Idrissa Ly, directeur du département des postes de l’AMRTP
Sans langue
de bois, le directeur du département des postes de l’AMRTP fait savoir que le
secteur postal malien ne se porte pas très bien. Selon lui, la Poste a pâti de
certains choix politiques faits dans notre pays à la fin des années 1980, sous
l’injonction des institutions de Bretton Woods qui ont abouti à la séparation
des postes des télécoms qui apportaient suffisamment de ressources au secteur.
Au même moment, les services financiers, partie essentielle permettant à la
Poste de vivre économiquement, ont été retirés de l’activité postale, notamment
les chèques et comptes postaux. Conséquence : ce grand service public
déployé sur l’ensemble du territoire avec une administration lourde, n’avait
pas suffisamment de ressources pour se maintenir en état afin d’innover et de
créer de nouveaux produits.
Aussi, le
secteur postal a été ouvert à la concurrence. Les opérateurs privés se sont
positionnés essentiellement dans les activités rentables comme le courrier
express et les colis. «Cet environnement n’a pas favorisé le service des postes
qui a connu des problèmes internes et qui doit aussi se reformer pour être dans
la posture d’accompagner le processus du changement, en même temps l’ère du
numérique a sonné», explique Idrissa Ly, ajoutant que la Poste doit
nécessairement se moderniser, en investissant dans les infrastructures, la
logistique et les ressources humaines.
Selon
Idrissa Ly, le postier d’hier qui s’occupait des courriers, n’est pas forcément
celui qui est dans la digitalisation. Puisque c’est la concurrence avec
d’autres acteurs. Le postier, de son point de vue, doit avoir des compétences
en matière de marketing et pouvoir rendre l’activité postale plus
lucrative. Il ajoute que les acteurs privés ont des difficultés aussi, compte
tenu du poids important de l’informel dans le secteur. «Beaucoup sont dans
l’informel sans le savoir et d’autres le savent mais, profitent de certaines
positions pour rafler la partie importante qui rapporte de l’argent dans
l’activité postale», souligne notre interlocuteur, précisant qu’à ce jour, seuls 11 opérateurs privés sont enregistrés
auprès du régulateur. Le reste évolue dans l’informel.
INNOVATIONS- Pour Idrissa Ly, l’incomplétude
des textes réglementaires pénalise la régulation qui est aujourd’hui un
impératif. En effet, selon la loi, les acteurs du marché postal doivent passer
par la contractualisation. Les acteurs postaux de notre pays ont l’obligation
de signer des licences. Il y a deux types de licences. La licence globale pour
tous les opérateurs qui veulent travailler sur le marché national et
international et la licence simple réservée seulement aux opérateurs qui sont
sur le marché malien. «Nous veillons à ce que les gens signent ces cahiers de
charge et de les respecter», explique le directeur.
Idrissa Ly
pense tout de même que les postes sont dans la numérisation aujourd’hui comme
les courriers hybrides qui sont faits sur la base du numérique. La Poste se
positionne sur le service administratif postal. En tant qu’opérateur
véritablement reconnu par l’État et agissant à ce titre, la Poste, selon notre interlocuteur, peut
servir de centre de commande d’actes administratifs ou tout autre document qui
peut aider les citoyens à gagner du temps et à économiser sur ses ressources.
À ces
innovations, s’ajoute le commerce électronique. À partir des plateformes qui
sont en train d’être mises en place, le service peut aider à ce que les
citoyens fassent des commandes à l’extérieur. Le processus d’acheminement et de
distribution jusqu’à domicile est assuré par la Poste. Mieux, la Poste est en
train de se renforcer dans les services financiers postaux. À travers les
cartes, les postiers sont dotés de codes USSD pour offrir des services à valeur
ajoutée.
Pour Idrissa Ly, il y a besoin d’avoir un document de politique nationale, où on définit une vision claire, et qui arrête des axes prioritaires, les stratégies et les moyens qu’il faut. Ce document est indispensable pour le développement du secteur.
Babba COULIBALY
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