Bamako : Pénurie du bois de chauffe sur le marché

Cette situation s’explique, notamment par la forte demande, le déboisement et les coûts des transports de cette précieuse matière fortement consommée dans notre pays

Publié jeudi 13 février 2025 à 07:31
Bamako : Pénurie du bois de chauffe sur le marché

Ces dernières semaines, certains quartiers de la capitale connaissent une pénurie du bois de chauffe après celle du charbon. Toute chose qui a entrainé une hausse significative des prix de cette ressource sur le marché.  Cette hausse impacte sérieusement les ménages à faibles revenus qui dépendent fortement du bois de chauffe. La situation soulève des questions sur la nécessité de diversifier les sources d’énergie domestique et de mettre en place des mesures pour atténuer l’impact de ces fluctuations de prix sur les populations les plus vulnérables. En effet, le bois de chauffe est un produit prisé.

 En milieu rural, il couvre les besoins à 100% pour la cuisson des aliments, les fabrications agro-alimentaires, le chauffage en saison fraîche. À Bamako comme dans les autres grandes villes du pays, les besoins en bois énergie deviennent de plus en plus importants en raison de l’accroissement de la population, le développement des unités industrielles et la prolifération des boulangeries.

Karim Fomba dispose d’un muni bus de transport de bois et de charbon sur l’axe Kita-Bamako. Il fournit du bois de chauffe à plus d’une dizaine de boulangeries à Bamako et Kati. Selon lui, les zones d’approvisionnement en bois sont dépourvues d’arbres et il est difficile pour lui aujourd’hui de procurer à ses clients les quantités demandées. Quant à Sekou Kéita, vendeur à Kati, le manque de bois de chauffe en cette période s’explique par le déboisement.

Ce qui fait que le prix a pris l’ascenseur ces dernières semaines. Le chargement qui se vendait à 60.000 Fcfa est aujourd’hui cédé à 75.000 Fcfa. Il explique aussi la raréfaction de ce produit par le faite que la brousse est devenue le nid des bandits armés dont les principales cibles sont les exploitants forestiers. Notre interlocuteur témoigne que depuis un certains temps, beaucoup d’exploitants forestiers sont victimes de braquages et se voient souvent dépouillés de leurs biens.

 

TROIS FACTEURS- Pour  le lieutenant-colonel Yirabo Dakouo, sous-directeur par intérim de la règlementation et du contrôle financier à la direction nationale des Eaux et Forêts, la pénurie du bois de chauffe et du charbon de bois est une question de période et s’explique par trois facteurs. Le premier est que les produits forestiers diminuent fortement sous la pression anthropique, notamment la coupe abusive du bois et les effets du changement climatique.

Le chargement de bois qui se vendait à 60.000 Fcfa est aujourd’hui cédé à 75.000 Fcfa

 


Ces facteurs conjugués réduisent le potentiel ligneux chaque année, souligne Yirabo Dakouo. «S’il y a 10 ans tu faisais 10 kilomètres pour avoir le bois de chauffe, aujourd’hui pour l’avoir, tu vas devoir faire 20 Km», indique-t-il. Le deuxième est que nous sommes à la fin des récoltes et les gens ne sont pas totalement engagés dans l’exploitation du bois. En effet, les producteurs de charbon de bois, également agriculteurs pour la plupart, consacrent une part importante de leur temps aux travaux champêtres, ce qui réduit la production de charbon et du bois. Et le dernier facteur est relatif à la période du froid où beaucoup de gens utilisent le charbon et le bois de chauffe, non seulement pour la cuisson mais également pour se réchauffer.


Ce qui fait que la demande dépasse fortement l’offre. Autre constat est qu’en milieu urbain, beaucoup de ménages ont tourné le dos au gaz butane dont les prix ont pris l’ascenseur ces dernières années. Aujourd’hui, le prix de la bouteille de 6 kilos oscille entre 5.500 et 6.000 Fcfa dans la capitale. En plus du prix, certaines personnes considèrent une bonbonne de gaz comme bombe dans leur maison. Par conséquent, elles ne veulent pas s’en procurer.

«Un jour, quand j’ai vu les dégâts d’une bouteille de gaz dans une famille voisine, j’ai juré de ne pas l’emmener chez moi. Elle a tué d’un coup le chef de famille, sa femme et l’aide ménagère. Même les arbres qui étaient à coté en ont fait les frais. Tout a été emporté. C’est ce jour que j’ai compris qu’une bonbonne de gaz est une vraie bomme», explique Modibo Kanté qui habite en Commune III du District de Bamako.

Le lieutenant-colonel Yirabo Dakouo conclut que l’exploitation du bois n’est pas un luxe, mais un besoin primordial dans la mesure où «nous n’avons pas encore une énergie de substitution à cette ressource». L’alternative reste, selon lui, la plantation massive d’arbres.


«Si chacun plantait un arbre chaque année, en quelques années, nous allons vaincre cette désertification et chacun aura un périmètre de reboisement privé où il pourra mener des activité d’exploitation pour ses besoins», exhorte le sous-directeur par intérim de la règlementation et du contrôle financier. 
Une chose est sûre, le bois brut ou transformé en charbon reste une source d’énergie très utilisée par nos concitoyens. En milieu urbain ou en milieu rural, on en a besoin quotidiennement pour cuisiner.

Anne Marie KEITA

Lire aussi : Secteur agricole : Le programme Paysan + présenté aux acteurs

Le Programme Initiative Paysan + a été présenté hier au siège du Conseil national du patronat du Mali (CNPM). La cérémonie était présidée le ministre d’État, ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le Général de corps d’armée Ismaël Wagué..

Lire aussi : Élevage : 8 milliards pour sécuriser le cheptel

Huit milliards de Fcfa sur cinq ans : c’est l’enveloppe annoncée pour financer la Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien (SNSSBM). Mais entre les besoins identifiés et les ressources disponibles, l’écart reste important. Pour 2027, le plan d’actions pr.

Lire aussi : Campagne agricole dans la Région de Mopti : Les multiples défis qui menacent l’atteinte des objectifs

Pour la campagne agricole 2026-2027, la Région de Mopti s’est fixée un objectif prévisionnel d’emblaver 433.881 ha de superficie pour une production contributive à l’atteinte de l’objectif national de 813.032 tonnes de céréales.

Lire aussi : Campagne agricole : l’espoir est encore permis

De Kita à Ségou en passant par Koutiala, les producteurs affrontent un déficit pluviométrique et d’autres contraintes de production, mais espèrent une amélioration de la situation, grâce aux pluies annoncées en octobre.

Lire aussi : SIE-AES : L’ambition entrepreneuriale

La deuxième édition du Salon international de l’entrepreneuriat AES veut renforcer le rôle des entreprises dans la transformation économique. De milliers de visiteurs sont attendus à cet événement prévu du 18 au 21 novembre prochain à Bamako.

Lire aussi : « Mois du Consommer local » : Le volet régional sera lancé demain à Ouagadougou

La Commission de l’UEMOA organise le volet régional de l’initiative « Mois d’octobre, mois du consommer local », du 1er au 4 octobre 2026, à son siège, à Ouagadougou. La cérémonie officielle de lancement est prévue ce jeudi 1er octobre 2026 à partir de 9h30, sous la présidence du Pr.

Les articles de l'auteur

Fleuve Niger : Ce poumon économique qui suffoque sous la pression humaine

Source de vie, voie de transport, réserve alimentaire et moteur de l’économie nationale, le fleuve Niger est aujourd’hui au bord de l’asphyxie. Pollution, dragues d’orpaillage, extraction anarchique de sable, occupation illégale des berges : les agressions se multiplient et fragilisent un écosystème dont dépend l’avenir de millions de Maliens. Sauver le fleuve n’est plus seulement une urgence environnementale, c’est un impératif économique et social.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 18 septembre 2026 à 11:06

Gestion d’entreprise : Le PAPSE renforce les capacités de plus de 20 partenaires

Le projet vise à renforcer la participation socio-économique des personnes déplacées internes, des réfugiés et des communautés hôtes vulnérables, notamment à travers la formation professionnelle et l’appui à l’entrepreneuriat.

Par Anne Marie KEITA


Publié jeudi 10 septembre 2026 à 09:13

Femmes rurales : Le cri des mains qui nourrissent le Mali

Elles sont des millions à cultiver, transformer et commercialiser les produits qui arrivent chaque jour sur les marchés. Pourtant, celles qui portent une grande partie de la production alimentaire restent confrontées à un défi majeur : l’accès à des terres sécurisées.

Par Anne Marie KEITA


Publié jeudi 13 août 2026 à 07:28

Sécurité alimentaire : Le geste précieux de la fédération de Russie

Ce partenaire stratégique du Mali vole au secours de plus de 57.000 personnes à travers un don de 770 tonnes de pois cassés.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 31 juillet 2026 à 10:19

Agefau : Le budget 2026 en baisse

Au cours de la 11è session ordinaire du Conseil d’administration, les administrateurs ont examiné les projets de programme d’activités, le rapport du commissaire aux comptes au titre de l’exercice 2024 et le budget rectifié au titre de l’exercice 2026.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 12:07

Campagne agricole : Le pari de la souveraineté alimentaire

En visitant plusieurs structures stratégiques de Samanko, le ministre de l'Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, a réaffirmé l'ambition des autorités de faire de la recherche, de la mécanisation et de la sécurisation du foncier les principaux leviers de la souveraineté alimentaire. Une immersion qui révèle les défis, mais aussi les immenses atouts du secteur agricole malien.

Par Anne Marie KEITA


Publié mercredi 15 juillet 2026 à 14:57

Hausse des prix des légumes : Les ménagères à l’épreuve de l’hivernage

La saison pluvieuse s'installe et, avec lui, revient un phénomène bien connu des ménages : la flambée des prix des légumes. Des milliers de femmes s'efforcent, chaque jour, de nourrir leur foyer avec des moyens de plus en plus limités.

Par Anne Marie KEITA


Publié vendredi 10 juillet 2026 à 09:04

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner