Pr Fousseyni Doumbia : «Une intervention militaire au Niger aggraverait l’insécurité et l’instabilité dans le Sahel»

Quelles peuvent être les conséquences de la situation politique au Niger sur la sécurité au Sahel de façon générale ? Avec cette nouvelle donne, quel est l’avenir de la présence militaire française au Sahel ? Pourquoi la Cedeao est autant décriée par les populations de ses pays membres ?

Publié mardi 15 août 2023 à 05:40
Pr Fousseyni Doumbia : «Une intervention militaire au Niger aggraverait l’insécurité et l’instabilité dans le Sahel»

En cas d’intervention militaire pour rétablir le président Mohamed Bazoum, ne va-t-on pas assister à une guerre par procuration entre puissances sur le sol nigérien ? Voilà autant de questions sur lesquelles, Pr Fousseyni Doumbia, professeur de droit constitutionnel à l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako porte son regard

 

Pour l’enseignant-chercheur, la situation politique au Niger n’est pas sans conséquences majeures sur les conditions sécuritaires déjà très préoccupantes au Sahel. Pr Fousseyni Doumbia pense que cette situation serait à même de cristalliser les violations des droits de l’Homme, d’augmenter l’insécurité, l’instabilité politique et sociale dans la région. Pour lui, si tous les pays du Sahel sont relativement touchés par le phénomène de l’insécurité, le cas du Niger reste encore beaucoup plus inquiétant dans un contexte de menace d’intervention militaire de la Cedeao dans ce pays.

Pr Doumbia soutient que les pays du Sahel auront plus à gagner en mettant l’accent sur les conditions d’endogénéisation de leur sécurité et de leur défense que de compter sur les militaires occidentaux ou russes.

D’après lui, cette intervention ouest-africaine, le cas échéant, provoquerait à coup sûr des violations massives des droits de l’Homme. Aussi, elle aura un impact sur le vivre ensemble entre peuples ouest-africains et susciterait des pratiques xénophobes au sein des populations.

Parlant de l’avenir de la présence militaire française au Sahel, le professeur de droit constitutionnel pense que les accords de défense ont atteint leurs limites. Selon Pr Fousseyni Doumbia, les conditions d’endogénéisation des alternatives de sortie de crise demeurent des stratégies ultimes pour les États du Sahel pour garantir de manière effective leur souveraineté en matière de défense et de sécurité.


Pour ce faire, il estime qu’une volonté commune et responsable des dirigeants du Sahel est utile pour activer leurs stratégies en misant sur leurs propres efforts. D’après lui, certes, il existe des initiatives d’ordre endogène pour parvenir à cette fin. Toutefois, il soutient que celles-ci nécessitent un enracinement des instruments existants dans le domaine de la sécurité et de la défense et un autofinancement conséquent pour l’opérationnalisation de différentes stratégies.

 

PERTE DE CRÉDIBILITÉ- Pour l’enseignant-chercheur, la Cedeao a beaucoup perdu sa crédibilité dans le traitement des dossiers des coups d’État au Mali, en Guinée et au Burkina Faso. La Cedeao, estime-t-il, est en train de jouer ce qui lui reste de crédibilité dans le traitement du dossier nigérien.

Convaincu que la démocratie doit être restaurée au Niger, il prévient que dans l’hypothèse d’un échec, les officiers d’autres pays tenteront le même jeu pour précipiter le départ des présidents démocratiquement élus.


Toutefois, il souligne que l’option privilégiée doit être le dialogue diplomatique et les sanctions et non celle qui préconise les interventions militaires qui ne seront pas sans conséquences sur l’avenir du Sahel, l’intégrité physique du président Bazoum et celle des populations du Niger, du Mali et du Burkina Faso.

L’expert sur les questions de gouvernance rappelle que la Cedeao est en bon terme avec certaines puissances qui soutiennent les principes de la démocratie et de l’Etat de droit.

Lesquelles s’arrogent des droits et des devoirs d’ingérence dans les affaires intérieures des États qu’elles assistent surtout quand la démocratie s’y trouve en danger nonobstant la survenance de quelques comportements ambigus dans le traitement de certains dossiers africains.

A ce sujet, Pr Fousseyni Doumbia fait remarque qu’on ne peut pas soutenir les changements anti-constitutionnels dans un État et les condamner dans un autre. Il assure que cela affecte considérablement leur crédibilité à l’égard de l’opinion africaine.

Ce n’est pas le cas de la Russie et de la Chine qui ne se mêlent pas de la politique intérieure des États. Mais elles apportent leur soutien à des régimes et s’invitent dans les pays pour sauvegarder des intérêts géostratégiques comme toutes autres puissances.


De toutes les façons, l’enseignant-chercheur assure que les peuples du Sahel aspirent à vivre en démocratie et dans le respect de l’état de droit. Ces valeurs doivent être restaurées quand elles se trouvent en danger, souligne notre interlocuteur pour qui, les partenaires aussi doivent être respectueux des intérêts des peuples et non des foules ou des individus.

Dieudonné DIAMA

Lire aussi : Région de Tombouctou : Les FAMa démantèlent d'importants sanctuaires logistiques appartenant aux terroristes

Dans le cadre de la sécurisation du territoire, les Forces armées maliennes (FAMa) mènent actuellement des opérations de contrôle de zone de grande envergure dans le secteur ouest de la localité de Léré, Région de Tombouctou..

Lire aussi : Œuvres sociales du Président de la Transition : Des kits alimentaires remis à des familles vulnérables

Ce geste du Général d’armée Assimi Goïta s’inscrit dans le cadre du Ramadan 2026 qui va bientôt débuter.

Lire aussi : Mutilations génitales féminines : Halte à la pratique !

A l’instar de la communauté internationale, notre pays a célébré la Journée internationale du 6 février «Tolérance zéro» aux mutilations génitales féminines (MGF)/excision sous le thème : «Rôles et responsabilités des autorités et légitimités traditionnelles du Mali face aux enj.

Lire aussi : Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali : Moussa Coulibaly rempile

Le secrétaire général (sortant) de la Fédération nationale des mines et de l’Énergie du Mali (FENAME), Moussa Coulibaly , a été reconduit à son poste pour un mandat de cinq ans. Il dirige un bureau de 36 membres, en plus des 7 membres de la Commission de vérification..

Lire aussi : Affaires Paramount-Embraer : Le dossier renvoyé pour l’audition d’autres témoins

Le verdict tant attendu dans le procès dit «Paramount-Embraer» n’a finalement pas été rendu, le vendredi dernier, comme annoncé. Lors de cette séance, la Chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière du Pôle national économique et financier a décidé de rabattre.

Lire aussi : Recrutement de 200 surveillants pénitentiaires : le ministre Mamoudou Kassogué lance la première phase

Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, a procédé, samedi dernier sur la colline de Badalabougou, au lancement de la première phase du concours de recrutement de 200 agents du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éduc.

Les articles de l'auteur

Palais de Koulouba : Un dîner à l’honneur des présidents Tiani et Traoré

Dans le cadre de la 2è session du collège des Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES), le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a offert un dîner à l’honneur de ses hôtes le Général d’armée Abdourahamane Tiani du Niger et le Capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso, au palais de Koulouba dans la soirée du lundi dernier..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mercredi 24 décembre 2025 à 08:32

Présidence de la Confédération AES : Le riche héritage du général d’armée Assimi Goïta

La Confédération des états du Sahel (Confédération AES) sous le leadership et la présidence du Général d’armée Assimi Goïta est aujourd’hui une réalité géopolitique au Sahel, en Afrique de l’Ouest et en Afrique de façon générale avec laquelle il faut désormais compter. Cette alliance créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger pour faire face aux défis communs sur le plan sécuritaire et de développement est en train de faire son petit bonhomme de chemin..

Par Dieudonné DIAMA


Publié lundi 22 décembre 2025 à 08:57

Gestion de la crise des hydrocarbures : Comment le gouvernement et les opérateurs pétroliers ont déjoué les pronostics

Ces derniers mois ont été marqués par un changement de posture des groupes armés terroristes qui ont décidé de s’attaquer aux sources d’approvisionnement du pays en produits pétroliers dans le but d’asphyxier l’économie nationale et de révolter les populations contre les autorités..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mardi 09 décembre 2025 à 08:51

Couverture de la 2è session du Collège des Chefs d’État de la Confédération AES : Les médias intéressés invités à se manifester pour les accréditations

La 2è session du collège des Chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel (AES) se tiendra à Bamako les 22 et 23 décembre prochains. En prélude à cette importante rencontre, la commission nationale d’organisation est à pied d’œuvre pour une éclatante réussite..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mardi 09 décembre 2025 à 08:43

Boubacar Samaké, président du COSAES Libye : «Les trois Chefs d’État de l’AES sont des libérateurs et des patriotes engagés»

Dans cet entretien, Boubacar Samaké, président du Comité de soutien à l’Alliance des États du Sahel en Libye (COSAES Libye), explique les raisons qui ont motivé la création de son association. Il appelle les populations de la Confédération des États du Sahel (AES) à soutenir les Chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger qu’il qualifie de messies, de libérateurs et de patriotes engagés..

Par Dieudonné DIAMA


Publié mercredi 03 décembre 2025 à 08:55

Dr Aly Tounkara : «Nous assistons à une réduction nette de l’intensité des conflits…»

Dans cet entretien, le directeur exécutif du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel(CE3S) livre son analyse sur la nouvelle posture des groupes radicaux violents qui s’attaquent désormais aux sources de ravitaillement du pays en carburant. Dr Aly Tounkara se prononce aussi sur les informations non fondées circulant sur un éventuel encerclement de Bamako et sur les actions à mener par les autorités pour contrer ces fausses informations alarmistes.

Par Dieudonné DIAMA


Publié mardi 25 novembre 2025 à 08:34

AN I du Premier ministre Abdoulaye Maïga : Des avancées notoires

Depuis son installation à la Primature le 21 novembre 2024, le Général de division Abdoulaye Maïga et son équipe s’attèlent à traduire en actes concrets les huit orientations données par le Chef de l’État lors du conseil des ministres inaugural..

Par Dieudonné DIAMA


Publié vendredi 21 novembre 2025 à 10:50

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner