Le Siège de la Bceao au Mali
Pour les usagers maliens, cette actualisation traduit surtout une évolution dans la manière d’effectuer les paiements et les transferts. L’ambition de PI-SPI est de permettre des transactions instantanées et interopérables entre les différents participants. Concrètement, l’utilisateur doit pouvoir effectuer une opération avec un bénéficiaire relevant d’un autre établissement participant, sans que les deux clients soient nécessairement rattachés au même réseau.
Le changement est important dans un pays où les moyens de paiement se sont fortement diversifiés. Le client peut détenir un compte bancaire, utiliser un portefeuille de monnaie électronique ou recourir à d’autres services financiers numériques. La présence, dans la liste malienne, de banques et d’acteurs de la finance digitale illustre cette volonté de faire fonctionner ces différents univers dans un même écosystème. Les 19 participants comprennent notamment AFG Bank, Bank of Africa, Banque Atlantique, Banque commerciale du Sahel, BCI, BDM, BIM, BMS, BNDA, BSIC, Coris Bank, Ecobank, Orabank et UBA, mais aussi Moov Money, Sama Money, Orange Finances Mobiles Mali, Baobab et Cofina.
Pour un particulier, le principal avantage attendu est donc la simplification des opérations. Pour un commerçant ou une petite entreprise, l’interopérabilité peut également faciliter l’encaissement et le règlement de transactions entre clients utilisant des services différents. Le gain recherché est à la fois pratique et économique : réduire les contraintes liées aux réseaux fermés, fluidifier les paiements et favoriser un usage plus large des services financiers numériques.
Mais derrière cette facilité d’utilisation se joue un enjeu plus large pour le système financier malien. L’interopérabilité rapproche les banques, les établissements de paiement, les émetteurs de monnaie électronique et les autres acteurs autorisés. Elle peut ainsi modifier les habitudes des clients et pousser les prestataires à davantage se différencier par la qualité, la rapidité, la sécurité et les conditions de leurs services.
La nouvelle liste pose toutefois une question importante : pourquoi certaines banques ou certains établissements n’y figurent-ils pas ? La BCEAO parle précisément de participants « autorisés à ouvrir les services de PI-SPI au public ». La présence dans cette liste renvoie donc à un processus d’intégration au dispositif. Il serait hasardeux de considérer automatiquement qu’un établissement absent est définitivement exclu.
Les conditions techniques, réglementaires et opérationnelles ainsi que l’état d’avancement de la connexion peuvent expliquer les différences de situation entre établissements. Cette distinction est d’autant plus importante que le déploiement de PI-SPI s’effectue progressivement. La question mérite donc d’être précisée par la BCEAO : quelles sont exactement les conditions à remplir pour qu’une banque puisse ouvrir le service à sa clientèle et selon quel calendrier les établissements encore absents pourront-ils rejoindre le dispositif ?
Pour le Mali, l’enjeu dépasse ainsi la seule modernisation technique des paiements. Avec 19 participants autorisés à ce stade, le pays entre dans une nouvelle phase de l’interopérabilité financière. Reste désormais à mesurer son effet réel sur les usagers : rapidité des transferts, accessibilité des services, coût des opérations, sécurité des transactions et capacité des différents acteurs à faire de cette innovation un outil réellement accessible au plus grand nombre.
Mariam A. TRAORÉ
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