Perspectives sahéliennes : La place désormais indélébile de l’AES sur l’échiquier diplomatique international

Les acteurs médiatiques maliens et sahéliens, publics ou indépendants, peuvent se réjouir du nouveau contexte créé il y a de cela trois ans à partir de notre pays, marqué par l’absence née d’une interdiction officielle dans le paysage de certains organes de radio, de télévision et quelques titres internationaux.

Publié mardi 08 avril 2025 à 07:55
Perspectives sahéliennes : La place désormais indélébile de l’AES sur l’échiquier diplomatique international

Cette absence, née des décisions gouvernementales prises à l’aune des agissements de ces organes contre nos pays, laisse de la place aux acteurs nationaux et locaux non sans leur imposer un impératif d’ajustement autant dans les lignes éditoriales que dans la production de contenus pour faire face à la demande informationnelle grandissante, elle-même longtemps captée par les chaines et titres étrangers ou internationaux.

Les consommateurs de l’information se sont aussi ajustés sur cette nouvelle donne, se donnant le choix de consommer le contenu que les médias traditionnels leur proposent ou celui que les médias et réseaux sociaux leur offrent. Il reste à rappeler que les gestionnaires des médias traditionnels publics et privés n’estiment pas bien profiter de cette nouvelle ère marquée par la disponibilité d’un espace plus grand, à cause du manque ou de l’insuffisance de mesures d’accompagnement incitatives de la part des pouvoirs publics pour gérer cette aubaine propice à l’accroissement de la production et de la consommation informationnelle nationale.

Pour les acteurs et les experts de l’informationnelle, la mise à disposition de moyens militaires et sécuritaires nécessaires dans la guerre contre le terrorisme doit forcément être accompagnée de moyens conséquents pour les acteurs de l’information. Car l’ennemi, lui, joue sur les deux bords sinon au-delà. Contre mauvaise fortune bon cœur, les médias nationaux au Sahel, particulièrement dans l’espace AES, tentent de tenir la barque entre leurs missions officielles et la concurrence accrue des nouveaux médias, qui tirent tous les bénéfices du développement des réseaux sociaux et surtout de la difficulté à mettre en place la régulation idoine.


C’est dans ce contexte qu’évolue la Confédération AES qui poursuit sa marche inexorable vers la consolidation de sa stratégie de développement politique, économique, diplomatique, culturelle, en se plaçant en orbite pour devenir une entité politique intangible en Afrique et sur la carte diplomatique africaine. La présence des trois chefs de la diplomatie ensemble en Russie les 3 et 4 avril dernier et la réponse collective à l’agression algérienne dans la soirée du 6 avril, suite aux tirs contre un drone des FAMa, sont venues de manière presque synchronique démontrer cette place de l’AES dans la marche géopolitique régionale, africaine et mondiale.

Ceux qui en doutent en ont pris pour leur grade, que ce soit à Moscou où dans les trois capitales, avec le retentissement du communiqué final AES-Russie et des communiqués des trois gouvernements contre l’acte inamical d’Alger. Si jusque sur les cimes de l’Oural, l’on arrive à entendre les échos retentissants de l’AES, ce n’est pas sur les cimes du Hoggar, du Kilimandjaro, du grand Canyon ou encore des Vosges qu’on se bouchera les oreilles pour ne pas les entendre. Le son est strident et perce l’ouïe de tout récalcitrant devant la marche de l’histoire et d’une Afrique renaissante de sa souveraineté retrouvée, à travers la place désormais indélébile de l’AES sur l’échiquier international.

L’AES trace les sillons de l’espérance pour ses vaillantes populations, de Kokofata au Mali à Bilma au Niger, de Dori au Burkina Faso à Tinzaouatène au Mali. Les anciens partenaires qui ont minimisé les spécificités historiques, géographiques, culturelles de l’espace AES et les similarités sociales de ses populations se sont égarées dans des analyses alambiquées qui ont fini par éroder les liens politiques qu’ils avaient avec les Etats de la Confédération.  Les auteurs de l’ouvrage collectif paru en 2019 intitulé «Identités sahéliennes en temps de crise. Histoires, enjeux et perspectives» offraient pourtant une analyse approfondie et froide pour tout acteur intéressé d’intervenir au Sahel, en acteur ou partenaire. 


«Si le conflit et la violence occupent actuellement une position centrale dans les études sur la région, ils sont saisis ici à travers une connaissance ethnographique et une perspective historique qui tient compte d’éléments structurels et de contingents en proposant une lecture intelligible des changements sociaux. En effet, l’absence d’une telle approche pourrait conduire à l’échec de nombre d’initiatives des États sahéliens et de leurs partenaires internationaux impliqués dans la résolution de la crise», écrivaient-ils. Il est heureux, après 2019, de constater que la nouvelle gouvernance établie dans l’espace AES s’inscrit dans une action publique nourrie d’analyses objectives, responsable et portée sur le progrès à la fois des Etats et de leurs peuples.

Ainsi va l’AES avec le Mali en son sein. La Confédération évolue avec les partenaires qui croient en elle, qui la respectent tout en ayant une vue large du contexte mondial marqué par la naissance d’un monde multipolaire, lui-même résistant aux soubresauts des premiers actes du nouveau président américain Donald Trump. Cette analyse, le Général d’armée Assimi Goita et ses pairs du Collège des Chefs d’état de l’AES la font au quotidien, en tenant compte des intérêts de leurs peuples et des réalités endogènes.

C’est cela qu’un acteur international et partenaire fiable comme la Russie sait et qu’un voisin régional hostile comme l’Algérie tente d’ignorer.

Il en est ainsi des perspectives sahéliennes, vues du Mali. Cette lecture de l’actualité se poursuivra dans la chronique éponyme que la rédaction s’efforcera de vous proposer chaque mardi, dans le sillage de la construction de notre espace confédéral AES.

Alassane Souleymane

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