#Mali : Divorce : Des conséquences indéniables sur la progéniture

Les enfants vivent le plus souvent très mal la séparation des parents. Certains en souffrent moralement et psychologiquement et peuvent s’exposer à des vices qui affectent leur quotidien et sociabilité

Publié jeudi 20 juin 2024 à 15:40
#Mali : Divorce : Des conséquences indéniables sur la progéniture

Le mariage est une union des plus nobles bénie par le Créateur et la société. Il est célébré et fêté lors des occasions pour se rappeler les bons et difficiles moments passés entre les deux conjoints. Mais lorsque les difficultés et les dissensions s’accentuent dans le couple, elles peuvent aboutir malheureusement à la rupture entre les conjoints.

Toutefois, cette rupture ou divorce a des conséquences graves sur le développement psychologique et psychique des enfants. Là où le bât blesse, c’est que le phénomène est en expansion. Selon des données, environ 140.000 cas de divorce ont été enregistrés en 2020 dans notre pays avec environ 75% des procédures de divorce engagées à la demande des femmes et dont à peu près 30% dans la ville de Bamako qui enregistre le plus grand de divorces au Mali. Cette séparation impacte l’éducation des enfants.

Les parents de Mamadou Traoré ont divorcé. Nous l’avons rencontré le vendredi 1er juin à 1 heure du matin près d’un feu tricolore à proximité du commissariat de Quinzambougou en Commune II du District de Bamako. Il était en train de consommer de la drogue. «Tantie, je suis devenu un toxicomane après la séparation de mes parents. J’étais parmi les 3 premiers de ma classe mais tout a commencé en 2017 quand mon père a épousé une deuxième femme. Celle-ci était sa préférée. Ma mère n’a pas pu digérer la situation. Un bon matin, elle a quitté le foyer conjugal en laissant mes deux petites sœurs et moi à la merci de notre belle mère», se rappelle celui que tout le monde appelle par le sobriquet «Momo».

Cet homme de 25 ans raconte l’enfer qu’il a vécu après le départ de sa maman. «Mon père ne payait plus les frais scolaires de mes sœurs et moi. On ne mangeait plus à notre faim et pire l’atmosphère à la maison était tendue et j’ai accepté la proposition d’un ami du quartier de l’accompagner dans la rue en 2018», affirme Mamadou Traoré dont les grands-parents maternels se trouvent à San. Depuis ce jour, la rue est devenue sa maison. Il explique que ses sœurs se livrent à la prostitution pour survivre. L’année dernière, dit-il, le jeune homme a eu les nouvelles de leur mère qui se trouve au Maroc.

Contactée au téléphone Mariam Traoré, 22 ans, l’une des sœurs de Mamadou Traoré révèle qu’elle travaille pour un proxénète. «Je fais ce sale travail depuis 2021. Ma sœur et moi ne mangions plus à la maison. Un jour en partant à l’école, j’ai été approchée par un adulte pervers qui m’a proposé de travailler avec lui. En contrepartie j’aurai beaucoup d’argent. J’ai accepté sa proposition.

Mon rendez-vous avec mon premier client était conditionné à ma virginité. Si j’accepte d’offrir ma virginité à mon premier client, je serai rétribuée à 250.000 Fcfa. Ce qui fut le cas. Je pratique une prostitution de luxe (mes tarifs sont conséquents et ne sont pas donnés pour les premiers venus !) et je suis médicalement suivie par des spécialistes chaque mois où je me fais consultée. Je fais ça en vue d’être indépendante financièrement, déplore-t-elle les larmes aux yeux. Avant d’ajouter qu’elle ne pardonne jamais à ses parents pour l’avoir contraint faute de moyens de passer par la prostitution pour vivre».

La désillusion- Samedi 2 juin à 10heures, nous sommes à Bolibana en Commune III du District de Bamako. Oumou Touré, journaliste dans un organe de la place, est vêtue d’une robe jaune et coiffée d’un foulard blanc. Elle soutient que les parents devraient éviter de divorcer pour  la protection de leurs enfants. «Mes parents ont divorcé quand j’avais 17 ans, il y a une dizaine d’années. Cela a négativement impacté ma vie, car j’étais habituée à vivre avec les deux, dans une ambiance familiale très confortable. Du jour au lendemain, j’ai vu mon monde s’écrouler comme un château de cartes.

Je ne m’étais rendue compte de rien. Je n’avais jamais assisté à une quelconque dispute entre mes parents», nous explique Oumou Touré qui est aujourd’hui mariée et mère de deux enfants. Notre consœur avoue avoir supporté la dépression pendant 5 ans. «Aucun enfant sur terre ne mérite de vivre la séparation de ses parents. Si ma grand-mère maternelle n’était pas là pour moi, j’allais perdre la tête. Je n’arrivais pas à dormir ni faire mes études. Je ne conseille pas le divorce même pas à mes pires ennemies. Présentement, j’ai quelques séquelles du divorce et je vais me battre dans mon foyer pour que mes enfants ne soient victimes de ce phénomène», promet la dame de média.

Un démarcheur de mariage souligne que le taux du divorce grimpe, car les femmes ne savent pas gérer leur ménage. «Elles ne connaissent même pas le sens du mariage. Pourtant, elles ont des avantages que beaucoup de femmes n’avaient pas à l’époque. Mais leurs mariages ont duré grâce à leur capacité de se soumettre à leurs maris et surtout leur résilience. Il faut que les femmes actuelles incarnent ces valeurs ancestrales pour mener à bien leur mariage et avoir une bonne progéniture», conseille Seyba Kouyaté avant d’avertir que si elles ne font pas siens ces comportements, elles seront responsables de la mauvaise éducation qu’adopteront leurs enfants et les conséquences liées au traumatisme.

Pour le psychologue Ibrahim Traoré, lorsque les parents se séparent, la désillusion est un sentiment souvent ressenti. «Les enfants idéalisent en effet la relation entre leurs parents et peuvent se sentir totalement désemparés quand ces derniers décident de divorcer. Cela remet en question leur schéma familial et toutes leurs habitudes au quotidien», explique le spécialiste en psychologie. Selon lui, la désillusion est encore plus forte lorsque les parents sont à couteaux tirés. Il conseille de bien préserver les enfants, en évitant les querelles en leur présence.

«Les parents doivent faire de leur mieux pour maintenir un climat apaisé et montrer que le divorce peut aussi se dérouler dans de bonnes conditions», a déclare Ibrahim Traoré. Et de renchérir qu’après le divorce, le fait qu’un des parents quitte le foyer est une situation difficile à accepter pour l’enfant. Selon lui, ce départ est souvent perçu pour l’enfant ou les enfants comme un abandon. «Avec le divorce, l’enfant doit alors réapprendre à vivre loin de son père ou de sa mère, et à ne plus partager l’ambiance et les douceurs d’un cocon familial. Il revient aux parents de le rassurer et de bien lui expliquer qu’il continuera à les voir», avant d’ajouter que le couple doit expliquer à l’enfant qu’il sera toujours là pour lui malgré le divorce.

Djeneba BAGAYOGO

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