#Mali : 1er sommet des chefs d’État de l’#AES : Les grandes décisions à la loupe de l’analyste Boubakar Bocoum 

Dans cet entretien qu’il nous a accordé, l’analyste politique et en économie de guerre au Centre d’études stratégiques «Séné» donne son point de vue sur les grandes décisions du 1er sommet des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES), tenu le samedi dernier à Niamey, au Niger. Parmi ces décisions, figurent, entre autres, l’adoption du traité instituant la Confédération de l’AES, la création d’une banque d’investissement et d’un fonds de stabilisation du Sahel.

Publié mardi 09 juillet 2024 à 08:29
#Mali : 1er sommet des chefs d’État de l’#AES : Les grandes décisions à la loupe de l’analyste Boubakar Bocoum 

Boubakar Bocoum revient également sur la mise en place de la Commission de rédaction de l’avant-projet de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale


D’abord, l’analyste au Centre d’études stratégiques Séné, Boubakar Bocoum a fait savoir que l’acte de création de la Confédération entérine, définitivement, la volonté des chefs d’État des trois pays de l’AES de confirmer leur sortie définitive de la Cedeao. Cela voudrait dire que cette entité de l’AES va se substituer à l’organisation sous-régionale. Pour lui, l’objet est de dire que l’Alliance est un regroupement qui répond aux valeurs ayant fondé la Cedeao. Cela est d’autant plus vrai que l’organisation sous-régionale s’est écartée des valeurs fondamentales de solidarité, de fraternité et de développement communautaire, a souligné notre interlocuteur. «L’AES a décidé, aujourd’hui, d’être une alliance du peuple de l’espace du Sahel et du peuple de l’espace africain de façon générale», dit-il.


Selon l’analyste, l’Alliance est un échantillonnage, un modèle qui va expérimenter une nouvelle fois la tentative de fédérer les États africains. Il note que l’embryon de l’AES qui est le Mali, le Niger et le Burkina Faso, va essayer de mettre en place des plateformes politique, économique et militaire dynamiques. Ce qui va amener la coentreprise sécuritaire qui est déjà en marche avec la coopération de la Fédération de Russie, souligne Boubakar Bocoum. Quoi de plus vrai, quand on sait que les trois Armées de l’Alliance mutualisent, déjà, leurs forces pour essayer de contrecarrer les mouvements de l’extrémisme violent.


Sur le plan de développement économique, social et culturel, propose notre interlocuteur, il faudrait aussi mutualiser les ressources naturelles, notamment celles humaines, minérales et minières qui vont être le levier fondamental pour la relance de l’économie. Cela est d’autant plus normal que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sont sortis du jeu et la rupture est déjà consommée avec ceux-ci, rappelle-t-il.
Et de demander à aller à un équilibre de la redistribution de la richesse pour permettre de stabiliser nos différents pays. «Parce qu’il faut aussi une bonne redistribution de la richesse et une bonne justice pour que tout cet ensemble tienne de façon cohérente», prévient Boubakar Bocoum.


En ce qui concerne la tenue prochaine de l’assemblée parlementaire de la Confédération de l’AES à Ouagadougou, notre interlocuteur précise que cela dénote de la volonté d’harmoniser les textes. D’après lui, les trois pays doivent réviser leurs textes de loi pour qu’ils soient conformes à la nouvelle donne politique. «Pour une meilleure gouvernance, il va falloir également voter un certain nombre de textes de loi», ajoute Bocoum. Selon lui, cette assemblée se réunira de façon périodique pour pouvoir plancher sur les questions juridiques et législatives qui concernent l’ensemble des états de l’Alliance.



MOBILISER DES RESSOURCES INTERNES- Notre interlocuteur signale par ailleurs que la banque d’investissement sera celle de solidarité qui va créer les équilibres entre les trois États «sachant que leurs économies sont disparates». Pour lui, il va falloir harmoniser un certain nombre de points de vue et essayer d’accompagner chaque État en fonction de ses besoins identifiés. Donc, la banque d’investissement va être celle qui sera le levier pour lever les fonds nécessaires pour booster les différents secteurs, notamment l’agriculture, l’élevage, la pêche et aller vers l’industrialisation.
D’après Boubakar Bocoum, cela veut dire que le financement global de notre économie ne va plus dépendre du FMI  et de la Banque mondiale. Il invite à aller à la mobilisation interne des ressources.


 Notre interlocuteur faisaint ainsi allusion aux ressources naturelles, notamment celles humaines qui sont disponibles, non seulement, à l’intérieur mais aussi au niveau de différentes diasporas. S’y ajoutent des ressources minières et minérales. «Je pense qu’aujourd’hui, mobiliser ces ressources minières (or, lithium et uranium) va permettre d’engranger des fonds nécessaires pour relancer l’économie, de façon générale, pour permettre le plein emploi jeunes et femmes», estime le spécialiste.
Cette chaine de solidarité permettra d’amoindrir la pauvreté et faire en sorte que les ressources soient distribuées de façon juste et équitable.


 «Cela, pour que chacun puisse avoir accès aux ressources qui nous appartiennent. Toute chose qui permettra d’avoir une certaine stabilité et indépendance économique,  explique-t-il. «Je pense que la souveraineté économique, monétaire et financière va dépendre de quelle monnaie cette banque va utiliser. Il va falloir que la Confédération de l’AES décide, très rapidement, de créer sa propre monnaie pour sortir de l’emprise des institutions de Bretton Woods», conseille Boubakar Bocoum.
D’après lui, pour créer cette monnaie, les ressources minières existent en termes d’adossement. Il estime que cette monnaie peut s’arrimer au rouble (unité monétaire russe) ou au yuan (unité monétairechinoise), ajoutant que l’Alliance peut intégrer les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) pour créer une dynamique économique permettant d’avoir accès, non seulement, au marché international mais aussi aux produits manufacturés des pays avec lesquels nous souhaitons collaborer.


Pour lui, cette banque doit être, aujourd’hui, celle à grande capacité de mobilisation des ressources en interne et d’avoir des projets structurants pour permettre de créer les infrastructures de base.
Cela, indique-t-il , en vue d’interconnecter les trois pays et ensuite donner une dynamique interne à chaque pays, «donc un développement à la base qui va créer une dynamique et une synergie permettant de faire l’espace de l’AES celui émergent où il fait bon vivre».



PAIX ET RÉCONCILIATION- Sur un autre registre, parlant de la mise en place de la Commission de rédaction de l’avant-projet de la Charte, Boubakar Bocoum rappelle que toute œuvre humaine est perfectible. Depuis un certain temps, le Mali connait une crise globale, sociale et sécuritaire qui ne dit pas son nom.
À ce niveau, poursuit notre interlocuteur, il y a eu plusieurs tentatives d’instaurer un certain nombre de dialogues.
Appréciant l’initiative de mettre en place une charte pour permettre aux Maliens d’être dans une intelligence de cohésion sociale, l’analyste demande, cependant, de faire attention à ne pas mettre en selle certains anciens acteurs au nom du dialogue, de la réconciliation nationale et de cette charte. «Parce qu’il faut qu’on ait en mémoire que certaines étapes sont déjà derrière nous.


Ce n’est pas quand on gagne la guerre qu’on revient sur la table de négociation», prévient Boubakar Bocoum, insistant que l’histoire a toujours montré cela. Pour lui, c’est lorsqu’on est en position de faiblesse qu’on vient négocier. «C’est vrai qu’aujourd’hui, il faut enclencher un dialogue, parler à tout le monde.
Cependant, nous devons avoir en mémoire que l’état dans cette posture est en position de force», mortele-t-il, ajoutant que l’État ne doit pas encore donner une opportunité pour revenir sur des questions qui sont déjà derrière nous.


Boubakar Bocoum signale que dans la quintessence de notre culture, tout repose sur le dialogue. Depuis la famille et dans toutes les cellules de nos communautés, on n’arrête pas de se parler, de dialoguer, de se réconcilier et de se mettre d’accord sur l’essentiel, dit-il.
 Avant d’ajouter que c’est fondamental dans notre culture chaque fois que c’est possible que l’on se parle. Toutefois, le spécialiste demande de ne pas penser que ce dialogue est de trop.  «Parce que vous remarquerez que dans notre élément culturel, quand vous quittez votre famille et que vous avez dit bonjour, à vote retour, encore, vous saluez. Donc, on ne se lasse pas de saluer car on maintient le lien, le contact», explique Boubakar Bocoum.


Selon lui, quelles que soient les difficultés qui se posent, on a toujours un fil conducteur qui est le dialogue. «Donc, le dialogue est nécessaire même si on le répète plusieurs fois. Il est toujours nécessaire  de se parler, de se comprendre parce que chaque étape évolutive amène une certaine contradiction», fait savoir notre interlocuteur. De ce fait, ajoute-t-il, il va falloir, à chaque moment, se parler pour comprendre quels sont les goulots d’étranglement et lever les différentes contraintes. «Je pense que se parler est encore une bonne chose, mais il ne faut pas se tromper de l’orientation stratégique qu’il faut donner à ce dialogue»,  exhorte l’analyste Boubakar Bocoum.

Bembablin DOUMBIA

Lire aussi : Lutte contre le terrorisme : Les FAMa intensifient leurs opérations sur les théâtres Est et Centre

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, poursuivent leurs opérations permanentes de surveillance, de contrôle et de sécurisation du territoire national dans le cadre de l'opération Dougoukoloko..

Lire aussi : Fonction publique d'État : 1.122 emplois mis en compétition

Les concours directs de recrutement dans la Fonction publique d'Etat au titre de l'année budgétaire 2026 sont ouverts. Le ministère l'a annoncé à travers un communiqué rendu public sur ses plateformes digitales..

Lire aussi : À l'heure du Mali : Kidal ne sera jamais Canossa

L'histoire médiévale nous enseigne qu'en 1077, un empereur germanique, se sentant excommunié par le pape, s'en est allé s'agenouiller devant ce dernier à Canossa, petite ville italienne, s'avouant vaincu et demandant pardon pour que son pouvoir soit sauf. Cela après trois jours d'attente, pied.

Lire aussi : Talhandak, Kidal et Tessalit : Des positions terroristes ciblées et traitées avec précision

Engagées dans l’opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, ont mené ce mercredi 7 octobre 2026 de nouvelles frappes aéroterrestres décisives dans le théâtre Est, ciblant avec succès plusieurs positions stratégiques de groupes armés terro.

Lire aussi : Renforcement de la présence des FAMa à Kidal : Le Gouvernement salue une étape clé pour la souveraineté nationale

Le Gouvernement de la Transition porte à la connaissance de l'opinion que les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires russes, poursuivent le renforcement et la consolidation de leur présence dans la Région de Kidal, dans le cadre de l'opération Dougoukoloko. Ainsi, le 6 .

Lire aussi : Sécurisation du territoire : Les FAMa frappent les groupes terroristes au Centre et à l’Est

Dans le prolongement de son précédent communiqué, l’état-major général des Armées annonce que les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires russes, poursuivent l’opération baptisée Dougoukoloko, lancée ce mardi 6 octobre 2026 dans le théâtre Est..

Les articles de l'auteur

Colloque international de la Cour constitutionnelle : Les défis du juge constitutionnel désormais appréhendés

Les rideaux sont tombés, ce jeudi 22 octobre 2026 au Centre international de conférences de Bamako, sur les travaux du colloque international de la Cour constitutionnelle..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié jeudi 22 octobre 2026 à 19:35

Modification de la loi de finances 2026 : Le CNT donne son quitus

Les membres du Conseil national de Transition (CNT) ont approuvé, ce jeudi 22 octobre 2026 au Centre international de conférences de Bamako, le projet de loi relatif à la modification de la loi de finances pour l’exercice 2026. Les travaux de la plénière étaient présidés par le président de l’Organe législatif, le Général de corps d’armée Malick Diaw..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié jeudi 22 octobre 2026 à 16:37

Refondation de l’Etat : Des experts africains décortiquent le rôle du juge constitutionnel

Les travaux du colloque international de la Cour constitutionnelle se sont poursuivis ce mercredi 21 octobre 2026 dans un hôtel de la place..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mercredi 21 octobre 2026 à 20:39

Refondation de l’Etat : La place et le rôle du juge constitutionnel en débat

La Cour constitutionnelle organise, depuis ce mardi 20 octobre 2026 dans un hôtel de Bamako, un colloque international sur le thème : « Place et rôle du juge constitutionnel dans la refondation de l’Etat »..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 20 octobre 2026 à 16:33

Processus de préparation du budget : Le CNT préconise une implication accrue de la société civile

Les travaux de l’atelier d’immersion sur la loi organique relative aux lois de finances du Conseil national de Transition (CNT) se sont achevés, vendredi dernier au Centre international de conférences de Bamako. La clôture des travaux a été présidée par le président de la Commission des finances de l’organe législatif, Mamadou Touré, en présence du directeur général du budget, Ahmadou Tijani Haïdara..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 20 octobre 2026 à 11:07

Bamassa Sissoko : Un homme du sérail à la tête de la cour suprême

Lors du Conseil des ministres, tenu le vendredi 16 octobre 2026, Bamassa Sissoko a été confirmée président de la Cour suprême après avoir été intérimaire pendant presque dix mois. Né de Diabou Soucko et de Tiémoko Sissoko, Bamassa Sissoko a eu le BAC en 1989..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié mardi 20 octobre 2026 à 10:53

Kung-fu : le Club Dragon Rouge respecte la tradition

Le Club Dragon a organisé, ce samedi 17 et dimanche 18 octobre 2026, les passages de grades à l'endroit de ses disciples. Cette graduation a concerné les éléves de la 1ère à la 8è barrette. Au total, 175 candidats ont participé à cette compétition. Sur ces 175, selon les organisateurs, 166 ont reçu leurs examens et 9 ont échoué. 《 Toute chose qui constitue un résultat très satisfaisant》, a déclaré le secrétaire général du Club Dragon Rouge, Maître Adama Doumbia, ceinture noire 3è Duan..

Par Bembablin DOUMBIA


Publié dimanche 18 octobre 2026 à 21:56

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner