Mali-Sénégal : Le numérique franchit la frontière

Inaugurée à Kidira et Diboli, la liaison de fibre optique entre le Mali et le Sénégal doit faciliter la circulation des données et renforcer la fiabilité des communications entre les deux pays

Publié mercredi 07 octobre 2026 à 08:12
Mali-Sénégal : Le numérique franchit la frontière

Cette liaison marque une étape concrète dans la construction d’un réseau numérique régional davantage connecté

 

À la frontière, ce ne sont pas seulement des hommes et des marchandises qui circulent. Désormais, les données aussi franchissent plus directement la ligne qui sépare le Mali du Sénégal. La Société malienne de transmission et de diffusion (SMTD-SA) et Sénégal Numérique-SA ont inauguré, hier, l’interconnexion de leurs backbones nationaux, ouvrant une nouvelle voie au trafic numérique entre les deux pays.

La cérémonie, organisée dans les localités frontalières de Kidira et de Diboli, a réuni les responsables des deux sociétés, les autorités administratives et les représentants des administrations maliennes et sénégalaises. Elle marque une étape concrète dans la construction d’un réseau numérique régional davantage connecté et résilient.

Pour Dr Cheick Oumar Traoré, directeur général de la SMTD-SA et président du Réseau ouest-africain des Backbones (ROA-BN), cette réalisation dépasse largement la mise en service d’un équipement technique. « L’interconnexion de nos infrastructures nationales de télécommunications ne constitue pas uniquement une réalisation technique », a-t-il souligné. Elle doit permettre de rapprocher les deux pays, de faciliter les échanges et de renforcer leur souveraineté numérique. Sur le terrain, l’enjeu est d’abord celui de la circulation des données. En reliant directement les deux réseaux nationaux, l’infrastructure renforce les capacités de transmission et doit contribuer à améliorer la qualité et la disponibilité des services numériques. Elle offre également davantage de possibilités pour les opérateurs de télécommunications, les fournisseurs de services numériques et les entreprises technologiques.

Pour les usagers, les effets attendus se situent dans plusieurs domaines. Commerce électronique, services financiers numériques, administration en ligne, éducation, recherche ou encore entrepreneuriat peuvent tirer profit d’une connectivité plus robuste. La mutualisation et l’optimisation des infrastructures pourraient aussi contribuer à réduire les coûts de transmission des données.

Mais l’enjeu dépasse la seule performance technique. Dans un contexte où les réseaux numériques sont devenus indispensables au fonctionnement des États, leur continuité et leur sécurité constituent désormais des questions de souveraineté.

L’interconnexion offre ainsi une voie supplémentaire pour acheminer le trafic et renforcer la résilience des communications. En cas de perturbation d’un axe, la diversification des routes de transmission devient un atout pour maintenir les services essentiels. Cette nouvelle liaison s’inscrit dans la vision portée par le ROA-BN, qui entend progressivement densifier les interconnexions entre les pays ouest-africains. L’objectif est de passer de réseaux nationaux fonctionnant largement séparément à un ensemble régional davantage maillé, capable de multiplier les routes de transmission et de mieux absorber les incidents.

Le président du ROA-BN a appelé à poursuivre cette dynamique, notamment par le développement des infrastructures de transport de données, le renforcement des compétences numériques et la multiplication des partenariats entre acteurs publics et privés. « Notre objectif doit être de construire un espace numérique africain interconnecté, résilient, sécurisé, accessible et souverain », a-t-il indiqué.

À Kidira comme à Diboli, les poignées de mains échangées entre responsables maliens et sénégalais avaient ainsi une portée qui dépassait le symbole.

Elles accompagnaient la mise en service d’une infrastructure appelée à rapprocher davantage les deux pays. Car derrière la fibre, les équipements et les flux de données, c’est une nouvelle voie de coopération qui se dessine : une voie où circulent désormais, avec les données, des services, des savoirs, des innovations et de nouvelles opportunités.

Mariam A. TRAORÉ

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