« Sans une volonté politique forte, des infrastructures énergétiques adéquates, une stabilité à long terme et, surtout, la confiance des investisseurs envers les gouvernements, indispensable pour sécuriser les financements, il est peu probable que l’Afrique de l’Ouest devienne un centre de raffinage minier dans un avenir proche ». Cette analyse d’un expert africain du secteur minier, rapportée par le site « businessfinanceint.com », s’applique au cas du Mali, qui vient de lancer la construction de sa propre raffinerie d’or. Avec la détermination des autorités, l’engagement des investisseurs et la solidité du secteur minier, le Mali se donne toutes les raisons de croire en un avenir où son or brillera pour ses populations.
L’extraction aurifère est une tradition millénaire, mais le manque d’installations de transformation a toujours constitué une faille. Désormais, cette lacune sera comblée grâce à la future raffinerie de Sénou, qui devrait atteindre une capacité de raffinage de 200 tonnes par an. La mise en place d’une telle infrastructure est essentielle compte tenu du poids de l’or dans l’économie malienne. En dépit des défis sécuritaires majeurs, le Mali connaît une embellie dans sa production aurifère.
Les sociétés minières ont versé 835,1 milliards de Fcfa au Trésor public en 2024, soit une hausse de 52,5% par rapport à 2023. Ce bond est attribuable à l’entrée en vigueur du nouveau code minier et du code du contenu local, qui accroissent la participation du Mali dans les projets miniers à 35%, contre 20% auparavant, dont 5% réservés aux investisseurs privés. Cette réforme législative ouvre une nouvelle ère pour le secteur minier et permettra d’aller au-delà de l’extraction, en favorisant la transformation du minerai en produit fini.
LA SOUVERAINETE MINIERE, UN DEFI CONTINENTAL. La construction de raffineries et leur maintien face aux défis du développement restent une problématique pour l’Afrique, qui demeure l’un des principaux pourvoyeurs de matières premières minières. Une organisation suisse a publié un rapport détaillé intitulé « De l’ombre à la lumière : les relations d’affaires entre les mines d’or industrielles en Afrique et les raffineries » le 30 mars 2023. Ce document, basé sur une enquête menée entre janvier 2021 et février 2023, révèle que 142 relations d’affaires existent entre 116 mines industrielles africaines et seize raffineries dans le monde.
L’étude montre que quatre raffineries d’or concentrent 66% des échanges commerciaux avec les sociétés minières africaines. La première appartient à AngloGold Ashanti, Sibanye Gold et DRDGold, et traite principalement de l’or issu de quatorze pays, dont l’Afrique du Sud, le Ghana, la Tanzanie, la Namibie et la RD Congo. La deuxième, basée en Suisse, travaille avec les ressources aurifères de onze pays, notamment le Maroc, le Nigéria, le Mali et le Burkina Faso.
Face à cette dépendance, les pays de la Confédération des États du Sahel (AES) affichent leur volonté de maîtriser leur chaîne de production minière et de réduire leur dépendance aux géants étrangers. Le Mali suit ainsi l’exemple du Burkina Faso, deuxième producteur de l’AES, qui a lancé la construction de sa raffinerie en novembre 2023, avec une capacité de raffinage de 400 kg d’or par jour, soit environ 150 tonnes par an. Au Niger, si la production aurifère est plus modeste, le pays se distingue par l’exploitation de l’uranium et du pétrole.
Depuis 2011, le Niger dispose d’une raffinerie pétrolière à Zinder, et en 2024, il a franchi une nouvelle étape vers l’indépendance énergétique avec le lancement des travaux d’une raffinerie à Dosso, qui devrait traiter 100.000 barils de pétrole brut par jour. La souveraineté des pays de l’AES repose sur une gestion intégrale de la production minière, de l’extraction à la transformation locale. Ce modèle représente un défi à l’échelle continentale, mais le Mali, le Burkina Faso et le Niger montrent la voie vers une plus grande autonomie minière et industrielle.
Alassane Souleymane
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