Dans la dynamique d’accélération du traitement des dossiers comme voulue par la réforme judiciaire ayant abouti à la création de la chambre criminelle, c’est un certain Mamadou Traoré qui a été appelé à la barre. Ce jeune homme devait répondre au chef d’accusation d’« enlèvement et séquestration de personne ». Selon les faits, tels que rapportés par le tribunal, l’inculpé a, dans un premier temps, sauvé la victime des mains de deux agresseurs alors qu’elle se rendait au marché, puis le « sauveur » s’est mué en bourreau pour elle. Ainsi donc, du statut de « sauveur d’une victime » d’agression, l’homme s’est retrouvé sous la robe d’un véritable bourreau pour cette dernière.
Et pour cause, le mis en cause aurait enfermé la fillette de 15 ans (donc mineure au moment des faits) dans la chambre d'une maison en chantier. Là il aurait privé sa victime d’eau et de nourriture 4 jours durant. Pendant cette période de détention il aurait, sans ménagement, entretenu des relations sexuelles avec la mineure. Il a fallu l’intervention d’un voisin qui avait entendu les cris de détresse de la pauvre. Ce secouriste improvisé est intervenu pour défoncer la porte de la chambre afin qu’elle s’échappe des griffes de son bourreau.
À la barre, l’inculpé a réfuté ces accusations. Il s'est défendu d'avoir au contraire assisté une personne en situation de détresse. "Quand je l'ai sauvée des mains de ses agresseurs, je l’ai amenée chez moi et je suis allé acheter à manger pour elle, car elle se plaignait d’avoir faim. À mon retour chez moi, j'ai trouvé que la porte de ma chambre a été défoncée. Et c'est par la suite que j’ai été trainé devant les juges. Je n'avais aucune intention de lui faire du mal.
En la mettant sous abri dans ma chambre, je voulais juste qu’elle soit en sécurité, à l’abri de ses agresseurs qui pouvaient revenir à tout moment. Surtout qu'il ne faisait pas encore suffisamment jour puisqu'il était environ 5h /6h du matin", s'est-il défendu.
Le ministère public a estimé que l’accusé s'est arrogé le pouvoir de priver la victime de sa liberté de mouvement tout en étant conscient de son acte. C’est pourquoi, il a requis de le maintenir dans les liens de l’accusation. Le défenseur des citoyens a sollicité la chambre criminelle d’infliger une peine de 6 ans à l’inculpé.
De son côté, l’avocat commis d’office a plaidé l’acquittement de son client. La défense a qualifié celui-ci plutôt de "bon samaritain " qui se retrouve être accusé d’avoir commis un crime. Me Sidiki Diarra pense que son client a pris le risque de se faire agresser par les deux jeunes hommes des mains desquels il a sauvé la fillette. L’avocat estime que le courage de son client mérite d’être salué d’autant plus que ce jour là, il a empêché la commission d'une infraction criminelle par deux agresseurs. Et d’ajouter dans la foulée, que l’acte posé par le mis en cause doit militer en sa faveur.
Au-delà de tout ce qui précède, l’avocat a exprimé son incompréhension. D’abord face à l’absence de la partie civile à la barre, mais aussi et surtout celle du témoin oculaire qui aurait défoncé la porte de la chambre pour faire sortir la pauvre fillette. Toujours dans sa logique de faire sortir son client coûte que coûte des mains des jurés, l’avocat a soutenu mordicus que les affirmations de celui-ci ne doivent pas être rejetées face aux seules déclarations de la victime. Au terme de plusieurs heures de débats, les jurés se sont retirés pour délibérer. L’accusé Mamadou Traoré a ainsi écopé de six ans d’emprisonnement. Une peine, face à laquelle il peut faire appel comme la chambre criminelle le lui a notifié.
Alassane CISSOUMA
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