Mariam Finda Konaté : Une force qui va

La confiance en soi, la volonté de toujours chercher les solutions et l’amour du pays font que la jeune fille est totalement imperméable au doute

Publié jeudi 24 août 2023 à 05:51
Mariam Finda Konaté : Une force qui va

Elle fonctionne selon un agenda chargé dans lequel ses études et sa passion pour la robotique se taillent la part du lion. Elle nous fait donc savoir qu’elle a une heure à consacrer à notre entretien. Il importe cependant de reconnaitre que la ponctualité est une vertu à laquelle elle est attachée et qui la fait arriver avec une heure d’avance à notre rendez-vous fixé à l’Université de Kabala.

Jeune personne de quinze ans (elle est née le 10 septembre 2007), élève en 11è sciences, Mariam Finda Konaté est le leader emblématique du Team Makers dans lequel se retrouvent ses co-équipiers Zeynabe Diawara, Ousmane Guindo, Alou Gueye et Mahamadou Sanogo. Le quintette s’est déjà bâti un palmarès en remportant une médaille d’or à la Pan African Robotic Competition (PARC-2022), compétition continentale de robotique. L’équipe a été soutenue en cela par Robots-Mali, une association focalisée sur l’éducation en technologie de pointe, notamment la robotique et l’intelligence artificielle.

Pour sa part, Mariam découvre la robotique à travers une visite des formateurs de RobotsMali dans son école. Elle se trouvait en classe de 10è alors que seules les 11è et terminales étaient concernées par la formation à la fin de laquelle des éléments de 11è l’approchent pour discuter d’une participation à la compétition robotique PARC qui devait avoir lieu au Sénégal. L’équipe se rend à Donilab, le seul centre dispensant une formation en robotique que les jeunes gens connaissaient. Le rêve tourne court très rapidement : la formation s’avère trop chère pour ce qu’ils peuvent réunir comme ressources. Mais par chance pour eux, Robots-Mali lance au même moment un test de sélection pour le PARC.

Test qui sera suivi d’une évaluation pour déterminer les quatre équipes qui représenteront le Mali à Dakar. Ce seront l’équipe Tech (la plus jeune avec des éléments de 8è), Stars et Makers (dont les membres sont de la 10è à la terminale), et les Engineers (comprenant exclusivement des étudiants). Les candidats sont sélectionnés en fonction de leur créativité, de leur curiosité et de leur faculté d’adaptation. «Mariam s’est naturellement imposée cheffe du groupe des Makers de par son leadership inné et sa témérité», se rappelle Alou Dembélé, ingénieur et coach Robots-Mali.

La préparation à la compétition était difficile, selon notre interlocutrice. Le challenge proposé à la compétition est en effet assez ardu. Il se réfère à l’Objectif de développement durable (ODD) 2 et s’intitule «Trouver une solution contre la faim en Afrique». L’équipe Makers va développer son projet dénommé Baloso et bâti autour du postulat suivant : «La faim règne dans les zones de conflits armés». La famine est notamment aggravée par les pillages et la destruction des récoltes et greniers des villageois par les bandits et les djihadistes. Une situation malheureusement constatée au Mali.

Le projet Baloso propose un système agricole autonome et sécurisé grâce à l’application de technologies de pointe. Le projet contribuera à résoudre le problème de l’insécurité alimentaire et l’impact du réchauffement climatique tout en améliorant la productivité et l’efficacité des méthodes agricoles.


Des drones agricoles, des capteurs, de l’intelligence artificielle pour mesurer l’humidité, l’état de santé du sol et des plantes, l’arrosage automatique des plantes en fonction du besoin en eau, la prévision météorologique, la prévision des sécheresses sont quelques-unes des innovations qui seront mises en œuvre dans ce type d’agriculture.  La veille sur la sécurité des installations sera assurée par des drones et par un système d’alarme connecté à la base militaire la plus proche ou un commissariat.

Autre choix du projet Baloso, l’accent est mis sur le recours à l’énergie renouvelable. La bouse recueillie auprès d’un élevage de bovins sera mise à fermenter pendant trois semaines afin de produire du méthane qui, à son tour, servira à l’éclairage de la ferme et de certains villages des alentours. Comme source d’énergie supplémentaire, le projet Baloso compte développer l’éolien et le solaire. «Cet aspect a capté l’attention de l’auditoire lors de notre présentation», se remémore la roboticienne en herbe. Il faut dire que pour blinder la faisabilité de son projet, l’équipe Makers a rencontré et échangé avec des spécialistes de l’agriculture et des paysans.

Après avoir peaufiné le concept, il faut matérialiser le projet sur une maquette. À cause de la Covid-19, les participants ne recevront pas le matériel que PARC devait lui envoyer depuis le Sénégal. Les responsables suggèrent d’attendre de se retrouver sur place pour monter la maquette. Hors de question, rétorquent les jeunes gens qui se mettent donc au travail. Un travail minutieux et délicat. La pression était intense. Les coaches font tout reprendre à la moindre erreur, car l’objectif est la médaille d’or. Le stress fait verser quelques larmes à certains. Mais personne ne songe à se relâcher.

La base de la réussite, pour Mariam, c’est la confiance en soi. «Nous l’avions», se rappelle-t-elle. Cette confiance continuera à être mise à rude épreuve. L’équipe malienne fera cinq jours de route entre Bamako et Dakar à cause de l’embargo de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Refoulée à la frontière, elle a été obligée de retourner à Kayes à deux reprises. « Il a fallu plusieurs coups de fils pour avoir l’autorisation de passer», se rappelle le coach Alou Dembélé.

Ce retard ne laisse pas aux jeunes le temps de s’entrainer avant la compétition. D’ailleurs, un autre problème surgit très vite. Les organisateurs changent les dimensions du terrain sur lequel doivent opérer les robots recycleurs de l’équipe Stars. Il faut donc reconstruire ceux-ci. Stars y consacre toute une nuit, mais les trois autres teams restent mobilisés auprès de leurs camarades en difficulté. Cette solidarité a payé. Au finish, les équipes Tech, Makers et Engineers ont remporté chacune une médaille d’or.

«Les jeunes ont la volonté de se sacrifier pour le Mali. Ils ont une flamme qui brûle en eux, c’est l’amour du pays. Ces enfants nous incitent à faire encore plus», dit Seydou Katikon, administrateur de Robots-Mali. Quant à Alou Dembélé, il soutient que chacun de ses protégés a des objectifs clairs, chacun d’eux nourrit un projet. «J’ai la ferme conviction que ces sciences sur lesquelles nous travaillons vont nous hisser au sommet. Il faut donc les intégrer au cursus scolaire», s’enthousiasme-t-il.

Lorsqu’on écoute Mariam, on se rend compte qu’elle n’a pas usurpé sa réputation, celle d’être «une force qui va», selon la formule du poète. Elle ne dissimule pas ce qu’elle aime dans la robotique, c’est relever des défis, entretenir la réflexion et trouver des solutions. Notre jeune dame, qui se rêve en docteur, se plaît dans sa position de leader. Elle reconnait volontiers être habitée depuis toujours d’une totale confiance en soi.

Sans fausse modestie, elle affirme affectionner la fréquentation de «gens intelligents». Elle est l’aînée d’une fratrie de quatre (un frère, deux sœurs). Son père Tamba Konaté est technicien de santé et sa mère, Mariam Sacko, est enseignante. Sa présence à Robots-Mali, elle la doit au soutien de sa mère, son père étant réticent au départ.

Ses parents cherchent désormais à la dissuader de viser un leadership national. «Et moi tout ce qu’on dit que je ne peux pas faire, c’est ce que je fais», rétorque-t-elle. Comme aurait pu le dire un auteur naguère célèbre, aux caractères bien trempés, la valeur n’attend point le nombre des années.

Oumar SANKARE

Lire aussi : Disponibilité des hydrocarbures à Bamako : L’embellie se poursuit

Ah oui ! Tout indique, ce matin du mercredi 26 novembre 2025, que la situation s’est améliorée concernant l’approvisionnement en carburant dans la ville de Bamako. La circulation reprend son rythme habituel. Les embouteillages aussi..

Lire aussi : Marchandises maliennes bloquées à Dakar : Trois mois de répit accordés aux opérateurs

Le président du Conseil malien des chargeurs (CMC), Kissima dit Bakissima Sylla, a annoncé ce mercredi 26 novembre que des dérogations exceptionnelles ont été accordées aux marchandises maliennes bloquées au port de Dakar..

Lire aussi : Hamadou Fall Dianka, DG des Impôts : «Le montant des recettes électroniques a atteint 300 milliards de Fcfa en 2024»

Dans cet entretien exclusif, le directeur général des Impôts évoque, entre autres, les étapes franchies en termes de transformation numérique de ses services, les avantages concrets pour les citoyens et les entreprises, les défis rencontrés et les innovations à venir pour consolider cette d.

Lire aussi : Disponibilité du carburant à Bamako : Normalisation au niveau des transports en commun

Avec la pénurie de carburant, plusieurs véhicules de transport en commun avaient disparu de la circulation dans la capitale. Ils refont surface aujourd’hui avec la disponibilité du précieux liquide dans certaines stations-services. Et cela grâce aux efforts des autorités et des importateurs .

Lire aussi : Gestion de la crise des hydrocarbures : L’urgence de venir en aide aux régions affectées

La réunion du Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes, tenue hier à la Primature sous la présidence du Premier ministre Abdoulaye Maïga, a aussi salué les effets immédiats du protocole d’accord ayant permis d’accélérer le dédouanement des camions citernes. Cepend.

Lire aussi : Dédouanement rapide des hydrocarbures : Sur 114 citernes, 110 sont sorties en moins de 24 heures

Un protocole d’accord a été signé vendredi dernier entre le gouvernement et les groupements des pétroliers pour accélérer les procédures de dédouanement des citernes d’hydrocarbures. Le ministre du Commerce et de l’industrie, Moussa Alassane Diallo, a pu constater l’effectivité sur .

Les articles de l'auteur

Mopti : la résilience communautaire récompensée par la labellisation des «Communautés favorables aux Pratiques Familiales Essentielles»

À Mopti, la cérémonie de labellisation des «Communautés favorables aux Pratiques familiales essentielles (PFE)» a consacré les efforts conjoints de l’Unicef, du gouvernement malien, de la Banque mondiale et de l’ONG CIAUD Canada. Dans une région marquée par l’insécurité et la précarité, l’événement symbolise la victoire d’un engagement communautaire pour la santé et le bien-être des familles.

Par Oumar SANKARE


Publié mardi 04 novembre 2025 à 13:57

Mine d’or de Morila SA : La SOREM signe sa première convention de partenariat

La Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales du Mali, (Sorem), qui détient l’intégralité du capital de la mine d’or de Morila, vient de signer une convention avec la société américaine Flagship en vue de la reprise des activités de production de ce fleuron de l’industrie minière du Mali..

Par Oumar SANKARE


Publié jeudi 09 octobre 2025 à 07:56

Championnat national de tennis : Al Béchir Diarra s’offre le champion en titre

Au terme d’une finale d’un très bon niveau technique qui a duré 4h10 min, Al Béchir Diarra, sociétaire du Tennis club de Bamako-Coura (TCB), a remporté, samedi dernier, le premier titre majeur de sa carrière, à savoir le trophée de la 47è édition du Championnat national de tennis..

Par Oumar SANKARE


Publié lundi 06 octobre 2025 à 08:19

Championnats du monde de bras de fer : Le Mali se fait une place dans l'élite mondiale

Le Mali a réalisé une performance sans précédent aux Championnats du monde de bras de fer, qui se sont déroulés du 17 au 22 septembre en Bulgarie. Présente avec trois athlètes, la délégation malienne a brillé, marquant l'histoire de ce sport dans le pays..

Par Oumar SANKARE


Publié mercredi 24 septembre 2025 à 08:30

Transformation de la peau : Imatan SA veut atteindre le stade du finissage

Cet établissement industriel de transformation de peaux des moutons et de chèvres, exporte 100% de ses produits, principalement vers des industries en Inde, Chine, Espagne et au Pakistan. L’entreprise qui enregistre une production mensuelle de 150.000 à 200.000 peaux, souhaite bénéficier de financements pour investir dans des équipements modernes afin de diversifier ses marchés.

Par Oumar SANKARE


Publié jeudi 28 août 2025 à 08:21

Hausse du prix du ciment : Le BTP En berne

Le sac de ciment de 50 kg est actuellement vendu entre 6.000 et 6.500 Fcfa à Bamako. En cause, la désorganisation du transport et l’interdiction des camions hors gabarit sur les routes nationales, d’après certains acteurs du secteur. Une situation qui rallonge, selon eux, les délais de livraison et augmente les coûts. En conséquence, des chantiers sont à l’arrêt. Et des ouvriers, techniciens et promoteurs immobiliers en chômage technique.

Par Oumar SANKARE


Publié jeudi 14 août 2025 à 11:45

Mali : Remise officielle de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation au Chef de l'Etat

Le projet de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation a été officiellement remis ce 22 juillet au Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goita, marquant une étape décisive dans le processus de paix au Mali..

Par Oumar SANKARE


Publié mardi 22 juillet 2025 à 21:24

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner