À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Dans une de nos tribunes, au tout début de la guerre au Moyen Orient, nous avions souligné la proximité temporelle de ce conflit, même s’il se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous. Le monde d’aujourd’hui est devenu un petit village où l’on entend le moindre coup de pilon résonner sur un autre continent.

Publié mardi 31 mars 2026 à 11:33
À l’heure du Mali : La résilience malienne, face au choc pétrolier venu d’Ormuz

Cela est rendu possible par le développement des routes de l’information, celles qui nous permettent de sentir la terre trembler à Téhéran, à Tel Aviv ou quelque part au Liban. Les craintes des populations et des États se transforment désormais en conséquences partagées par tous.

Dès le 28 février, chacun s’interrogeait sur l’issue de ce conflit et ses bilans macabres, toujours marqués par des victimes innocentes. Mais au-delà du drame humain, la question centrale était celle des répercussions économiques : flambée du prix du pétrole, poussée inflationniste, ralentissement global. Aujourd’hui, c’est une évidence : de l’Asie à l’Amérique, en passant par l’Europe et l’Afrique, tous les États ont franchi la cote d’alerte et vivent la crise mondiale.

Le détroit d’Ormuz, entre les côtes iraniennes et omanaises, concentre 20 % du pétrole consommé quotidiennement sur la planète, principalement en provenance d’Arabie Saoudite, d’Irak, du Koweït et des Émirats Arabes Unis. Quand le nez d’Ormuz se bouche en Asie, c’est tout le Sahel qui s’enrhume. Telle est la mondialisation, si souvent vantée, mais qui révèle ses fragilités quand elle marche sur la tête.

La guerre en Iran nous replonge dans un choc pétrolier d’une autre nature. Celui de 1973 était institutionnel, lié à un mouvement d’humeur de l’OPEP. Celui que nous vivons aujourd’hui est le fruit de la « bêtise humaine», une guerre que les intelligences et le progrès du XXIe siècle auraient pu éviter.

Voilà qu’Ormuz, si loin là bas, change la donne si près de Zégoua, Kolokani ou Douentza. Le samedi 28 mars, près d’un mois après le déclenchement du conflit, les Maliens ont découvert une hausse des prix des produits pétroliers à la pompe. Essence super et gasoil prennent quelques francs de plus. Nos compatriotes, au-delà de leur résilience exemplaire, ont montré leur sens de l’analyse géopolitique : ils savent que ces ajustements s’inscrivent dans une crise mondiale, et que l’État, les acteurs du secteur et la nation entière ont déjà affronté d’autres obstacles pour sécuriser l’approvisionnement en hydrocarbures par les corridors voisins.


L’Office malien des produits pétroliers, les services techniques et les faîtières des opérateurs semblent s’être préparés avec stoïcisme. Le mécanisme de fixation des prix, bien connu, a été activé pour éviter des déséquilibres insoutenables. Comme l’a rappelé le directeur de l’OMAP, ces nouveaux prix ne sont pas appelés à durer : la tendance pourrait être revue à la baisse si la guerre s’achève et que les belligérants retrouvent la raison.


Cette guerre au Moyen Orient est la guerre de trop pour les habitants de la planète, et particulièrement pour ceux du Sahel, qui voulaient se concentrer sur la lutte contre le terrorisme et les défis du développement endogène. Mais au Mali et au Sahel, nous avons des ressorts incassables, des ressources morales inépuisables qui nourrissent une résilience généralisée contre tout type de choc, fût il pétrolier, même venu de là bas, dans le détroit d’Ormuz.

Alassane Souleymane

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