Le Cameroun, vainqueur du pays hôte aux tirs au but mercredi (0-0, 3-1 t.a.b.), disputera sa 4è finale continentale à 20h face au Malawi, tombeur quelques heures plus tôt de l'Algérie (3-1). Plus tôt dans le tournoi, les Camerounaises avaient réussi l'exploit d'éliminer en quart de finale le Nigeria, tenant du titre et archi-favori. L'ogre nigérian régnait en maître sur le continent avec 10 titres remportés sur les 13 éditions disputées depuis l'instauration de la phase finale biennale en 1998, sans compter ses deux premières victoires initiales en 1991 et 1995. Ces deux éditions entraient dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde féminine 1991 et 1995. Les Lionnes Indomptables partent logiquement favorites face au Malawi, qui se hisse en finale contre toute attente dès sa toute première participation à une phase finale. Face à ces novices déterminées, le Cameroun tentera de briser sa malédiction : le pays a déjà disputé quatre finales continentales sans jamais l'emporter (1991, 2004, 2014 et 2016), chaque fois battu par l'ogre nigérian. Lors de la toute première édition en 1991, organisée en matches aller-retour sans pays hôte, le Nigeria s'était d'ailleurs imposé face au Cameroun avant de récidiver lors des phases finales biennales.
Ce choc inédit promet bien plus qu’un simple match : c’est une bataille pour la reconnaissance du football féminin africain. Et l'histoire est d'autant plus belle pour les Camerounaises qu'elles reviennent de loin. Initialement éliminées lors du dernier tour des qualifications face à l’Algérie, les Lionnes Indomptables ont bénéficié d'un repêchage de dernière minute à la suite de l'élargissement du tournoi à 16 équipes opéré par la Confédération africaine de football (CAF). Saisissant pleinement cette seconde chance, elles ont ensuite réalisé un parcours étincelant jusqu'à cette grande finale. «Cette fois, c’est différent. Nous avons mûri», assure la capitaine du Cameroun Gabrielle Aboudi Onguéné. «Le Malawi réalise un beau parcours, mais la course touche à sa fin. Nous avons toutes les armes pour l'emporter et ramener ce trophée au pays», martèle la joueuse. Emmenées par une génération dorée dont 9 joueuses évoluent en Europe, les Camerounaises s'appuient sur une défense de fer (2 buts encaissés en 5 matches). Seul ombre au tableau : un manque d'efficacité offensive, avec 7 buts inscrits contre 12 pour leurs rivales malawites. «Le pays attend ce titre depuis trop longtemps», rappelle-t-on à la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT). La pression est immense sur les épaules des Lionnes Indomptables, conscientes qu’un nouvel échec serait vécu comme un traumatisme.
De son côté, le Malawi, emmené par le duo explosif des sœurs Chawinga, est la grande surprise de ce tournoi. Tabitha Chawinga, star internationale, et sa sœur Temwa ont inscrit à elles seules 8 des 12 buts malawites dans la compétition. Leur parcours sensationnel a pris tous les observateurs de court. «C’est un tournant pour notre football», confie le sélectionneur malawite Lovemore Fazili. «Nous montrons qu’avec peu de moyens mais beaucoup de cœur, une petite nation peut rivaliser avec les géants. Atteindre la finale dès notre première participation est historique. L’objectif est de tout mettre en œuvre pour arracher le trophée et l’apporter chez nous. Je pense que mon équipe a ce pouvoir et elle est plus que déterminée». Le pays, classé 130è mondial il y a cinq ans, est désormais 45è au classement FIFA. «Le Cameroun est une grande nation de football. Nous les respectons mais nous n'avons pas peur. La concentration sera la clé de cette finale», déclare le technicien. Cette finale dépasse le cadre purement sportif. Pour le Malawi, c’est l’occasion de mettre en lumière son football féminin et d’attirer des investissements. «Une victoire pourrait changer la vie de milliers de jeunes filles du pays», estime le ministre des Sports malawite, Alfred Gangata.
Le stade Moulay El Hassan de Rabat affichera complet : 50.000 billets ont été vendus en 48 heures. Un record pour une CAN féminine qui prouve l’engouement croissant pour le football féminin sur le continent. La CAF table sur une audience télévisée dépassant les 100 millions de téléspectateurs. Une question demeure : cette finale marquera-t-elle un tournant décisif pour le football féminin africain ? Qui, du petit poucet malawite ou du géant camerounais revanchard, écrira son nom au palmarès ? On aura la réponse dimanche. 24h avant la grande finale, l’Algérie et le Maroc s'affronteront pour la troisième place. Ce sera la deuxième confrontation entre les deux équipes dans ce tournoi, après leur rencontre au premier tour soldée par une victoire marocaine (1-0, but de Sanaâ Mssoudy à la 84è minute). Si l’élimination aux portes de la finale a été un coup dur pour leurs supporters, les deux équipes devront remobiliser leurs forces. L’importance de cette rencontre dépasse le cadre de la médaille de bronze : elle symbolise la forte rivalité entre ces deux nations phares du football maghrébin.
Djeneba BAGAYOGO
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