Guerre au Moyen-Orient : Quelles répercussions pour les pays de l’AES ?

L’enseignante à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap), Mme Samaké Fatoumata H. Traoré, met en exergue les répercussions éventuelles de cette guerre sur la Confédération des états du Sahel. La directrice du Centre d’études pour l’équité et l’excellence (C2E-Nyetaa) recommande également la solidarité régionale, l’interconnexion électrique et l’industrialisation énergétique pour circonscrire la menace de flambée des prix à la pompe

Publié mardi 24 mars 2026 à 08:59
Guerre au Moyen-Orient : Quelles répercussions pour les pays de l’AES ?

Le conflit opposant les États-Unis d’Amérique-Israël et l’Iran entre dans sa quatrième semaine. Selon la directrice du C2E-Nyetaa, si cette guerre venait à s’embraser, le prix du litre de l’essence à la pompe pourrait augmenter forcément en Afrique, et particulièrement dans les pays de l’AES comme on le voit aujourd’hui en Europe. «Alors que le monde observe les tensions dans le détroit d’Ormuz- par où transite un tiers du pétrole mondial-  sommes-nous prêts à payer le prix d’une guerre qui n’est pas la nôtre ?», s’interroge la doctorante Fatoumata H. Traoré. Selon elle, c’est une vulnérabilité qui ne dit pas son nom.

De son point de vue, nos pays sont aujourd'hui dans une situation de dépendance paradoxale. «Le Mali, par exemple, ne produit pas de pétrole et importe l'intégralité de sa consommation», souligne l’universitaire, ajoutant qu’au Niger, c’est le paradoxe de l’abondance. «Malgré des ressources en brut, l’absence de capacités de raffinage locales nous contraint à réimporter nos propres ressources sous forme de carburant à prix d'or», fait remarquer notre interlocutrice. En ce qui concerne le Burkina Faso, renchérit-elle, bien que le pays ait fait des efforts significatifs dans le solaire, il reste dépendant des importations pour environ 40% à 50% de son électricité, notamment via les interconnexions avec la Côte d'Ivoire et le Ghana.



Mme Samaké Fatoumata H. Traoré

 La coordinatrice du Réseau stratégique des observateurs (Reso-AES) avertit que la crise énergétique peut se transformer très rapidement en crise alimentaire à cause du coût exorbitant du diesel (faisant fonctionner les matériels agricoles) et des engrais (dérivés du pétrole) qui menace directement la capacité de nos pays à nourrir leurs populations. L’experte en développement et genre poursuit que cette fragilité n'est pas qu'une statistique économique, précisant que c’est une taxe invisible qui pèse sur chaque foyer malien, burkinabè et nigérien.

«Quand le pétrole flambe, c’est le paysan qui ne peut faire tourner sa motopompe pour irriguer ses champs. C’est le transporteur qui voit ses marges de bénéfices s’évaporer. C’est, enfin, la mère de famille qui doit choisir entre nourrir ses enfants et payer leur scolarité à cause d’une inflation galopante», explique la doctorante. De son analyse, il ressort que le scénario du pire est évitable. «Si les prix du baril venaient à doubler demain, nos budgets nationaux exploseraient», relève la spécialiste en développement.

 

TROIS FRONTS- Pourtant, Mme Samaké Fatoumata H. Traoré est persuadée que cette crise peut et doit être le catalyseur de notre transformation. À l’entendre, le Sahel possède l’un des gisements solaires les plus importants au monde. La doctorante se demande pourquoi les États du Sahel continuent à dépendre de cargaisons lointaines pour irriguer nos terres et nourrir nos populations. Alors que la clé de notre indépendance brille au-dessus de nos têtes (le soleil). 

 Pour protéger les populations et garantir notre souveraineté, l’enseignante à la Fsap suggère d’agir sur trois fronts, à savoir la solidarité régionale, l’interconnexion électrique et l’industrialisation énergétique.  Concernant le premier point, la juriste trouve qu’il faut une stratégie commune d'achat et de stockage de sécurité pour tenir au moins trois à six mois en cas de choc majeur. «Cela équivaudrait par exemple pour le Mali d’initier un projet d’installation d’un port sec à la frontière guinéenne pour stocker l’énergie», avance-t-elle comme solution à d’éventuelles crises.  D’après elle, cela permettrait de sécuriser et réduire le trajet et d’acheminer plus vite et à moindre coût, les convois de carburant. S’agissant de l'interconnexion électrique, Mme Fatoumata H. Traoré conseille d’accélérer la création d'un marché commun de l'énergie (Banque d’énergie sahélienne) pour partager nos surplus et stabiliser nos réseaux.

Dans ce volet, la coordinatrice du Reso-AES développe que l’AES doit connecter ses réseaux électriques pour créer un marché commun de l’énergie, capable de sécuriser l’approvisionnement et de réduire les délestages. «Aujourd’hui, chaque pays affronte seul ses déficits de production. En interconnectant nos réseaux, l’électricité pourra circuler entre les États selon les besoins et le surplus produit dans un pays pourra immédiatement alimenter un autre en difficulté», explicite l’experte en développement.

Se prononçant sur l’industrialisation énergétique, notre interlocutrice déclare que le raffinage local au Niger et l’investissement massif dans des centrales solaires de grande échelle (plus de 1.000 MW) ne sont plus des options, mais des impératifs de sécurité nationale. Pour l’enseignante, cela contribuerait à l’accélération du processus de transition énergétique qui consiste à opter définitivement pour l’énergie propre (soleil, vent, gaz, déchets) et exploiter nos propres gisements pour ravitailler nos foyers. Elle recommande par exemple au Mali, une distribution envisageable à large échelle du gaz (cas des réserves de Bourankèbougou) pour ravitailler les familles, accélérer la modernisation et contribuer à la sauvegarde de l’environnement.

La directrice du C2E-Nyetaa argumente que l’énergie constitue le socle de notre économie, de notre stabilité sociale et de notre souveraineté.  Elle rappelle que les crises de 2008 et de 2022 ont révélé une réalité préoccupante, attestant que nos États restent très vulnérables et disposent de peu de mécanismes pour absorber les chocs énergétiques. À ce propos, Mme Samaké Fatoumata H. Traoré dit sans ambages qu’il devient donc impératif pour les pays de l’AES de passer d’une gestion dans l’urgence à une véritable stratégie d’anticipation. 

Namory KOUYATE

Lire aussi : Couverture des festivités du 22 septembre : les journalistes désormais briefés

La Direction de l’information et des relations publiques des Armées (Dirpa), en collaboration avec la Cellule de communication de la Présidence de la République, a briefé les journalistes ce lundi 21 septembre 2026, dans ses locaux, sur les modalités de couverture du 66è anniversaire de l’.

Lire aussi : Modernisation du CECOGEC : Un bond technologique majeur pour la gestion des crises au Mali

Le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) entre dans une nouvelle ère. Ce lundi 21 septembre 2026, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, a présidé la cérémonie officielle d'inauguration de sa salle d’opérat.

Lire aussi : UNFPA : Le directeur régional pour l'Afrique de l'ouest et du centre boucle une visite dans notre pays

Pendant son séjour, Dr Sennen Hounton a rencontré les autorités et s’est rendu à Mopti où il a remis des kits de santé de la reproduction à la direction régionale de la santé.

Lire aussi : CERCAP : Le bilan à mi-parcours examiné

Le Centre d’études et de renforcement des capacités d’analyse et de plaidoyer (CERCAP) a tenu, jeudi dernier, dans ses locaux, la 8è session de son Conseil d’administration. Les travaux étaient dirigés par le conseiller technique, représentant le ministre d’État, ministre de l’Écon.

Lire aussi : FACEJ SUGU : Le rendez-vous des jeunes entrepreneurs

La 5ᵉ édition de la foire ouvre ses portes du 23 au 26 septembre au Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ avec plus de 150 exposants attendus.

Lire aussi : Enseignement supérieur : La 2ᵉ édition du salon de la rentrée universitaire a vécu

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Pr Bouréma Kansaye, a présidé, jeudi dernier au Parc des expositions de Bamako, la cérémonie d’ouverture de la deuxième édition du Salon de la rentrée universitaire 2026-2027..

Les articles de l'auteur

Investissements de la diaspora : Makan Diarra un modèle à suivre

Résidant aux États-Unis depuis 26 ans, Makan Diarra a investi plus de 3 milliards de Fcfa dans l’industrie agroalimentaire au Mali. À travers son parcours et ses investissements, il entend contribuer à la transformation locale des matières premières, à la création d’emplois et au renforcement de la souveraineté économique de son pays.

Par Namory KOUYATE


Publié jeudi 17 septembre 2026 à 18:26

65ème anniversaire de la Conférence des Pays Non-Alignés : Le ministre Abdoulaye Diop porte la voix du sahel

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a exprimé ses félicitations au gouvernement de la Serbie pour l’organisation réussie de cette rencontre, tenue hier à Belgrade. Abdoulaye Diop a reconnu que ce pays est le berceau du Mouvement des non-alignés..

Par Namory KOUYATE


Publié mercredi 02 septembre 2026 à 08:11

Diplomatie : Trois ambassadeurs mis en route par le chef de l’Etat

La mise en route des diplomates chargés de veiller aux intérêts du Mali à l’extérieur est une tradition bien ancrée dans la pratique républicaine..

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 28 août 2026 à 09:33

Confédération AES : Les experts évaluent la feuille de route de l'an II de l’organisation

Dans le cadre de l’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de la feuille de route de l’an II de la Confédération des États du Sahel, la délégation de la Commission nationale AES du Burkina-Faso, conduite par son président Bassolma Bazié a eu, lundi dernier, une séance de travail avec les experts du Mali..

Par Namory KOUYATE


Publié mercredi 26 août 2026 à 08:40

Bureau de l’ONU pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel : Adapter les stratégies aux réalités du moment

En tournée dans la sous région, l’émissaire du secrétaire général des Nations unies, Mme Sahle-Work Zewde, a été reçue, hier au Palais de Koulouba, en audience par le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta..

Par Namory KOUYATE


Publié mercredi 19 août 2026 à 08:20

Journée africaine de l’état civil : Tout pour un système d’état civil moderne, fiable et sécurisé

À l’instar des autres pays de notre continent, le Mali a célébré, hier la 9è édition de la Journée africaine de l’état civil sous le thème national: «Un état civil résilient pour tous : garantir la continuité des services et l’identité juridique dans un contexte de défis sécuritaires et d’accélération de la transition numérique»..

Par Namory KOUYATE


Publié mardi 11 août 2026 à 07:50

Forum d’affaires Mali-Maroc : Pour un partenariat économique moderne, résilient et structurant

La rencontre a été marquée par la signature de deux documents. Le premier est relatif au protocole d'accord entre le CNPM et la CGEM pour activer le Conseil d’affaires Mali-Maroc. Le second concerne l’avenant à la convention de partenariat entre la Fédération nationale de l’électricité et des énergies renouvelables du Maroc (FENELEC) et la Fédération malienne de l’électricité et des énergies renouvelables (FENEM).

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 24 juillet 2026 à 11:29

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner