée «Dior», la nouvelle tendance choquante et provocatrice

Connaissez-vous la nouvelle tendance à Bamako ? Bien évidemment, ce sont les soirées «Dior» ou «boubou party» et il suffit de se connecter sur les réseaux sociaux (Snap, Tiktok, Facebook) pour se rendre compte. Cette pratique qui frôle la morale, est importée des pays voisins comme le Sénégal, la Guinée ou encore la Côte d’Ivoire. Elle s’est répandue dans notre société avec une première soirée organisée par une grande Tiktokeuse dont nous taisons le nom.

Mariée, la jeune maman avait lancé une invitation publique sur la toile pour avoir le max
imum de personnes et ça a été une réussite. Rassurez-vous ! Il ne s'agit pas d'un partenariat officiel avec la célèbre maison de couture française Dior, mais plutôt l’exhibition d’un style vestimentaire africain. Oui, c’est une soirée Dior, sans Dior.

Le concept? Des soirées exclusivement féminines, organisées dans des appartements, villas, hôtels ou même à domicile. Au menu : robes africaines amples, buffet chic, musique, vidéos Tiktok et Snap. En effet, le nom de la soirée fait référence à la robe mise pendant la fête qui fait référence à la marque de luxe Dior même s’il ne s’agit pas de ça. Selon les adeptes de la pratique, l’objectif est clair : s'amuser. Mais, surtout aussi s’exposer au monde dans des postures inappropriées. «S’amuser n’a jamais été un problème dans notre société. Mais ces soirées sont de la vulgarité déguisée», soutient Amadoun Barry, un habitant de la capitale.

Qui dit amusement, dit bonne musique et qui dit bonne musique, dit danse. Et tout le problème part de là. L’ambiance étant à mi-chemin entre boîte de nuit sans DJ et défilé de mode. Ces jeunes dames se défoulent avec des pas de danse qui mettent en évidence leur féminité. «Elle remuent le postérieur et prennent des positions explicites sans équivoque. C’est malsain et indigne pour une femme malienne», souligne Aliou Cissé.

Ce samedi soir du mois d’août, on se croirait dans un dîner de mariage sans mariés dans un appartement à l’ACI. La musique bat son plein. L’air est parfumé de bonne odeur, quoi de mieux pour reconnaître un lieu pris d’assaut par des femmes. Caméra en main, ring light allumé, les Snap et les vidéos Tiktok coulent à flots. C’est dans ce décor que celle qu’on nomme Mamie nous glisse quelques vérités. Au-delà des réseaux, c’est toute une histoire qui se cache derrière ces soirées. «Chacune a son objectif. Certaines viennent pour s’amuser, mais d’autres sont là pour les vidéos. Pour montrer qu’elles sont dans le temps et qu’elles fréquentent les tiktokeuses les plus suivies», confie-t-elle.

 

PAS DE PLACE AUX TIMIDES- Il est important de préciser que ce n’est pas le copinage qui prévaut dans l’organisation de ces soirées entre femmes. Tout commence par une affiche postée sur Facebook ou TikTok. Ensuite, un groupe WhatsApp est créé, quelques instructions sont données sur la manière de payer la cotisation avant un délai et les timides sont suppliées de s’abstenir. Bien que la participation soit payante, la majorité des participantes ne travaillent pas. Pas de soucis, des «sponsors» se manifestent pour financer la participation.

«Ce sont eux les vrais bailleurs», murmure une participante, manucure fraîche et perruque humaine longue sur la tête. La jeune fille affirme n’avoir aucune relation avec l’organisatrice de l’événement. «Il y a une somme fixe à payer. Si tu arrives à
payer : tant mieux, le cas échéant, tu restes chez toi», dit-elle. «Ce sont des moments entre femmes, mais beaucoup viennent plus pour se faire remarquer que pour passer un bon moment», affirme Fatoumata, invitée à une soirée "Dior". De son côté, Béatrice voit ces soirées comme une façade. «Ce sont des vitrines pour se dévoyer en déphasage total avec la réalité des participantes», précise-t-elle.

De ces soirées, certaines vidéos fuitent mettant à nu des comportements jugés "inconvenants". D’où l’inquiétude chez les parents et les religieux. Ainsi, sur le sujet, les avis divergent. Si pour les adeptes, il s’agit d’une manière de célébrer la jeunesse et s’amuser, pour d’autres, elles reflètent une profonde crise morale, où le bling-bling jure avec la morale. Les parents, souvent dépassés, peinent à contrer cette nouvelle mode. «Je n’ai jamais compris les filles de maintenant. Elles disent que c’est pour s’amuser, mais s’endettent pour payer la cotisation, se maquillent dans des salons chers avec des mèches de qualité», regrette une mère de famille. De son avis, ces soirées reflètent une déperdition totale. Comme elle, Ibrahim Guindo invite les femmes à se ressaisir pendant qu’il est encore temps.

  En plus des soirées «Dior», un autre phénomène plus pernicieux émerge. C’est la location de bouquets d’argent et de fleurs. Au Mali, on peut louer un bouquet d’un million de Fcfa, pour quelques heures seulement, avec une carte d’identité comme garantie. Le but ? Prendre des photos, se faire paraître millionnaire, puis rendre le bouquet après. Ainsi, le bouquet d’un million de francs est loué à 50.000 Fcfa. Les bouquets de fleurs sont loués à 15.000 francs avec un téléphone IPhone comme cerise sur le gâteau. Quoi de mieux pour attirer l’attention ? Ces montants peuvent sembler anodins jusqu’au moment où certaines filles s’endettent ou perdent l’argent, mettant leurs proches dans des problèmes. C’est ce qui est arrivé récemment à une famille.

La dame, sous l’effet de la colère, s’est exprimée sur Tiktok. Dans la vidéo qui est devenue virale, elle expliquait que sa jeune sœur avait loué un bouquet d’argent d’une valeur d’un million de Fcfa à 50.000 Fcfa avec comme garantie, la carte d’identité de sa mère. La jeune dame énervée a fait une vidéo pour sensibiliser l’opinion publique en l’occurrence les jeunes filles.

 «Ne faites pas des choses qui sont au dessus de vos moyens. Sinon, vous allez vous créer des problèmes ainsi qu’à votre entourage», a-t-elle averti.
Des explications de la jeune dame, la famille a été obligée de battre le rappel des siens pour rembourser l’argent qui avait a été dépensé pour faire face aux charges familiales. Fanta Samaké de l’entreprise Bouquet ni Box tigui, estime que cette pratique est inutile et nuisible : «Je ne vois aucun intérêt à louer de l’argent. C’est une habitude à éviter pour le bien de tous».

 

PRESQU’UNE DÉBAUCHE- Le sociologue Penou Mounkoro porte son analyse sur les deux phénomènes sociaux. D’emblée, il fait comprendre que ces phénomènes ne sont pas nouveaux dans le contexte africain. Dans la société traditionnelle africaine, renseigne-t-il, les femmes se rassemblaient pour exprimer un sentiment face à une situation donnée, d’autres pour magnifier la féminité ou pour tout simplement exprimer la bravoure des femmes. Et les soirées dites «Dior» pourraient, de son avis, se situer dans ce cadre.


Cependant, renchérit-il, ce qui est problématique dans cette affaire est l’implication des réseaux.  «Les danses que ces femmes font
ne doivent pas se retrouver sur les réseaux sociaux à la merci de tout le public, car elles ont une signification et un sens qui n’est pas accessible au grand public», fait-il comprendre. En analysant plus en profondeur, Penou Mounkoro souligne que le fond du problème réside dans l’usage incontrôlé des réseaux sociaux. Pour le sociologue, les soirées Dior et la location de bouquets d’argent sont avant tout des phénomènes éphémères et urbains, portés par une minorité.


     Le nom de la soirée fait référence à la robe mise pendant la fête qui fait référence à la marque de luxe Dior

 


«Ce n’est ni un processus d’émancipati
on sociale, ni une exclusion directe, mais un phénomène de luxe réservé aux personnes disposant d’un certain pouvoir d’achat», commente-t-il. Mounkoro met également en garde contre les conséquences sociétales de ces pratiques, notamment sur l’image de la femme malienne. «La manière dont ces femmes s’exhibent sur les réseaux sociaux évoque un mode de vie lié à la débauche», déplore-t-il. Il estime que cela pourrait augmenter le taux de prostitution et de divorce.

Pour éviter ces problèmes, il appelle à une réponse collective. Il recommande de mieux éduquer les jeunes à l’utilisation des réseaux sociaux, notamment TikTok, et de renforcer les régulations. Il cite l’exemple d’un maire en Guinée-Conakry ayant interdit ce type d’événements dans sa commune et interpelle également les leaders religieux à jouer leur rôle dans la préservation des valeurs sociales. Sur ce point, il convient de noter qu’Ibrahim Haïdara, dit DGP a déjà fait les premiers pas en dénonçant publiquement les soirées Dior tout en mettant en lumière leurs effets néfastes sur la jeunesse.

L’alerte est déjà sonnée, il est grand temps de réagir pour sanctionner sévèrement ce dérapage social au risque d’encourager sournoisement la débauche déguisée. Parents, religieux et autorités sont interpellés pour arrêter cette dérive.

Et pourtant, il n’y pas longtemps, le procureur anti-cybercriminalité, Dr Adama Coulibaly, avait, dans un communiqué, mis en garde toute pratique sur la toile qui heurte nos mœurs. Ainsi, les coupables pourraient se trouver derrière les barreaux pour répondre de leur acte.

DEMBÉLÉ Siguéta Salimata

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