Les autorités de la Transition sont engagées dans un processus de refondation de l’État. En matière de promotion des droits de la femme, la tenue des États généraux sur la femme, l’enfant et la famille est déjà une initiative significative. En attendant la mise en œuvre des recommandations issues de ces assises nationales, la question qui taraude les esprits est de savoir si les réformes déjà faites par le gouvernement visant à bâtir un Mali nouveau «Mali Kura», offrent des avancées en faveur de protection de la femme?
L'Association pour le progrès et la défense des droits des femmes (APDF) a pour mission de défendre les droits des femmes, des filles en particulier, mais aussi les droits humains en général. Depuis plusieurs années, commente sa présidente nationale, elle œuvre pour la quiétude et la cohésion sociale à travers l’écoute, l’assistance juridique et la médiation, notamment dans les conflits conjugaux et familiaux.
Mme Diawara Bintou Coulibaly précise que l'organisation dispose d’un centre d’écoute et d’assistance juridique pour les femmes et filles victimes de violences, ainsi qu’un centre d’hébergement pour celles qui n’ont plus de refuge. La responsable de l’APDF indique que les cas reçus sont souvent alarmants: mariages précoces, mariages forcés, violences conjugales, expulsions du domicile conjugal. Elle évoque notamment un cas extrême: «Nous avons reçu un cas où le mari a donné 33 coups de couteau à sa femme.» Des situations qui illustrent l’ampleur des Violences basées sur le genre, devenues une préoccupation majeure.
Sur le plan des réformes, la présidente regrette que l’évolution des droits des femmes dans notre pays ne se fait pas à hauteur de souhait. Toutefois, elle admet des avancées significatives, notamment le Code de procédure pénale promulgué en décembre 2024. Son application correcte, dit-elle, pourrait contribuer à réduire certaines injustices. Elle deplore l’absence de réforme spécifiquement dédiée aux femmes.
Elle cite également les progrès dans l’application de la loi 052 relative à la promotion du genre dans les fonctions nominatives et électives, qui impose un quota de 30 % pour l’un ou l’autre sexe. «Cette disposition a permis d’accroître la présence des femmes dans les conseils communaux et dans les instances de prise de décision», affirme-t-elle. Mme Diawara Bintou Coulibaly déclare que l'APDF mène des plaidoyers actifs auprès des décideurs, y compris au sein du Conseil national de Transition (CNT), pour l’adoption d’une loi spécifique contre les violences basées sur le genre (VBG).
Autre acquis : La signature des conventions locales pour l’abandon du mariage d’enfants et de l’excision dans 35 villages sur 41 dans la Région de Nioro du Sahel à la suite des actions de sensibilisation menées par l’Association. Sur le plan international, l’APDF s’est illustrée par des actions judiciaires inédites. Sa présidente nationale indique que l’organisation de défense des droits des femmes a interpellé l’État malien devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples concernant le Code des personnes et de la famille. Malgré ces avancées, elle souligne que la société malienne reste conservatrice. «Quand on parle de droits des femmes, il y a d’autres connotations qu’on donne à la chose. Beaucoup de femmes hésitent encore à dénoncer les violences», souligne-t-elle, avant de faire savoir que la médiation demeure souvent la première option choisie par les victimes. Toutefois, comme le souligne la présidente de l’APDF, la route reste longue pour que ces droits soient pleinement respectés et appliqués dans les faits.
PROGRES FRAGILES- Pour sa part, la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafo), Mme Kouyaté Goundo Sissoko, déclare que ces progrès restent fragiles face aux réalités du terrain. Malgré les avancées juridiques, insiste-t-elle, des obstacles majeurs demeurent notamment la faible application des lois, le poids des pesanteurs socioculturelles, la méconnaissance des droits par les femmes elles-mêmes, l’impunité et l’accès limité à la justice, surtout en milieu rural.
Elle assure que depuis plusieurs années, son organisation joue un rôle central dans le plaidoyer en faveur des droits des femmes. Elle a contribué à l’élaboration et l’adoption de textes sensibles au genre, et en portant la voix des femmes dans les espaces de décision nationaux. Mme Kouyaté Goundo Sissoko signale que la Cafo assure également un accompagnement multidimensionnel des femmes victimes de violences ou d’injustices : écoute et orientation, assistance psychosociale, appui juridique, référencement vers les services compétents et plaidoyer pour une prise en charge effective, dans le respect de la dignité et de la confidentialité des victimes. «Je suis fière d’avoir contribué à renforcer la voix des femmes, à faire avancer leur participation aux instances de décision, et à repositionner les droits des femmes comme une priorité nationale, malgré un contexte sécuritaire et social difficile», se félicite-t-elle.
Pourtant, les défis restent nombreux. Mme Kouyaté Goundo Sissoko insiste sur la nécessité d’assurer la mise en œuvre effective des lois adoptées, la lutte contre les VBG, l’autonomisation économique des femmes, l’accès équitable à l’éducation et à la santé, et la participation réelle des femmes à la gouvernance. Au-delà des réformes institutionnelles, la transformation durable passe par l’engagement des jeunes filles, elles-mêmes. «Je dis aux jeunes filles de croire en elles, de connaître et défendre leurs droits, de poursuivre leur éducation et de ne jamais renoncer à leurs ambitions. Elles sont une force essentielle pour l’avenir du Mali», conseille la patronne de la Cafo.
Si les réformes en faveur des droits des femmes ont permis des avancées significatives, leur efficacité dépend désormais de leur application concrète et de la mobilisation continue des acteurs institutionnels, associatifs et communautaires.
Alima Nia DOUMBIA
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