Un paysan
dans son champ de maïs
Dans les
champs à travers le pays, les regards sont tournés vers le ciel. Chaque nuage
est observé avec attention par les producteurs. De Kita à Ségou, en passant par
Koutiala, le constat est presque le même : la campagne agricole 2026-2027
connaît des difficultés inhabituelles. Les pluies ont été rares dans plusieurs
localités, les séquences sèches fragilisent les cultures et les producteurs
doivent composer avec d’autres contraintes, notamment l’accès aux intrants et
aux moyens de production.
Dans
plusieurs zones agricoles, l’inquiétude grandit. Les producteurs ne cachent pas
leurs préoccupations face à une campagne qui, selon eux, ne ressemble pas aux
précédentes. Ils gardent tout de même l’espoir de voir la situation
pluviométrique s’améliorer dans les prochains jours. Toute chose qui
permettrait de limiter les pertes et de sauver la campagne agricole.
À Madila,
dans la Commune Ouest de Kita, Noumou Keïta observe ses parcelles avec une
attention particulière. Depuis plus de 40 ans, ce producteur connaît les
caprices de la terre et les réalités du monde rural. Sur ses 50 hectares, il
cultive plusieurs spéculations : maïs, sorgho, riz, pastèque, arachide, sésame
et patate douce. Il pratique également le maraîchage avec le gombo, l’aubergine
et le piment. Mais cette année, son
expérience lui permet de mesurer l’ampleur des difficultés. «Je n’ai jamais
vécu une campagne agricole comme celle-ci», confie-t-il. Pour lui, le mauvais
démarrage de l’hivernage a profondément perturbé le cycle des cultures. «Il y a
eu un mauvais démarrage de cette campagne, contrairement à l’année précédente.
La pluviométrie n’a pas été suffisamment au rendez-vous. Cela a beaucoup
affecté l’évolution des cultures. L’humidité du sol n’est pas suffisante pour
assurer une croissance normale», explique-t-il.
Dans ses
champs, les conséquences sont visibles. Certaines cultures qui nécessitent une
disponibilité régulière en eau accusent un retard dans leur développement. Le
producteur estime que les rendements pourraient connaître une baisse par
rapport à la précédente campagne. À cette difficulté climatique, s’ajoute la
question des intrants agricoles.
Pour les
producteurs, disposer d’engrais en quantité suffisante et au moment opportun
reste indispensable pour améliorer la productivité. « Le niveau de rendement de
toutes les productions agricoles va forcément chuter cette année à cause de ces
différents aléas », alerte Noumou Keïta. Il plaide pour un renforcement des
appuis aux producteurs, notamment à travers le développement des cultures de
contre-saison qui pourraient contribuer à compenser certaines pertes.
À
plusieurs centaines de kilomètres de Kita, dans l’Office riz de Ségou, les
inquiétudes sont également présentes. À Dioro, Hamidou Kouyaté, producteur de
riz, observe une campagne plus difficile que la précédente. Selon lui, les
premiers signes d’alerte sont apparus au mois d’août, une période généralement
favorable à l’installation des cultures. «Les inquiétudes ont débuté au mois
d’août, période où les producteurs étaient censés avoir davantage de pluies.
Mais malheureusement, il y a eux un déficit pluviométrique. Et jusqu’à présent,
ces inquiétudes persistent dans les champs», témoigne-t-il.
Dans cette
zone emblématique de la riziculture malienne, le manque d’eau a eu des effets
directs sur certaines exploitations. Des parcelles n’ont pas pu être exploitées
normalement et plusieurs travaux agricoles ont été perturbés. « Des champs sont
restés sans désherbage à cause du déficit pluviométrique. Cette situation est
défavorable à notre zone de production », explique le producteur. Pour lui,
améliorer les résultats de la campagne précédente apparaît désormais difficile
sans une amélioration rapide des conditions climatiques. Il appelle à renforcer
la disponibilité des engrais, faciliter l’accès au carburant et accompagner
davantage les exploitants agricoles.
À
Gouantiesso, dans le Cercle de M’Pessoba, Région de Koutiala, Lassina Dembélé
partage les mêmes préoccupations. Dans cette grande zone de production
céréalière, le retard des pluies a fortement perturbé le calendrier agricole. «
Au début des semis, nous avions beaucoup d’espoir, mais le retard des pluies et
les périodes de sécheresse ont perturbé la croissance des cultures »,
raconte-t-il.
Le
producteur explique qu’à chaque étape de la campagne, les paysans ont attendu
une amélioration qui n’est pas toujours arrivée. « Au moment du désherbage,
nous pensions que la situation allait s’améliorer, mais cela n’a pas été le
cas. Lorsque les cultures ont atteint la phase où elles devaient commencer à
produire, les pluies se sont de nouveau arrêtées », déplore-t-il.
Selon lui,
le maïs est particulièrement affecté par cette situation. Cette céréale,
importante pour l’alimentation et les revenus des familles rurales, risque de
connaître une baisse de rendement. Toutefois, il estime que certaines cultures
comme le mil et le petit mil conservent encore des possibilités si les
conditions météorologiques deviennent plus favorables.
OCTOBRE,
LE MOIS DECISIF- La météo reste aujourd’hui au cœur des préoccupations. Les
prochaines semaines seront déterminantes pour plusieurs exploitations
agricoles. Les tendances météorologiques expliquées par Amadou Diakité, chef du
service observation et préversion à Mali-Météo,
indiquent que la saison des pluies devrait encore se poursuivre en
octobre dans plusieurs zones du Mali, mais avec une diminution progressive de la
fréquence et des quantités de précipitations au fil du mois. Dans le Sud et le Sud-Ouest, notamment dans
les zones de Sikasso, Kadiolo, Bougouni et Yanfolila, des épisodes pluvieux
restent possibles jusqu’à la deuxième quinzaine d’octobre dans certaines
localités. Dans l’Ouest, notamment à Kita et Kayes, des pluies peuvent encore
intervenir, avec une fin de saison progressive.
À Bamako
et Koulikoro, quelques épisodes pluvio-orageux restent possibles, mais une
baisse sensible est attendue après la première décade d’octobre. Dans les zones
de Ségou, San et Niono, les pluies pourraient encore être intermittentes avant
une tendance à l’arrêt au cours du mois. Plus au Nord, notamment à Tombouctou,
Gao, Ménaka et Kidal, la fin de saison est déjà largement engagée.
Cette
évolution montre que l’espoir existe encore. Des pluies régulières dans les
prochains jours pourraient permettre à certaines cultures encore vigoureuses de
poursuivre leur développement. En revanche, des séquences sèches prolongées
pourraient compromettre définitivement les rendements dans les parcelles déjà
fragilisées.
Au-delà
des champs, c’est toute la chaîne alimentaire qui est concernée. Une baisse
importante de la production agricole pourrait réduire la disponibilité de
certaines denrées et exercer une pression supplémentaire sur les prix des
produits alimentaires.
Les
producteurs demandent donc des réponses rapides : disponibilité des intrants,
accès au carburant, soutien aux cultures de contre-saison et accompagnement des
exploitations vulnérables.
A Kita, Dioro et M’Pessoba, Ségou, Dioïla, Sikasso, Koutiala pour ne citer que ces grandes zones de production, les pluies attendues en octobre constituent un réel espoir pour les producteurs et pour tous les Maliens qui subissent déjà une crise multidimentionnelle depuis plus d’une décennie.
Mariam A. TRAORÉ
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