Sory Bamba : Un «dieu» de la musique moderne quitte la scène

Sous son maestria, le Kanaga de Mopti a raflé les prix de meilleur orchestre des biennales de 1974, 1976 et 1978

Publié lundi 25 juillet 2022 à 05:37
Sory Bamba : Un «dieu» de la musique moderne quitte la scène

Le grand musicien multi-instrumentiste, chanteur, auteur compositeur, arrangeur, chef d’orchestre de l’orchestre régional du Kanaga de Mopti s’est éteint, samedi dernier. Son décès a été annoncé par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme dans un communiqué et a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein.

C’est un monument de la musique d’orchestre et des Semaines nationales et Biennales artistiques et culturelles du Mali qui s’en est allé définitivement. Fondateur et premier chef d’orchestre du Kanaga.


C’est sous son maestria, que cet ensemble musical remportera successivement le titre de «meilleur orchestre» des biennales de 1974, 1976 et 1978. Ce qui lui conféra le titre d’orchestre national. Ainsi, le Kanaga ne pouvait plus participer aux compétitions de la Biennale. La Région de Mopti se fera donc représenter  par sa formation B.

Avec le Kanaga, Sory Bamba a su tirer le meilleur des sons et des rythmes des différentes ethnies de la Venise malienne. Ce découvreur de sonorités, marie admirablement les cultures. Les formations qu’il a dirigées ont collectionné les récompenses. Ses innovations ont marqué les années d’indépendance en Afrique. Il fut le premier à faire monter sur scène Ali Farka Touré, mais aussi à introduire dans la musique moderne la «calebasse-guitta» (calebasse renversée servant de tambour basse).

L’un des meilleurs arrangements de Sory Bamba fut sans doute le morceau dédié au roi peul d’Hamdalaye, Sékou Amadou, intitulé : «Ambodédjo». Avec ce splendide morceau de compétition, il obtiendra le premier prix de la Biennale de la jeunesse en 1970.


Puis, il s’intéresse aux Dogons avec leur répertoire musical resté jusqu’à présent dans l’anonymat, car réservé aux initiés. Au cours des années, Sory obtiendra toute la confiance des sages du pays Dogon et leur autorisation d’interpréter les musiques les plus secrètes de la société des masques.

Arrangeur éclectique, Sory arrange d’abord «Sigui», «Manden po», puis «Ambendjélè», trois chants sacrés qui font découvrir au grand public la musique dogon. Le rythme du masque Kanaga (symbolisant le Dieu Amma) fait un tel tabac que le groupe prend le nom «Kanaga régional de Mopti», sous lequel il gagnera plusieurs  récompenses. Il organisera même une sortie des masques sacrés en Europe et jusqu’au Japon ! 

C’est cette exploration moderne de thèmes dogons, peuls et bambaras qui fait l’objet du CD qu’il sortira en 1996 quant il avait entamé une carrière solo. élaboré à Mopti, enregistré à Bamako et à Paris, il rassemble les musiciens les plus sophistiqués de la scène de fusion africaine : Cheikh Tidiane Seck (clavier), Manu Dibango (sax), Boney Fields (trompette), et toute une pléiade de virtuoses maliens, issus de la tradition, mais aussi des solistes et improvisateurs raffinés, qui mettent au service d’une musique dansante les belles sonorités acoustiques de leurs instruments.       

Sory Bamba, l’un des arrangeurs les plus éclectiques de la musique malienne naquit en 1938 à Mopti. La Venise malienne, située à la jointure entre les deux «ailes» du pays qui s’étendent, l’une vers la forêt au Sud, l’autre, au Nord, vers le désert.

Après les écoles française et coranique, il découvre les vertus de la musique ; il berce sa solitude en jouant de la flûte ou des percussions. Il apprécie particulièrement la musique moderne comme celle des pêcheurs venus du Ghana, qui ont une fanfare et un groupe Hi life, l’un des tout premiers styles électrisés de l’Afrique. Sory entend réunir la jeunesse par-delà les barrières des castes et ethnies : son premier groupe, c’est un «gumbé», un style de bal importé de Côte d’Ivoire -une formation encore acoustique, mais déjà détachée de la tradition.

Kanaga du nom d’un masque dogon  Sory y joue la trompette, un instrument qu’il a découvert au concert de Louis Armstrong à Bamako en 1956. Comme tous les jeunes musiciens africains de l’époque, il est fasciné par la musique noire américaine. Son premier groupe électrique portera le nom de «Bani Jazz»...

Lorsque le Mali obtient son indépendance en 1960, le ministère en charge de la Culture crée une série d’orchestres régionaux chargés de mettre en valeur les musiques locales et de chanter l’avenir radieux des indépendances.


Sory Bamba est choisi pour créer l’orchestre régional de Mopti, une formation électrique, avec des cuivres, pour lequel il arrangera tour à tour des thèmes peuls, bambaras, songhaïs, dogons... L’orchestre est rebaptisé «Kanaga» du nom d’un masque dogon représentant le Dieu Amma.

Sory est aussi chargé de l’Ensemble instrumental traditionnel, une large formation où se côtoient des musiciens de toutes origines, pour laquelle il invente des méthodes d’arrangement inédites conciliant des modes musicaux et des instruments apparemment inconciliables.

 Ce travail le place à l’avant-garde des «musiques du monde», aux côtés des grands groupes guinéens financés par Sékou Touré, Horaya Band, Bembeya Jazz, les précurseurs de la musique mandingue électrique.

 Pour son dernier album solo intitulé : Dogon Blues, sorti en 2009, l’enregistrement des rythmiques s’est fait au Mali avec les musiciens originaux et leurs instruments acoustiques et la participation d’Ogodana Dolo de Sangha. Une fois la base rythmique posée, la scène africaine internationale a pris le relais à Paris.

La plupart des participants sont ces musiciens sophistiqués grâce auxquels le jazz, depuis quelques années, trouve un nouveau souffle : de Manu Dibango (sur «Lawanayé ») au maître de la kora Toumani Diabaté, du clavier malien de Cheick Tidiane Seck, du ngoni de Mama Sissoko au synthé «africain» de JP Rykiel, en passant par la batterie de l’Ivoirien Paco Sery et toute une pléiade de nouveaux talents de l’Afrique internationale…


C’est toute la scène qui se presse aux côtés de «l’orphelin à la mèche blanche» comme pour un hommage à l’aîné, l’un des visionnaires des musiques du monde.

 

Youssouf DOUMBIA

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