Présence des juifs dans le septentrion du Mali : La communauté des Ida Houssak : la treizième tribu d’Israël ?

La structuration de la population, la composition de la nation malienne sont connues. Elles sont même la force de cette vieille nation dont la culture de la tolérance est portée par une intense production scientifique, artistique et littéraire.

Publié vendredi 11 mars 2022 à 07:11
Présence des juifs dans le septentrion du Mali : La communauté des Ida Houssak : la treizième tribu d’Israël ?

Dans cette série, nous traitons de la présence des « Ida Houssak », la composante juive au sein de la grande Confédération des Oulliminden. Les « Ida Houssak » seraient une descendance du Prophète Issac, donc d’origine israélite. Certains ont même conclu qu’ils seraient la treizième tribu d’Israël !

De l’Orient via l’éthiopie ou l’égypte, d’Espagne ou du Portugal, du Sahara, et plus récemment encore à travers le commerce syro-libanais et la colonisation française, d’importants matériaux sont à la disposition des chercheurs. Pour ce qui est précisément de l’arc de cercle qui va de Kidal à Ansongo et Ménaka, nous mettons la lumière sur  la communauté des « Ida Houssak », peuple vivant au sein de la grande confédération des touaregs Oulliminden sans en faire partie véritablement.

La présence des « Ida Houssak » au sein des touaregs a été documentée initialement à travers les écrits de certains officiers français qui ont « pacifié » le cercle de Ménaka après les tragiques évènements de 1916 à Anderamboukane, la mare fatidique. Le capitaine Bretaudeau, un officier des affaires musulmanes de l’armée française, dont le souvenir reste toujours vivace dans la région, a évoqué les « Ida Houssak » en tant que communauté distincte disposant de sa propre langue.

Mais très prudent, le capitaine Bretaudeau a émis une hypothèse de travail. Sans se lancer dans de grands développements, il  pensait qu’il était fort probable que cette communauté soit issue d’un courant migratoire en plusieurs étapes à partir du Sahara. Cette prudence est justifiée comme on le verra dans les publications suivantes.

Edmond Bernus, dans son phénoménal travail sur les touaregs, a pu collecter des versions orales qui feraient des forgerons touaregs des éléments venus d’Israël, à partir du Maroc. (Bernus E. Touaregs, chronique de l’Azawak, Ed. Plume, 1991, p. 11). Les forgerons dont il parle ont la particularité d’être orfèvres.

 Le Père de la Foucauld et Henry Lhote ont fait le même constat que Bernus. Ils ajoutent que les « Dawsak » sont réputés pour leur grande maîtrise de l’élevage. André Chaventré a aussi travaillé sur les « Ida Houssak ». Il a publié les résultats de ses recherches dans « évolution anthropo-biologique d’une population touareg ; les kel Kummer et leurs apparentés ». (Institut National d’études Démographiques, Travaux et Documents, Cahier n°103, Presses Universitaires de France, 1983).

Chaventré commence par reconnaître l’originalité de cette communauté chez les touaregs de l’Azawakh. Il parle d’un « isolat » et  en distingue deux fractions principales : les Anakaten et les Ibaghaniaten. Les Anakaten se retrouvent à Talataye, (Ansongo) et les Ibaghaniaten dans la sous-préfecture de Tchintabaraden au Niger. Sur leurs origines, Chevantré reprend les versions orales les plus confirmées.

Certains pensent que les « Ida Houssak » seraient « les descendants de juifs maghrébins et sahariens chassés vers le sud par l’invasion hilalienne, d’où leur nom de Dawsahak qui serait la déformation de Ida ou Isaac ».

D’autres pensent que les « Ida Houssak » « auraient pour ancêtre Hayta, un des fils du prophète qui serait venu du Tafilalet ». à ces deux versions, s’ajoute une troisième selon laquelle « Ida Houssak » « aurait  une origine commune avec les Djerma, leur ancêtre Baramboti étant le frère du père de ces derniers ».

A l’appui de cette version, le fait que le vocabulaire des « Ida Houssak » est principalement emprunté au Songhoy ; et le fait aussi que les « Ida Houssak » et les Songhoy ont toujours été en bonne entente. Cette version a été soutenue par l’historien nigérien Boubou Hamma.

Chaventré continue : « Les Dawsak sont blancs, beaucoup plus clais en général que tous les autres habitants de la zone sahélienne  imajeghan et imghad compris. Il n’est pas rare de trouver chez eux des sujets blonds ou roux avec des yeux verts ou bleus…Les Dawsak, si l’on se réfère à d’autres critères, sont tout aussi dissemblables des autres « Touareg » avec lesquels on les a confondus et on les confond encore ». 

L’auteur peut alors s’appuyer sur une analyse génétique pour soutenir la particularité des « Ida Houssak », à travers les résultats d’une analyse de sang. « En 1977, nous avons pour la première fois étendu aux Dawsak et aux Iklan, les études hématologiques pratiquées jusqu’ici chez les imajhgen.

Nous avons constaté en étudiant deux marqueurs bien définis : l’hémoglobine et la G6PD, que les Dawsak se différenciaient très nettement des autres groupes avec lesquels ils vivent en complète symbiose », fait-il observer. Chaventré s’est aussi intéressé à la richesse de cette communauté : «  Sur le plan économique, les Dawsak sont les éléments les plus intéressants de la Confédération. Remarquables bergers, ne ménageant jamais leur peine quand il s’agit de bétail, ils ont pu passer la période de la sècheresse qui vient de s’achever avec des pertes relativement moins importantes que les autres catégories sociales.

Depuis, et c’est logique, leur cheptel augmente proportionnellement beaucoup plus que celui des autres groupes, ce qui fait actuellement des Dawsak les hommes les plus riches de tout l’Azawakh avec tout ce que cela implique : considération accrue des autorités administratives, poids beaucoup plus important dans les coopératives, assemblées régionales, instances politiques locales…. ».

Aujourd’hui encore, les « dawsak » constituent une communauté à part quand bien même ils sont sous la coupe de l’Amenokal des Oulliminden. Les Français ont rapidement fait ce constat avant de finir avec l’implantation de l’administration. Elle a ainsi ouvert, pour le profit des enfants « dawsak » et les enfants des autres communautés, l’une des premières écoles nomades à Talatay dans le cercle d’Ansongo dans les années 1950.

Pour conclure, un retour à Edmond Bernus est nécessaire. Dans son ouvrage déjà évoqué, il a insisté sur la qualité et la particularité des artisans touaregs qui travaillent l’or. Ces artisans ont fini par constituer une caste dont la réputation a franchi les frontières.

Aujourd’hui, il s’agit tout juste d’un savoir endogène qui puise sa substance du parcours social de ses porteurs, depuis le sud de l’Espagne, au Sahara, dans la zone du lac Faguibine et enfin entre Talataye et Andéramboukane.

Est-ce-ce le même courant qui se retrouve de nos jours sur une ligne qui va de Niafunké à Koumassi au Ghana ? L’orfèvrerie encore témoigne et permet de documenter les faits.

Outre l’orfèvrerie, les forgerons touaregs sont également connu pour leur savoir dans la métallurgie en général, d’excellents armuriers capables de reproduire les modèles les plus sophistiqués. Pourquoi, n’intégrerait-on pas ce savoir dans la lutte contre l’insécurité ? 


À suivre

Dr Ibrahim MAÏGA
ibrahimmaiga@yahoo.fr

Rédaction Lessor

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