Spécial 22 septembre 2024:#Mali : Journalisme en période de guerre : Prudence et retenue comme boussole

La liberté de la presse subit certaines restrictions pendant les périodes de crise. D’ailleurs, des concepts nouveaux ont fait leur apparition dans l’espace médiatique comme le journaliste citoyen ou le journaliste patriotique, dont le rôle est de sauvegarder les intérêts du pays contre vents et marées

Publié jeudi 19 septembre 2024 à 11:12
Spécial 22 septembre 2024:#Mali : Journalisme en période de guerre : Prudence et retenue comme boussole

Legde, Des confrères lors d’une conférence de presse

 

Notre pays fait face à un cycle de crises qui ont ébranlé son existence et sérieusement mis en mal le vivre-ensemble séculaire qui l’a toujours caractérisé. La crise politico-sécuritaire née des différentes rébellions s’est étendue à plusieurs domaines. Elle a plus ou moins impacté la politique, la défense, l’économie et surtout la cohésion sociale. Il est alors apparu nécessaire pour les autorités de la Transition de prendre le taureau par les cornes et d’impulser une nouvelle gouvernance au pays pour lui éviter le chaos.

C’est pourquoi, le colonel Assimi Goïta, président de la Transition, a édicté trois principes clés devant guider toute action publique : le respect de la souveraineté du Mali, le respect des choix stratégiques et des partenariats opérés par notre pays et la défense des intérêts vitaux du peuple malien dans les prises de décision. Ce choix de nos autorités ne plait pas à tout le monde et nos compatriotes s’en sont vite rendus compte. Ils sont régulièrement témoins de coups médiatiques défavorables voire hostiles à l’endroit de notre pays. Plus d’une fois ils ont vécu des campagnes de désinformation, de lynchage médiatique, de dénigrement et de démoralisation de l’Armée nationale et des dirigeants de la Transition.

L’objectif des différentes campagnes d’intox est bien connu : diaboliser les autorités de la Transition auprès de l’opinion et saper le moral des Forces armées maliennes (FAMa) engagées sur le front de l’honneur et de la dignité. à dessein, certains médias font l’apologie du terrorisme et ne tarissent pas d’éloges pour les responsables des organisations criminelles et feignent d’ignorer les règles élémentaires du métier de journaliste. Pire, ils n’hésitent pas à jeter l’anathème sur les pouvoirs publics et les FAMa dans le seul but de rendre le pays ingouvernable par le désordre.

 

SENTIMENT DE RESPONSABILITÉ- Face aux tirs croisés des médias hostiles aux autorités de notre pays, quelle doit être la posture de la presse nationale et des journalistes maliens ? La réponse est, de l’avis de beaucoup d’hommes et de femmes de médias, la négative. Car pour eux, la presse à une mission régalienne d’information. Elle doit incarner l’apaisement du climat social, de l’éducation et éveiller la conscience sur les enjeux de construction et de développement national. C’est l’avis de Me Cheick Oumar Konaré, chroniqueur sur Renouveau TV et ancien journaliste. Il est convaincu que le journaliste est d’abord un citoyen.

Selon lui, en période de guerre, il ne doit rien écrire qui puisse démotiver l’Armée. En effet, ajoutera l’avocat et chroniqueur de télévision, la mise en difficultés peut signifier le début de la fin de certaines libertés. Pire, la défaite de l’Armée sonnera le glas de toutes les libertés dans un pays. Me Konaré estime à juste raison que le reporter ne doit pas publier les images de cadavres de soldats ni les déclarations triomphalistes de l’ennemi, ni  des renseignements ou des informations estampillés «secret-défense».


L’expert ajoute que sous cette réserve, l’homme de médias reste libre de rapporter les faits et de donner son opinion. «Il faut savoir que le Code pénal, la loi  sur la presse et celle sur la cybercriminalité abondent  de dispositions qui punissent  sévèrement  les dérives susvisées car dans une guerre se joue la survie  de la nation», avertit-il. La situation des médias publics, poursuit-il, est encore  plus problématique puisqu’ils sont censés véhiculer la parole de l’Etat. Le maître mot est la prudence : «Ne dire que la vérité mais pas toute la vérité», conseille Me Konaré.

Presse écrite, radio, télévision et internet sont les canaux les plus utilisés aujourd’hui. Cette utilisation demande une grande responsabilité de la part des journalistes. Ceci revient à dire que toutes les informations ne sont pas à rendre publiques. C’est le cas pour les secrets de la défense nationale, le secret judiciaire et ce relatif aux travaux des commissions d’enquêtes parlementaires. S’y ajoutent des informations sur les mineurs. L’on retiendra également qu’«un minimum de sérieux» comme l’a si bien développé Francis Balle, spécialiste des médias dans «Médias et Sociétés», s’impose au journaliste qui ne doit publier ou reproduire de fausses nouvelles, des nouvelles fabriquées ou falsifiées de nature à «troubler la paix publique».

C’est un devoir pour lui d’informer dans le strict respect de l’éthique et de la déontologie, conseille-t-il. Et non «d’ébranler la discipline ou le moral des armées, d’entraver l’effort de guerre de la nation». Le dernier point renvoie la provocation indirecte, celle  qui procède par des incitations  générales. à ce niveau, l’on retient l’apologie de certaines infractions, les cris et chants séditieux.

Dans un contexte où la désinformation prolifère et où les journalistes sont parfois menacés, Alexy Kalambry, directeur de publication de Mali-Tribune, a indiqué qu’il  est essentiel de réaffirmer l’importance du rôle des journalistes dans la promotion de la transparence, de la redevabilité et de la paix. Pour lui, les hommes de médias ont un rôle crucial à jouer dans la compréhension et la résolution des défis.

Le représentant de la Conférence épiscopale du Mali, Abbé Jean Marie Djibo, reconnaît également que les journalistes sont des éducateurs qui aident les citoyens à distinguer le vrai du faux, à comprendre les enjeux et à prendre des décisions éclairées pour le bien commun. à travers des reportages et des analyses, a-t-il affirmé, «vous contribuez à la formation d’une société plus juste et plus fraternelle». à son avis, le journaliste doit être un artisan de la vérité et un bâtisseur de paix.

La liberté de la presse subit certaines restrictions en périodes de crise. C’est pourquoi, le législateur prévoit plusieurs situations dont les circonstances justifient les atteintes portées par l’administration à la liberté de la presse : l’état de siège et l’état d’urgence. En outre, la loi n°00-046 du 7 juillet 2000 portant régime de la presse et délit de presse explique dans ses différents articles le respect de l’éthique et de la déontologie de la profession.

Namory KOUYATE

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