Il était 22h55 (21h55 GMT), au Complexe sportif Mohammed V de Casablanca quand le gardien des Aigles, Djigui Diarra repoussait les 4è et 5è tirs au but tunisiens (les tirs de Mohamed Ali Ben Romdhane et Mohamed Elyes Achouri). Jusque-là, les équipes étaient à égalité (2-2) et il restait un tir au Mali. La responsabilité est revenue à El Bilal Touré de le tirer pour offrir la qualification en quart de finale à tout un pays. L’attaquant des Aigles avance avec confiance, saisit le cuir et le dépose au point de penalty. Il prend un court élan avant d’envoyer le ballon au fond des filets.
Le stade explose de joie, le Mali s’impose 3-2 aux tirs au but après un score nul 1-1 à l’issue du temps règlementaire et des prolongations et se qualifie. Pourtant, le Complexe sportif Mohammed V était à la cause des Tunisiens, qui jouaient presqu’à domicile avec la grande mobilisation de leurs supporters. Les responsables du Complexe sportif Mohammed V ont préparé la fin de match, en résonnant les chansons à l’honneur des Aigles. Lassine Sinayoko, Yves Bissouma et les autres ont chanté et dansé avec les supporters pendant plus d’un quart d’heure.
«Pipi Mali, pipi Mali, pipi Mali» ou encore «Mali puissanci amagni dè», ont entonné en choeur les supporters et les joueurs. La fête s’est poursuivie dans les vestiaires. Les joueurs ont exprimé leur joie en chantant en chœur : Ezimbolé, zimbo, ézimbolo zimbo». Ils ont aussi dansé au rythme de la musique malienne. Cela a duré plusieurs minutes. Les Aigles ont également été félicités par Seydou Keïta, le plus capé des Maliens à la CAN (31 matches joués en 7 éditions) et le meilleur buteur malien à la phase finale de la CAN. «Vous n'avez plus rien à prouver sur votre courage. Pendant plus d'une heure et demie en infériorité numérique, vous vous êtes battus comme des lions. Aujourd'hui, grâce à vous, le peuple est fier et heureux. Malgré la crise, les Maliens ont tout oublié le temps d'un match. Cette joie est grandiose. Nous vous demandons de rééditer cet exploit face au Sénégal», a encouragé Seydoublen.
Cette qualification relève de la pure force de caractère. Le destin semblait pourtant avoir tourné le dos aux Aigles dès la 26è minute : le stade retient son souffle lorsque l’arrière-droit Woyo Coulibaly est expulsé après une faute sur Hannibal Mejbri. En infériorité numérique, les Maliens entrent en résistance. Malgré une domination tunisienne pressante, le bloc défensif malien fait preuve d'une solidarité exemplaire. Alors que le verrou tenait bon, le ciel tombe sur la tête des supporters à la 89è minute. Sur un coup de tête rageur, Firas Chaouat délivre la Tunisie (1-0) sur un centre d’Elias Saad.
A l’image du gardien Djigui Diarra (en bleu), les Aigles ont livré un match irréprochable contre les Tunisiens
Les deux joueurs sont entrés ensemble en 2è période (70è min). On pense alors le Mali éliminé. C’était sans compter sur l’âme de guerrier de cette équipe malienne. Dans un ultime baroud d’honneur, Gaoussou Diakité provoque un penalty au bout du temps additionnel. Sous une pression monumentale, l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) confirme la faute de main du défenseur central tunisien Yassine Meriah. Lassine Sinayoko ne tremble pas et transforme la sentence (1-1, 90è min+6). C’est son 3è but dans cette CAN du 3è meilleur buteur malien à la CAN avec 6 buts derrière Seydou Keïta (8 buts) et Frédéric Kanouté (7 buts). Ce but synonyme de résurrection propulse les deux nations en prolongations, puis vers la séance fatidique des tirs au but. On connaît la suite : les nôtres ont eu les nerfs plus solides que les Aigles de Carthage, s’imposant 3-2, grâce notamment à deux arrêts du gardien Djigui Diarra.
Dans l'effervescence des vestiaires, l'émotion était à la mesure du sacrifice. Pour Mamadou Sangaré, cette victoire est le fruit d'un investissement total de chaque instant. «Nous rendons grâce à Dieu pour cette qualification en quarts de finale. Ça n'a pas été facile, mais chacun de nous a mouillé le maillot pour cette qualification», a exprimé l’international malien, la voix encore marquée par la fatigue des 120 minutes de combat. Un sentiment partagé par Gaoussou Diakité, l'homme qui a fait basculer la rencontre en provoquant le penalty de l'égalisation dans le temps additionnel «Je suis heureux d'avoir provoqué le penalty qui nous a permis de revenir au score. Félicitations à tous mes coéquipiers, ensemble nous allons décrocher la qualification pour les demi-finales», a martelé le jeune attaquant qui participe à sa première CAN.
Quant à Hamari Traoré, véritable âme de cette équipe, il a tenu des mots forts qui illustrent le patriotisme qui anime les vestiaires. Pour lui, abandonner n'était pas une option, même en infériorité numérique : «Même si on devait mourir sur le terrain pour le Mali, on l'aurait fait. Voir 23 millions de Maliens célébrer avec nous n'a pas de prix». Malgré l’euphorie de la fête qui s’est prolongée jusque tard dans la nuit à l’hôtel des Aigles, le capitaine Yves Bissouma a rapidement endossé son rôle de leader pour recadrer les ambitions. Si l'hommage à ses partenaires est vibrant, l'échéance suivante est déjà dans tous les esprits : «Je ne peux que rendre hommage à mes coéquipiers pour leur combativité sur le terrain. À aucun moment, ils n'ont relâché. Mais ce n'est pas terminé : il reste une «finale» contre nos voisins du Sénégal, et celle-ci sera la nôtre». Le décor est déjà planté. Portés par un supplément d'âme et une résilience à toute épreuve, les Aigles s'apprêtent à défier les Lions de la Teranga, vendredi prochain. Après le miracle de Casablanca, plus rien ne semble impossible pour les Aigles.
Samedi 3 janvier au complexe sportif Mohammed V de Casablanca
Mali-Tunisie : 1-1, 3-2 t.a.b.
Buts de Firas Chaouat (89è min) pour la Tunisie; Lassine Sinayoko (90è min+6 s.p.) pour le Mali.
Expulsion de Woyo Coulibaly (26è min) du Mali.
Ont marqué leurs tirs
Mali : Lassine Sinayoko, Gaoussou Diakité et El Bilal Touré
Tunisie : Yassine Meriah, Elias Saad
Ont raté
Mali : Yves Bissouma, Nene Dorgelès (Mali).
Tunisie : Ali Elabdi, Mohamed Ali Ben Romdhane, Mohamed Elyes Achouri (Tunisie).
Arbitrage du Sud-Africain Tom Abongile, assisté de son compatriote Zakhele Thusi Granville Siwela et du Lesothan Souru Phatsoane.
Mali : Djigui Diarra, Amadou Danté (Gaoussou Diakité, 90è min+2), Abdoulaye Diaby, Ousmane Camara, Woyo Coulibaly, Aliou Dieng (Ibrahima Sissoko, 110è min), Yves Bissouma (cap), Mahamadou Doumbia, (Nene Dorgelès, 57è min), Lassana Coulibaly (Hamari Traoré, 117è min), Mamadou Sangaré (El Bilal Touré, 90è min +2), Lassine Sinayoko. Sélectionneur : Tom Saintfiet
Tunisie : Aymen Dahmen, Ali Elabdi, Montassar Omar Talbi, Dylan Daniel Mahmoud Bronn (Yassine Meriah, 12è min), Hannibal Mejbri (Mohamed Ali Ben Romdhane, 83è min), Ismael Seifallah Gharbi, (Elias Saad, 70è min), Ferjani Sassi (cap), Mohamed Belhadj Mahmoud (Mohamed Elyes Achouri, 46è min), Ellyes Joris Skhiri, Valery Yann (Mohamed Benali, 111è min) , Hazem Mastouri (Firas Chaouat, 70è min). Sélectionneur : Sami Trabelsi.
Envoyé spéciaux
depuis Casablanca
Seïbou S.
KAMISSOKO
Aliou SISSOKO
Djeneba BAGAYOGO
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