Pr Franklin Nyamsi : «L’AES est la première puissance militaire de l’Afrique francophone»

Présent à Bamako dans le cadre des festivités du 65è anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance, le panafricaniste Franklin Nyamsi a rendu, hier, une visite de courtoisie au directeur général de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap). À la fin de l’entretien qu’il a eu avec Alassane Souleymane, le professeur de philosophie a accordé une interview à la rédaction du quotidien national.

Publié vendredi 26 septembre 2025 à 07:19
Pr Franklin Nyamsi : «L’AES est la première puissance militaire de l’Afrique francophone»

Le président de l’Institut de l’Afrique des Libertés y donne ses impressions sur le service, la célébration du 22 Septembre, l’Armée et le retrait de la Confédération AES de la Cour pénale internationale (CPI)

 

L’Essor : Qui est Pr Franklin Nyamsi ?

Pr Franklin Nyamsi : Je suis le professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun Wa Afrika. Je suis originaire du Cameroun et citoyen adoptif de toute l’Afrique. Depuis mes 18 ans, je me suis engagé dans la lutte contre la dictature dans mon pays natal, le Cameroun. Et les études de philosophie, l’enseignement de la philosophie au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en France et un peu partout maintenant à travers le monde, m’ont amené à mener parallèlement une carrière d’écrivain, de conférencier, d’éveilleur de conscience du peuple africain dans le cadre de l’idéologie panafricaniste.

 

L’Essor : vous venez de vous entretenir avec le directeur général de l’Amap, sur quoi avez-vous échangé ?

Pr Franklin Nyamsi : Le directeur général de l’Amap m’a fait l’honneur de me présenter l’histoire magnifique de cette formidable maison de la presse malienne qui est aussi en fait une maison de l’histoire de la politique africaine. Alassane Souleymane m’a fait apprécier les cinq phases de l’histoire de cette institution. La phase de la période coloniale avec le mouvement du Rassemblement démocratique africain (RDA), la phase du pouvoir du Président Modibo Keïta, la révolution panafricaniste malienne, la phase du Comité militaire  de libération nationale (CMLN) du Général Moussa Traoré, la phase de l’UDPM, la phase de la période du retour au multipartisme des années 90 et aujourd’hui la forme que l’Amap prend dans un monde en mutation rapide, le monde numérique, le monde des réseaux sociaux en même temps que celui de l’image.

J’ai bénéficié d’une présentation de la maison dans sa richesse et par la suite, d’une visite guidée qui m’a permis de m’immerger dans le rapport entre cette maison et la conscience africaine. Les Maliens qui vivent au Mali ne peuvent pas avoir conscience de ce qu’est le Mali pour l’Afrique. Quand on visite une maison historique comme celle-ci, on comprend que chaque évènement décisif de l’histoire malienne est un évènement décisif de l’histoire africaine.

 

L’Essor : Qu’est-ce que l’Amap peut faire davantage pour se rapprocher du grand public ?

Pr Franklin Nyamsi : Elle s’efforce de se lancer vers l’avenir et elle est faite d’hommes et de femmes qui servent avec dévouement le peuple malien et l’histoire africaine. Je pense qu’il y a trois choses à faire pour se rapprocher davantage du grand public. C’est d’abord, s’efforcer de servir la vérité au mieux et un peu moins l’idéologie. Et la deuxième chose qu’il faut faire, c’est donner la parole à toutes les couches de la société dans le journal d’État. Enfin, il faut intégrer les mutations technologiques de l’information dans la formation du personnel et dans la transmission de l’information. Pour moi, ce sont les trois conditions. Je dirai vérité, popularité et hauteur d’efficience technologique.

 

L’Essor : Le Mali vient de célébrer le 65è anniversaire de son accession à l’indépendance avec faste. Quelle appréciation faites-vous de cette célébration ?

Pr Franklin Nyamsi : J’ai eu l’honneur d’être invité à la tenue de cette grande cérémonie sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, Chef de l’État de la République du Mali. J’ai été frappé par trois choses. La première, c’est la rigueur de la cérémonie qui nous a été donnée. La deuxième qui m’a frappé, c’est la symbiose, l’unité, la communion entre le peuple, l’armée et son chef suprême. Et il y a une troisième chose qui m’a profondément émerveillé, c’est la puissance de la cérémonie que nous avons vue. Il y a un mot-clé que le commentateur a lancé, c’est de rappeler que tout ce qu’on a vu là, c’est la sueur, le sang et les larmes des Maliens. Ce n’est pas du matériel prêté, ce n’est pas du matériel de pure parade comme on le voit dans les armées néocolonisées de la France-Afrique.


Le Mali, par le cérémonial du 22 septembre, a montré qu’on peut tomber et se relever et qu’il n’y a pas de fatalité à l’échec des Africains. Nous pouvons bâtir une Afrique puissante. Le Président Assimi Goïta relève le pari avec ses compagnons, le pari d’une armée malienne dont on se moquait, il y a seulement 5 ou 10 ans et qu’on osait entraîner avec des bouts de bois. Le Général d’armée Assimi Goïta remet l’Armée malienne à l’avant-garde de toutes les armées de l’Afrique dite francophone.

C’est incontestablement la première armée en capacité opérationnelle aujourd’hui de l’Afrique francophone et c’est elle qui vient d’inspirer les armées du Burkina Faso et du Niger pour rejoindre son standard.

L’AES, c’est la première puissance militaire de l’Afrique d’expression francophone aujourd’hui et c’est grâce à l’audace de ces officiers qu’il faut saluer. On dit chez moi au Cameroun que quand ton frère fait mieux que toi, porte sa chaise. Il faut porter la chaise de ce dirigeant qui se sacrifie pour rendre sa puissance à l’Afrique.

 

L’Essor : La Confédération des États du Sahel vient d’annoncer son retrait de la Cour pénale internationale (CPI). Est-ce un gage de souveraineté ou d’indépendance ?

Pr Franklin Nyamsi : Le retrait de la CPI est un acte de bravoure, d’honneur, de courage et de lucidité. Cette Cour n’est internationale que de nom. On n’y juge pas les criminels occidentaux qui ont perpétré la traite négrière, les colonisations, les déportations, les exterminations, les génocides. On n’y juge pas les criminels occidentaux qui ont balancé deux bombes atomiques sur le Japon. Ceux qui ont détruit la Libye n’y sont pas jugés.

Ceux qui ont détruit l’Irak n’y sont pas jugés. Ceux qui ont détruit le Moyen-Orient, qui sont en train de massacrer le peuple palestinien n’y sont pas jugés. C’est une Cour pénale raciste, criminelle, orientée contre les dirigeants du Sud qui osent relever leurs têtes contre ceux qui veulent soumettre la planète à l’hégémonie occidentale.

Une fois de plus, l’Alliance des États du Sahel montre le chemin. L’Afrique doit avoir ses propres Cours pénales internationales. C’est le droit international africain qui doit juger les Africains et non le droit international occidental, raciste, colonial, néocolonialiste et impérialiste. Une fois de plus, rendons hommage à cette décision. Mais l’on retient que l’AES a annoncé la création d’une Cour pénale internationale du Sahel.

La justice ne doit pas disparaître. Ce que nous voulons, c’est une vraie justice. La Cour pénale internationale, dans son fonctionnement et dans ses cibles, est incapable de juger Nicolas Sarkozy, Barack Obama, Bill Clinton, Benjamin Netanyahou et les Bush qui ont commis des boucheries extraordinaires.  Cette Cour- là ne mérite pas de juger un Africain.

 

Interview réalisée par

Namory KOUYATE

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