Effondrements des immeubles : En cause, le non-respect des normes

Avant toute construction, un laboratoire agréé doit édicter les normes à respecter. Et l’État doit veiller au respect de ces normes. Cette procédure permet de ne pas mettre en danger la vie des occupants des bâtiments

Publié mercredi 09 août 2023 à 06:06
Effondrements des immeubles : En cause, le non-respect des normes

 Les décombres d’un immeuble de plusieurs étages qui s’est effondré le vendredi 30 juin dernier à Hamdallaye ACI 2000

 

Les effondrements d’immeubles sont devenus presque monnaie courante dans notre pays. Sur les causes réelles, chacun y va de son commentaire. Est-ce un problème de qualification des ingénieurs, de qualité des matériaux de construction ou autres ? Autant de questions auxquelles le Pr Seydou Kanté apporte des réponses.


Ce professionnel des bâtiments et travaux publics (BTP) en service à l’École nationale d’ingénieurs (ENI-ABT) depuis 1993, est chargé de cours sur les structures, c’est-à-dire le calcul de résistance, de stabilité et de rigidité des ouvrages et bâtiments. Une spécialité qui lui a valu, dans ce temple du savoir technique, le pseudonyme de «Monsieur BTP».

L’expert estime que le paysage du secteur des BTP de notre pays est réellement très complexe. Le problème, déplore-t-il, est que n’importe qui se fait passer pour un spécialiste, surtout dans le domaine du bâtiment. «Notre génie civil est régi par des normes, mais très souvent c’est le client qui dicte aux spécialistes ce qu’ils doivent faire», déplore l’expert en calcul de résistance des ouvrages et bâtiments.

Les effondrements d’immeubles, selon le Pr Kanté, sont dus au non-respect des normes et des règles de bonnes pratiques. «Le laxisme au niveau de l’exécution des travaux est à l’origine des effondrements d’immeubles que nous vivons. Avant de construire, on doit faire des études du sol pour savoir si l’espace en question peut supporter l’immeuble ou le bâtiment qui sera érigé et sur quelle profondeur il faut réaliser les fondations», énonce notre interlocuteur, ajoutant que très souvent les matériaux de construction sont mal choisis.


Normalement, conseille-t-il, le fer utilisé pour la construction, doit faire l’objet de réception technique pour voir ses caractéristiques mécaniques (diamètre, nuance, etc.). Selon «Monsieur BTP», personne ne doit construire sans faire recours au service du laboratoire agréé installé dans les locaux de l’ENI-ABT ou s’adresser au Centre national de recherche et d’expérimentation en bâtiments et travaux publics (Cnrex-BTP) et aux spécialistes (architectes, ingénieurs, techniciens).

Sur le marché, les diamètres des aciers ne sont pas respectés, relève l’universitaire. Et d’expliquer que la longueur de tous les aciers doit être de 12 mètres et le diamètre indiqué doit être respecté. «On a de sérieux problèmes avec le fer qui n’est pas fabriqué selon les normes. Cette difficulté concerne aussi le ciment et les agrégats dont plusieurs facteurs ne sont pas respectés. Nous avons conseillé au gouvernement d’interdire l’utilisation des aciers non contrôlés. Il faut souligner le fait que les fabricants de matériaux de construction sont plus des commerciaux qui se soucient de leurs gains », explique-t-il.

 

CHOIX INADÉQUAT DES MATÉRIAUX- De l’analyse du spécialiste des BTP, le consommateur aussi incite les fabricants à produire à des prix bas. D’où la mauvaise qualité du fer qui entraine à son tour des dysfonctionnements des structures, voire les effondrements. Un autre problème des constructions, énumère-t-il, c’est la qualité du béton.






«Pour faire le béton, il faut une formule pour savoir le dosage en ciment, le rapport gravier-sable, la granulométrie, la consistance, la quantité d’eau et de brouettes de sable et de gravier qu’il faut pour un sac de ciment», conseille le spécialiste, qui explique que cette bonne formule doit être fournie par un laboratoire agréé. « Mais les entreprises ne le font pas tant que le contrôle ne l’exige pas et la quasi-totalité des entreprises du bâtiment font le mélange sans formules », déplore le spécialiste.

Seydou Kanté dénonce aussi le fait que les règles de l’art ne sont pas respectées de façon générale, même pour la construction des routes. Le choix des matériaux est souvent inadéquat, soutient l’expert, ajoutant que l’État doit surveiller activement les investissements publics et privés qui violent les lois. À cet égard, le Pr Kanté estime qu’il urge de mettre les agents chargés du contrôle dans les conditions pour un meilleur rendement.


«L’État n’autorise pas les constructions qui ne respectent pas les règles de l’art. Toutefois, la lourdeur administrative fait qu’on assiste à la violation de ces règles. Par exemple pour obtenir une autorisation de construire, le demandeur va devoir patienter 2 à 3 mois. Pressé par les impératifs, il n’attend pas et se met à construire. Sur une centaine de bâtiments en construction, seuls environ 60% détiennent une autorisation. Tous les autres évoluent dans l’informel, donc ne disposent pas de document autorisant les travaux», précise le spécialiste. Pourtant, les textes de loi en la matière obligent tout demandeur à disposer d’un permis de construire avant d’entamer les travaux.

«Quand la direction de l’urbanisme interpelle les auteurs des constructions sans permis, ces derniers se présentent rarement pour répondre à la convocation. Si l’intéressé ne se présente pas à la convocation et que la direction entame les procédures judiciaires à son encontre, la lenteur du circuit fera que l’immeuble aura tout le temps de s’effondrer avant la fin du processus. Ce qui fait qu’il est difficile d’organiser ce secteur pour le réglementer et le faire sortir de l’informel», admet le spécialiste. C’est ainsi que beaucoup de travaux sont exécutés par les intervenants qui ne respectent pas les procédures et échappent au contrôle.

Pour préserver un bâtiment d’un éventuel effondrement et, ou de vices de construction, le technicien préconise la collaboration entre les intervenants dans la construction à savoir le maître d’ouvrage (bénéficiaire des travaux), le maître d’œuvre (l’exécutant des travaux), le bureau de suivi et celui du contrôle.


Dans tous les cas de figure, il n’est pas rare de constater un dysfonctionnement du bâtiment si l’un de ces acteurs manque ou ne joue pas son rôle. Au-delà de cette collaboration, l’État doit veiller au respect des normes de construction en vue de garantir et de préserver la vie des occupants des immeubles à usage d’habitation ou commercial et utilitaire. L’une des missions régaliennes de l’État est d’assurer la sécurité collective de tous les citoyens sur leurs lieux d’habitation, de travail ou en mouvement.

Babba COULIBALY

Lire aussi : Région de Tombouctou : Les FAMa démantèlent d'importants sanctuaires logistiques appartenant aux terroristes

Dans le cadre de la sécurisation du territoire, les Forces armées maliennes (FAMa) mènent actuellement des opérations de contrôle de zone de grande envergure dans le secteur ouest de la localité de Léré, Région de Tombouctou..

Lire aussi : Œuvres sociales du Président de la Transition : Des kits alimentaires remis à des familles vulnérables

Ce geste du Général d’armée Assimi Goïta s’inscrit dans le cadre du Ramadan 2026 qui va bientôt débuter.

Lire aussi : Mutilations génitales féminines : Halte à la pratique !

A l’instar de la communauté internationale, notre pays a célébré la Journée internationale du 6 février «Tolérance zéro» aux mutilations génitales féminines (MGF)/excision sous le thème : «Rôles et responsabilités des autorités et légitimités traditionnelles du Mali face aux enj.

Lire aussi : Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali : Moussa Coulibaly rempile

Le secrétaire général (sortant) de la Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali (FENAME), Moussa Coulibaly , a été reconduit à son poste pour un mandat de cinq ans. Il dirige un bureau de 36 membres, en plus des 7 membres de la Commission de vérification..

Lire aussi : Affaires Paramount-Embraer : Le dossier renvoyé pour l’audition d’autres témoins

Le verdict tant attendu dans le procès dit «Paramount-Embraer» n’a finalement pas été rendu, le vendredi dernier, comme annoncé. Lors de cette séance, la Chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière du Pôle national économique et financier a décidé de rabattre.

Lire aussi : Recrutement de 200 surveillants pénitentiaires : le ministre Mamoudou Kassogué lance la première phase

Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, a procédé, samedi dernier sur la colline de Badalabougou, au lancement de la première phase du concours de recrutement de 200 agents du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éduc.

Les articles de l'auteur

Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali : Moussa Coulibaly rempile

Le secrétaire général (sortant) de la Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali (FENAME), Moussa Coulibaly , a été reconduit à son poste pour un mandat de cinq ans. Il dirige un bureau de 36 membres, en plus des 7 membres de la Commission de vérification..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 09 février 2026 à 09:02

Foires de fin d’année : Madiou Simpara satisfait de l’organisation

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), Madiou Simpara a visité, jeudi dernier, les foires d’exposition de fin d’année. Premier site visité: l’esplanade du Stade du 26 Mars où se déroule la Foire de fin d’année (FIAMA), une initiative de l’Union des associations des commerçants détaillants du Mali..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 05 janvier 2026 à 08:51

Opération Nuit sans accident : L’Anaser respecte la tradition

Chaque année, à la veille de la fête du réveillon, l’Agence nationale de la sécurité routière et ses partenaires (gendarmerie nationale et la Protection civile) vont sur le terrain pour informer et sensibiliser les usagers de la route..

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 05 janvier 2026 à 08:50

Orange Mali : Leyti N'Diaye prend les commandes

Pour le nouveau directeur général, la priorité reste la satisfaction des clients, leur offrir des réseaux toujours plus performants et accessibles partout sur le territoire national.

Par Babba COULIBALY


Publié mercredi 24 décembre 2025 à 08:49

AES : La Banque confédérale inaugurée par les Chefs d'Etat de l'Organisation

En marge de la 2è session du Collège des Chefs d’État de la Confédération des Etats du Sahel, le Général d’armée Assimi Goïta et ses pairs du Niger, le Général d’armée Abdourahmane Tiani et du Burkina Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré ont inauguré ce mardi 23 décembre 2025, la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES)..

Par Babba COULIBALY


Publié mardi 23 décembre 2025 à 11:19

Nouveau siège d’Orange Mali : Les travaux lancés

Avec un investissement de 30 milliards de Fcfa, ce nouveau siège d’une capacité d’accueil de 911 salariés, sera construit sur une surface de 15.590 m2. Il comprendra trois tours dont une de 13 étages de 52,29 m de hauteur. La durée des travaux est fixée à 24 mois.

Par Babba COULIBALY


Publié mardi 23 décembre 2025 à 08:28

BCID-AES : Une réponse pragmatique et stratégique aux défis économiques de la Confédération

Outil essentiel de promotion et de financement des projets structurants dans les secteurs stratégiques, la BCID-AES démarrera avec un capital initial de 500 milliards de Fcfa.

Par Babba COULIBALY


Publié lundi 22 décembre 2025 à 09:09

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner