Patrick Juillard : «Le Mali doit revoir son approche de match décisif»

Dans ces lignes, notre confrère de Sport 365, évoque l’élimination prématurée de certaines grosses pointures et l’échec des Aigles face aux Éléphants et se projette sur les demi-finales qui se disputent ce mercredi

Publié lundi 05 février 2024 à 07:52
Patrick Juillard :  «Le Mali doit revoir son approche de match décisif»

L’Essor : Quel commentaire faites-vous des résultats des quarts de finale ?


Patrick Juillard : On constate que toutes les équipes qui pouvaient prétendre à gagner la CAN pour la première fois, sont éliminées. Les quatre du dernier carré sont des équipes qui ont déjà gagné la CAN et qui sont même parfois des habitués sur la derrière décennie. Le Nigeria a remporté le tournoi en 2013, la Côte d’Ivoire en 2015. Les deux équipes sont un peu à mon avis au-dessus des autres, mais pour des raisons différentes.

Le Nigeria continue d’enchaîner les matches sans encaisser de buts, en gagnant et en restant hermétique avec une attaque efficace et une défense intraitable. C’est une équipe qui est un peu moins fatiguée que les autres. La Côte d’Ivoire est le contraire. C’est le miracle permanent. Quand les choses semblent tourner à sa faveur, l’équipe donne des signes de faiblesse, au contraire quand on la croit au fond du trou, hors course, elle se relève et trouve des ressources qu’on ne soupçonnait pas et elle arrive à renverser le match. Ce sont des scenarios très instables et imprévisibles. Ça peut aussi donner de la force à un groupe puisque ça donne confiance à ses capacités de réaction et à la résilience. C’est très intéressant pour la Côte d’Ivoire. Il faudra aussi gagner en rigueur et en constance parce qu’il y a encore beaucoup de trou d’air dans les matches de cette équipe.

Il y a deux équipes qui avancent très discrètement, la RD Congo qui a enfin gagné un match au meilleur moment, qui a sorti la Guinée de manière tout à fait logique. Il n’y a pas eu vraiment de match. La Guinée a sabordé davantage qu’elle avait pris, s’est sortie pratiquement toute seule de la compétition en commettant des erreurs, ne délivrant pas le football offensif et chatoyant qu’elle avait jusqu’alors développé. Et l’Afrique du Sud qui a éliminé le Cap-Vert au terme d’une séance des tirs au but assez incroyable. C’est une équipe solide qui encaisse peu. Maintenant, ce quart de finale, au niveau du jeu n’était pas le plus séduisant, et l’Afrique du Sud devra montrer un autre visage, à mon avis contre le Nigeria pour espérer se qualifier. La Côte d’Ivoire est retournée à Abidjan pour jouer contre la RD Congo.

L’Essor : À votre avis, qu’est-ce qui a manqué au Mali pour battre la Côte d’Ivoire

Patrick Juillard : Il n’a pas manqué grand-chose au Mali. Dans le jeu, la qualité technique, dans la prestation collective, les automatismes, le Mali me semblait supérieur à cette équipe de Côte d’Ivoire. Mais il a manqué un petit quelque chose. Je trouve peut-être que le coaching n’a pas envoyé des bons signaux. On a eu l’impression qu’Éric Sékou Chelle cherchait avant tout à préserver son avantage alors que le Mali est davantage à l’aise quand il a le ballon, quand il joue en possession. Il a peut-être trop fait reculer son bloc devant son but pour le protéger.

 Le Mali aurait peut-être dû rester en bloc médian, voire jouer en bloc haut pour continuer d’agresser les Ivoiriens qui étaient un peu en perdition après l’ouverture du score par les Aigles. C’était peut-être assez décevant à ce niveau. Un peu plus d’expérience, je pense, aurait amené le coach et les joueurs à rester plus haut sur le terrain. C’est toujours deux buts aux dernières minutes des moments clés, dans le temps additionnel pour égaliser et en fin de prolongations. Avec en plus, sur le deuxième but un ballon détourné sur une frappe un petit peu raté de Seko Fofana. C’est quelque chose qui ressemble au coup du sort mais qui montre aussi parfois une défense qui n’était pas forcément dans l’agressivité, dans l’envie requise. Il y a aussi peut-être un peu de peur de la part des joueurs dans ce contexte, très bouillant du stade entièrement acquis à la cause des Éléphants.

Il faudra encore pour le Mali de revoir son approche de match décisif. On a vu des progrès par rapport à l’édition de 2021 mais il manque encore quelque chose à l’équipe. Je pense que cette équipe, malgré l’apport mental d’Éric Sékou Chelle, reste encore un peu trop scolaire, il faut parfois savoir dans le dépassement de fonctions, être dans la confiance en soi et pas toujours dans la volonté de rester équilibré. Peut-être qu’il aurait fallu continuer de pousser plus.

L’Essor : Comment expliquer l’élimination de presque tous les favoris avant les quarts de finale ?

Patrick Juillard : Il est assez difficile d’apporter une explication à l’élimination des favoris. Je pense pour ma part que les équipes nord-africaines, Tunisie, Maroc, Algérie, Égypte, ont beaucoup péché sur le plan physique. J’ai trouvé que c’était des équipes qui avaient du mal à faire un match entier, à livrer 90 minutes à haute intensité. Il y avait des trous d’air, des temps faibles très marqués dans ces équipes. Il y a peut-être eu aussi, un certain manque d’efficacité offensive et de talents pour ces équipes.

Pour la Tunisie, c’est évident, il n’y a aucun attaquant de haut niveau dans cette équipe. Et pour le Maroc, beaucoup de joueurs ont été un petit peu en méforme à l’approche de cette CAN parce qu’ils n’avaient pas beaucoup de temps de jeu dans leurs clubs respectifs. Quant à l’Algérie, c’est beaucoup plus un problème de relationnel entre les joueurs et le sélectionneur qui était devenu d’une grande nervosité qui communiquait cela à son groupe. Pour une phase finale aussi longue, je pense que, c’est assez pénalisant.

 On l’a vu, l’Algérie n’a fait que décliner après une bonne première période contre l’Angola. Le Sénégal, c’était à mon avis une équipe qui était un peu sûre d’elle après un très bon premier tour. Il a peut-être pris de haut la Côte d’Ivoire après avoir rapidement ouvert le score et l’équipe a été trop économe de ses efforts, elle aurait dû davantage pousser son avantage. Voilà pour les principaux favoris. Je ne considère pas le Cameroun comme un favori aujourd’hui. C’est une équipe trop faible et instable pour cela. On peut aussi ajouter le Ghana qui, pour la deuxième fois consécutive, a raté sa CAN. Il n’a même pas gagné un match. Il y a tout un déclin à interroger parce que le Ghana présente des joueurs de qualité, dans à peu près toutes les lignes, je pense qu’il y a un problème de sélectionneur, de management, de continuité, ils changent très souvent de coach et ça se paie.

 

Interview réalisée par

Ladji Madihéry DIABY

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