Harouna Niang, économiste et ancien ministre
Dans une tribune intitulée «Mali : faire des STEM un levier de l’emploi et de la transformation économique», il estime que l’avenir économique du pays dépendra largement de sa capacité à former des scientifiques, des techniciens, des ingénieurs et des innovateurs capables d’accompagner son développement. Selon lui, les données disponibles révèlent une situation préoccupante. En 2023, seulement 8,88 % des élèves du secondaire général et technique étaient inscrits dans les séries scientifiques au Mali. Dans l’enseignement supérieur, les filières scientifiques représentaient environ 19,47 % des étudiants. À cela s’ajoute un taux brut de scolarisation au secondaire inférieur à 40 %. Pour Harouna Niang, le problème est double : trop peu de jeunes accèdent encore au secondaire et, parmi ceux qui y parviennent, une faible proportion choisit les filières scientifiques et technologiques.
L’ancien ministre relève ainsi un paradoxe majeur : le Mali compte une jeunesse nombreuse confrontée aux difficultés d’accès à des emplois productifs, alors que les secteurs stratégiques de l’économie auront besoin de plus en plus de compétences spécialisées. Il cite notamment les domaines minier, énergétique, agricole, industriel et numérique. La transformation du lithium, la modernisation de l’agriculture, le développement de l’énergie solaire ou encore la création d’une industrie numérique nécessitent, selon lui, des ingénieurs, des chercheurs et des techniciens qualifiés.
Pour Harouna Niang, le véritable défi réside dans l’adéquation entre les formations proposées et les besoins de l’économie. «Un pays qui ambitionne de transformer ses ressources naturelles doit disposer des compétences nécessaires pour créer davantage de valeur ajoutée», soutient-il dans sa tribune. À ses yeux, exporter des matières premières ne produit pas les mêmes effets économiques que développer des industries capables de les transformer localement.
L’auteur estime que l’investissement dans les STEM permettrait d’améliorer l’employabilité des jeunes, de renforcer la souveraineté technologique du Mali et de stimuler l’innovation. Les sciences et technologies pourraient favoriser l’émergence d’entreprises dans des secteurs comme le solaire, l’Agritech, la maintenance industrielle, le numérique ou encore la transformation agroalimentaire.
S’appuyant sur des expériences internationales, Harouna Niang souligne que certains pays ont fait de l’orientation scientifique une priorité stratégique. Il cite notamment le Sénégal, le Rwanda et le Maroc, non pas comme des modèles à copier mécaniquement, mais comme des exemples montrant qu’une politique scientifique ambitieuse repose sur des choix publics volontaristes.
Dans sa réflexion, l’économiste insiste sur la nécessité d’anticiper les métiers de demain. Il propose la mise en place d’une cartographie nationale prospective des compétences afin d’identifier les besoins futurs en ingénieurs miniers, techniciens solaires, spécialistes du numérique, experts de l’eau, de l’environnement ou encore de l’industrie.
Il suggère également des objectifs progressifs pour renforcer la présence des jeunes dans les filières scientifiques et technologiques, avec une augmentation graduelle de leur proportion dans le secondaire et l’enseignement supérieur. Cette évolution devrait toutefois préserver l’équilibre avec les autres disciplines, notamment les sciences humaines, les lettres, le droit, l’économie, la culture et les arts.
Pour l’auteur, la promotion des STEM doit commencer dès l’école fondamentale. Cela passe par une meilleure formation des enseignants, le développement des travaux pratiques, l’installation progressive de laboratoires scolaires, la création de clubs scientifiques et l’apprentissage de la programmation et de la robotique lorsque les conditions le permettent.
Parmi les initiatives proposées figure la création des Olympiades nationales STEM du Mali, une compétition destinée à détecter et valoriser les talents scientifiques à travers les établissements scolaires, les régions et une finale nationale. Ces rencontres pourraient également favoriser une nouvelle perception des sciences auprès des jeunes et des familles.
Harouna Niang appelle aussi à une mobilisation des entreprises, de la diaspora scientifique et technologique ainsi que des acteurs de la formation professionnelle. Car, rappelle-t-il, une économie moderne ne nécessite pas uniquement des ingénieurs et des chercheurs, mais aussi des milliers de techniciens spécialisés capables d’accompagner les secteurs productifs.
En conclusion, l’ancien ministre propose l’élaboration d’une Stratégie nationale STEM 2027-2035, articulée avec la Vision Mali 2063, autour de plusieurs axes : formation des enseignants, équipements scientifiques, bourses dans les disciplines stratégiques, partenariat entre universités et entreprises, promotion des filles dans les sciences et développement de l’enseignement technique et professionnel.
Pour Harouna Niang, faire des STEM une priorité nationale revient à préparer simultanément l’emploi des jeunes, l’industrialisation de l’économie et la souveraineté technologique du Mali. «Le Mali ne pourra pas construire l’économie du XXIe siècle avec une structure de compétences héritée du siècle précédent», affirme-t-il.
Mariam A. TRAORÉ
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