#Mali : Lutte contre le diabète : Le difficile accès aux soins

La prise en charge de cette pathologie chronique est financièrement compliquée pour les patients. Certains, après avoir dépensé tout leur argent dans le traitement, finissent par cumuler les impayés d’hospitalisation

Publié jeudi 14 novembre 2024 à 07:49
#Mali : Lutte contre le diabète : Le difficile accès aux soins

Environ 687.541 personnes sont diabétiques au Mali

À l’instar de la communauté internationale, notre pays célèbre la Journée mondiale du diabète sous le thème : «Le devoir du bien-être». Cette journée que consacre le 14 novembre est fêtée en hommage à la découverte de l’insuline en 1921 par un chirurgien canadien, Frederick Banting, et son compatriote Charles Best.

La Journée intervient dans un contexte de mobilisation difficile, mais des efforts de sensibilisation doivent être portés sur les enjeux de la maladie surtout au niveau des communautés rurales. Selon les chiffres fournis en 2021 par la Fédération internationale du diabète, la prévalence du diabète au Mali est de 2,1%. Jusque-là, aucune étude sérieuse ne donne de statistiques plus fiables. Mais une chose est sûre le diabète touche nombre de nos compatriotes. Beaucoup de malades peinent à supporter le coût de la prise en charge.

Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour au Centre de lutte contre le diabète pour comprendre. Dans une salle d’hospitalisation pour femmes, Alima Koné occupe un lit depuis deux mois. La native de Sitakili (Cercle de Kéniéba) explique avoir découvert son diabète après une entaille qui ne cicatrisait pas. Elle se souvient encore de l’épisode douloureux de son premier jour dans la capitale où elle a erré toute une nuit, avant de se retrouver au centre le lendemain.

La patiente déclare avoir dépensé tout son argent dans les soins et éprouve aujourd’hui des difficultés à faire face quotidiennement à 4.000 Fcfa d’hospitalisation et 1.000 Fcfa pour le pansement, sans compter les ordonnances. Ce n’est pas Boubacar Dembélé qui dira le contraire. Lui qui a vendu deux bœufs de trait pour se soigner. Venu de son Tièbala natal (un village situé à 35 km de Macina), il partage une salle d’hospitalisation avec cinq autres patients diabétiques. Il reçoit des soins au Centre depuis cinq mois.

 

DÉFI DE LA CONSERVATION- Mariba Traoré, autre patient diabétique, est allongé à plat ventre sur son lit. C’est sa posture de prédilection depuis quatre mois d’hospitalisation. Le résident de Sébékoro 1, un village de Kolokani, cumule également des arriérés de paiement des frais d’hospitalisation pour un montant de 300.000 Fcfa. Hamidou Soumeylou Maïga, ancien militaire de Douentza, se déplace avec des béquilles. Il était venu pour le pansement de son pied diabétique au centre où il est suivi depuis sept mois. Il sent aujourd’hui une nette amélioration.

 Le médecin directeur du Centre de lutte contre le diabète indique qu’au regard de la durée du traitement, les patients venus de l’intérieur du pays finissent par manquer de ressources financières. Ce qui justifie, selon Dr Boukenem Lehbib, que des patients cumulent les impayés. Il reconnaît que l’Association malienne de lutte contre le diabète  (AMLD) aide les plus nécessiteux. Et de dire que cette association a aussi accompagné la formation de médecins référents dans des régions. «Quand le cas de diabète est compliqué, ils sont obligés de référer le patient à Bamako pour d’amples d'analyses. Il regrette l’absence de ce type de Centre dans les régions,  l’insuffisance de spécialistes du diabète et l’accès difficile aux soins.

 Si on arrive à subventionner l’insuline, ça va alléger le coût de la prise en charge du diabète», estime le toubib. Il n’a pas manqué de faire un plaidoyer pro domo pour un soutien des autorités dans le paiement des salaires de son personnel. Le responsable des maladies chroniques à la direction générale de la santé et de l’hygiène publique (DGSHP) souligne qu’avant la décentralisation des soins de santé, la prise en charge du diabète était assurée par les médecins internistes (qui étaient quasiment tous à l’hôpital du Point G.).

 Pour lui, la prise en charge du diabète de type 1, qui représente 10% de l’ensemble des diabètes, renvoie à un défi majeur, celui d’avoir la capacité de conservation de l’insuline au niveau des Centres de santé communautaires (Cscom). Dr Abdoulaye Koné reconnaît aussi que le ministère en charge de la Santé, en collaboration avec l’ONG Santé Diabète, travaille à la sensibilisation à travers les médias.

Selon lui, environ 687.541 personnes sont diabétiques au Mali soit environ 3,07 % de la population malienne. De janvier à octobre 2024, les Centres de santé communautaire (Cscom) et les Centre de santé de référence (Csref) du pays ont enregistré 47 décès liés au diabète.

Le diabète n’est pas une fatalité. Il requiert surtout une bonne prise en charge et une hygiène de vie.


Mohamed DIAWARA

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