«An torola» (on en a marre), «trop c’est trop», «il faut que les choses changent». La vidéo publiée la semaine dernière par les joueuses de la sélection nationale féminine à leur retour du Bénin a fait l’effet d’une bombe et provoqué l’indignation générale. La capitaine Fatoumata Karentao et ses coéquipières venaient de battre le Burkina Faso 1-0 au compte du match aller des éliminatoires des Jeux Olympiques, Paris 2024. La rencontre avait été délocalisée au Bénin et les protégées du sélectionneur national Mohamed Saloum sont retournées au bercail, sourire aux lèvres et s’attendaient à être reçues avec tous les honneurs par les autorités et les instances sportives. Non seulement il n’y a pas eu d’accueil officiel pour l’équipe, mais, plus grave, la Fédération malienne de football (Femafoot) a informé les joueuses qu’aucun regroupement n’est prévu avant la manche retour, prévue ce mardi au stade du 26 Mars.
Choquées, les protégées du technicien Mohamed Saloum ont pris leur courage à deux mains pour dénoncer les mauvais traitements qu’elles subissent depuis plusieurs années. Elles en avaient gros sur le cœur et le mauvais traitement de l’équipe avant et après la rencontre contre le Burkina Faso a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ainsi, dans la vidéo publiée vendredi dernier devant le siège de la Femafoot, on voit une joueuse montrer un billet de 1.000 Fcfa qui aurait été remis à chacune d’elle par l’instance dirigeante du football national comme frais de transport.
Comme il fallait s’y attendre, le ministère en charge de la Jeunesse et des Sports n’a pas tardé à réagir. Quelques heures après la publication de la vidéo, le département de tutelle a publié un communiqué qui déplore les mauvaises conditions de préparation et de participation de la sélection nationale féminine aux éliminatoires des J. O., ajoutant que la campagne Paris 2024 «n’était pas inscrite au programme des activités prioritaires au titre de l’année 2023 proposé par les Fédérations nationales sportives». À qui la faute ? La Femafoot ou le département de tutelle ou les deux ? Il faut dire que l’instance dirigeante du football national a une grande part de responsabilité dans ce qui est arrivé pour la simple raison que c’est elle qui assure la gestion technique des équipes nationales.
Autrement dit, c’est la Femafoot qui aurait dû prendre toutes les dispositions pour permettre aux Aigles Dames de bien préparer la manche retour contre les Burkinabé. Sans faire l’avocat du diable, on peut dire que nos joueuses ne sont pas capricieuses et se contentent très souvent du minimum quand elles sont appelées en équipe nationale.
En tout cas, on a rarement vu la sélection nationale féminine hausser le ton avec les instances sportives, à fortiori, menacer de boycotter une campagne pour protester contre un problème de quelque nature que ce soit. Il est clair que cela ne pouvait durer éternellement, surtout avec l’évolution du football et les sommes d’argent débloquées ces dernières années par la FIFA (environ 250 milliards de Fcfa) pour développer le football féminin.
Les joueuses et leurs clubs le savent, raison pour laquelle ils n’hésitent plus à réclamer et à défendre leurs droits. En d’autre temps, Fatoumata Diarra et ses coéquipières auraient eu peur de parler ou auraient jeté leur dévolu sur le staff technique pour évoquer des problèmes de l’équipe. Mais avec les réseaux sociaux, chaque individu ou groupe d’individus peut communiquer directement avec le reste du monde et exprimer son sentiment. La Femafoot vient de l’apprendre à ses dépens et l’affaire de la sélection nationale féminine est un avertissement pour les autres fédérations nationales sportives. Désormais, ces instances doivent savoir qu’il n’y a pas de sport sans athlètes et que le temps des bâillonnements est terminé.
Soulemane Bobo TOUNKARA
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